Biodiversité en milieu agricole, un mythe?

CHRONIQUE/ À tout bout de champ, en milieu agricole, on ne voit que de grandes étendues de champ avec une seule culture. Maïs, soya, petits fruits. La biodiversité en milieu agricole, est-ce possible ?

Dans les villes et les banlieues, beaucoup d’efforts sont mis pour attirer les pollinisateurs et les différentes espèces d’animaux, comme les oiseaux champêtres, les chauves-souris ou les amphibiens. Des aménagements d’eau, différentes variétés de fleurs ou des abris/nichoirs aident la nature à survivre. Est-ce qu’autant d’efforts sont déployés en milieu agricole ?

Dans la région, les producteurs sont très actifs en biodiversité. Ils sont ouverts à divers aménagements, même les plus farfelus. Mais ce n’est pas partout pareil au Québec ! On voit, par exemple, plus de bandes riveraines le long des cours d’eau, favorisant la présence de pollinisateurs et d’oiseaux champêtres.

Dans la MRC de la Haute-Yamaska, les producteurs n’ont pas le droit de cultiver sur trois mètres de chaque côté d’un cours d’eau. Ailleurs au Québec, seulement un mètre est respecté par les agriculteurs. Et notre MRC veille à ce que ces distances soient respectées. De plus en plus, on peut voir des fleurs y pousser. Des arbustes et des arbres aussi. Plusieurs aménagements ont été faits ces dernières années pour augmenter la biodiversité autour des champs. Des perchoirs et des nichoirs sont installés, par exemple.

C’est bien beau d’avoir de la biodiversité aux contours des champs, mais que se passe-t-il directement dans le champ ?

Dans la région, beaucoup de plantes fourragères (communément appelées « foin ») y poussent. Plusieurs espèces composent ce foin. On a ainsi une biodiversité de plantes à la grandeur du champ. Mais dans les champs de grandes cultures, comme le maïs et le soya, ce n’est pas le cas. On commence toutefois à y voir plus de cultures intercalaires, soit une plante semée à travers les rangs de maïs, de soya ou de céréales.

Protégeant le sol, celles-ci permettent de diversifier le champ en y amenant une, deux ou plusieurs autres plantes. Cette culture prendra son plein essor à l’automne et protégera le sol tout l’hiver. Une culture peut aussi être plantée après la récolte de soya ou de céréales, que l’on appelle engrais vert. Ce peut être une culture qui fixe l’azote, qui décompacte le sol, qui stabilise la structure de sol et qui protège notre champ, encore une fois tout l’hiver. Une autre forme de biodiversité ! Il est souvent difficile de voir les efforts faits par les producteurs agricoles, mais les mentalités changent.

On est tous dans le même bateau. Les producteurs ont un très grand terrain de jeux, mais il ne faut pas oublier que celui-ci vaut souvent très cher. Il faut qu’il reste rentable. De plus en plus de solutions s’offrent à eux pour maintenir cette rentabilité, voire l’augmenter, tout en diversifiant efficacement leur culture afin d’améliorer la biodiversité. Un travail d’équipe est donc souhaitable. Avec de l’entraide, de l’imagination et du temps, on peut changer notre sort collectif !

Laurianne Levert-Gauthier, agronome

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA.