CHRONIQUE/ La folie des semis

À tout bout de champ au printemps, les Québécois attendent la chaleur et le soleil avec impatience. Nos hivers, bien que beaux, ont tendance à s’étirer jusqu’en avril... Prenez juste cette année: le printemps s’est laissé désirer. Mais au champ, les producteurs ayant une érablière sortent à peine du bois que déjà ils se dépêchent à affronter le printemps… Pas le temps de niaiser!

Le printemps, c’est le retour à la terre. Tant en ville, avec les jardins carrés, les gazons qui verdissent et les plates-bandes à préparer, qu’en campagne, avec les semis à planifier, le fumier à sortir et le foin qui se met à pousser.

La saison des semis est un moment important dans l’année. Tant au niveau de la planification que du temps investi.

Un producteur expérimenté qui travaille depuis 30 ans sur sa ferme n’aura semé que 30 fois! Les semis, ça ne se fait qu’une fois par année. Rater son coup peut donc être très dispendieux. Cela implique de racheter des semences, de l’essence pour le tracteur et de passer, encore, de longues heures au champ. Scénario qu’on ne souhaite à personne.

Par contre, les semis peuvent se prévoir. Des semis d’automne, comme le seigle, le foin et le blé d’automne, permettent de sauver du temps au printemps. En plus, ils couvrent le sol tout l’hiver. Les cultures pérennes sont évidemment celles qui prennent moins de temps, à long terme, au niveau des semis. Mais il ne faut pas les manquer!

On peut garder une prairie plusieurs années. Si c’est mal fait, l’erreur peut toutefois paraître longtemps. Les cultures annuelles, comme le maïs, le soya, les céréales de printemps et les haricots, ne peuvent pas se semer à l’automne. Il faut les planter au printemps, en même temps que tout le reste. Dans notre région, il y a beaucoup d’élevages. Cela implique donc beaucoup de fumier à appliquer, entre autres au printemps. En plus de devoir semer, il faut épandre le fumier, travailler le sol au besoin et continuer à faire le train des animaux. L’ouvrage ne manque pas.

Une difficulté du printemps dans notre belle province, c’est l’importante pluviométrie. Au printemps, il est rare d’avoir une semaine de beau temps sans avoir quelques gouttes de pluie. Impatiemment, les producteurs attendent donc que la terre se réchauffe pour pouvoir semer dans les meilleures conditions possible. Dès que la terre est sèche, il faut sortir au champ, mais dès qu’il pleut, c’est le retour à la case départ.

En plus de la longue To do list printanière, Dame Nature s’en mêle en complexifiant souvent les choses. Il faut donc tout faire quand il fait beau! Je ne vous mentirai pas en vous disant qu’au printemps, les producteurs ne dorment pas beaucoup.

Mais pourquoi se dépêcher de semer?

Les hybrides des cultures annuelles ont souvent un bien meilleur potentiel de rendement lorsqu’ils sont semés tôt. C’est le cas, par exemple, du maïs et du soya.

Plus le semis tarde, plus le potentiel de rendement peut diminuer. On appelle cela les «fenêtres de semis». Quand on passe d’une fenêtre de semis à l’autre, il faut parfois changer d’hybride, créant un nouveau casse-tête aux producteurs agricoles, car ce ne sont pas tous les bons hybrides qui sont encore disponibles rendus au 20 mai...

Mais on n’a aucun contrôle sur la température. La meilleure chose à faire, c’est d’être le mieux préparer possible... et de savoir bien gérer son stress!

Bonne saison des semis à tous!

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l'UPA.

Laurianne Levert-Gauthier, agronome, 

Club conseil Gestrie-Sol