Des turricules

Ces travailleurs de l’ombre

CHRONIQUE / Les pêcheurs aiment leur existence et vénèrent leur présence en temps de chasse. Lampe de poche à la main, ils chassent le vers de terre à la brunante pour leur pêche matinale. Mais sachez qu’en agriculture, les vers rendent également d’énormes services. Aimeriez-vous savoir pourquoi les remercier quand vous vous servez une assiette à tout bout de champ ?

Le vers de terre ne porte pas ce nom par hasard. De la terre, il en mange réellement ! En fait, ces creuseurs de tunnels se déplacent en se tortillant et en ingurgitant de bonnes quantités de terre. Ils l’excrètent ensuite derrière eux en créant une substance appelée turricule. Ce fumier de vers de terre a la particularité d’être un mélange de terre et d’une substance gluante favorisant la structure du sol. Les vers de terre parcourent plusieurs mètres dans le sous-sol des champs agricoles. Ainsi, leurs allers-retours vers les profondeurs leur permettent de brasser le sol.

Vous avez déjà vu de petites boules de terres s’accumuler sur le dessus du sol ? Ces turricules peuvent être composés de matières végétales ou d’humus en décomposition que le vers a ramené à la surface. Preuve qu’ils travaillent : ce fumier est beaucoup plus riche que la terre. Allez fouiller votre gazon. Tassez les feuilles de vos jardins et observez si des turricules s’accumulent à la surface. Il s’agit d’un excellent indicateur sur la santé de votre sol. Toutefois, si vous avez sous les pieds des sols sablonneux, sachez que les vers de terre n’aiment pas s’y aventurer. Le sable, la plus grosse particule d’un sol, grafigne leurs fragiles organes...

En creusant, les vers de terre forment des tunnels où l’eau peut s’infiltrer au lieu de ruisseler sur le dessus du champ. Ces tunnels, lorsque vides, permettent une aération du sol. Tout organisme qui s’y trouve a besoin d’air pour vivre ! Un sol aéré sera en santé, tout comme les plantes qui y poussent, car cela favorise la minéralisation des éléments fertilisants. Les vers décompactent donc le sol.

Le principal vers de terre présent dans les champs et populaire chez les pêcheurs est le Lumbricus terrestris, aussi appelé le lombric ou vers de terre commun. Il mesure entre 10 et 30 cm. Il parcourt exclusivement le même tunnel, pouvant atteindre jusqu’à 2 mètres de profond, et ce, toute sa vie ! Lorsqu’une machinerie laboure ou herse un champ, ce tunnel peut être obstrué. Le vers ne parviendra plus à la surface et périra. Cette triste réalité est un argument de taille pour les adeptes agricoles du « semis-direct », aussi appelé « le no-till ». Cette pratique consiste à laisser le sol sans travail après la récolte pour profiter au maximum de ces travailleurs du sous-sol. Les cultures sont semées directement dans le sol à 1 ou 2 pouces de profondeur grâce à de la robuste machinerie prévue à cette fin.

Les clubs-conseils en agroenvironnement offrent à leurs clients des dénombrements de vers de terre. En comparant des champs et des pratiques culturales, ont peut conclure qu’il y a de nombreux avantages à ces pratiques agricoles sur la population de vers de terre.

Cet été, Gestrie-sol a fait la démonstration à ses agriculteurs participants que dans les champs de maïs où le précédent était des engrais verts, cette pratique favorisait leur présence (48 vers de terre/m2), ce qui était mieux que le retour de maïs (42 vers de terre/m2) ou de vieux foin (32 vers de terre/m2). Les vers aiment manger des racines vivantes, voilà ce qui expliquerait le faible pointage du foin de graminés.

Voyez-vous maintenant des vers dans votre assiette ?

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA, celui du Réseau Agriconseils Montérégie et d’une aide financière du programme Prime-vert du MAPAQ.