Aux tubes ou au bucket?

CHRONIQUE/ À tout bout de champ, quand on raconte qu’on exploite une érablière, on se fait demander si on est «aux tubes ou à la chaudière»?

Dans le milieu, le débat porte souvent sur la charge de travail très différente que demande chaque méthode de collecte d’eau d’érable. Pour le consommateur, le débat tournera plutôt autour du goût.

Aux tubes, les érables sont entaillés et reliés entre eux par des tubes de plastique, reliés à leur tour à une station de pompage ou directement à la cabane, si la pente de l’érablière permet un transport de l’eau par gravité.

L’eau récoltée est propre, fraîche et acheminée dans un environnement stérile. Cela optimise la quantité d’eau récoltée, peu importe si les pompes fonctionnent ou non ou si on fonctionne par gravité. Ce système permet d’aller rejoindre les érables éloignés des chemins. Son plus grand avantage est qu’il minimise le besoin de main-d’œuvre. Comme l’eau ne coule pas que les fins de semaine quand la famille débarque, le jus de bras se fait parfois rare!

Bien sûr, la tubulure dévisage en permanence la forêt. Par contre, en suivant les traces de chevreuils dans la neige, il est possible de constater qu’ils passent facilement sous les tubes sans tout arracher. Malheureusement, les pires ravageurs sont les écureuils qui rongent les tubes où qui envient l’eau recueillie. Des tournées fréquentes serviront à détecter les fuites et les dommages faits, par exemple, par des branches cassées.

Aux chaudières, le système complet (chalumeau, chaudière et couvercle) est posé et retiré annuellement. Les chaudières d’aluminium sont malheureusement attrayantes pour les voleurs. Ce système convient à toute exploitation, pourvu que la main-d’œuvre soit disponible. Normalement, on opte pour ce système dans des érablières de moins de 1000 entailles. Il permet un bon exercice physique quand vient le temps de «courir les érables». Le matériel est presque éternel et ne nécessite pas d’électricité.

Soumis aux vents et aux visites de la faune, les chaudières cachent toutefois, à l’occasion, des souris, des insectes et de l’eau de pluie. La collecte étant manuelle, elle exige le maintien de chemins d’accès dans toute l’érablière. Ces chemins ouvrent le canapé d’arbre et favorisent une maintenance pour limiter l’érosion et l’apparition d’espèces végétales envahissantes.

L’eau d’érable étant un produit périssable, la rapidité de la collecte est un gage de qualité. La venue des chaleurs printanières altère souvent l’eau d’érable, les tubes ou les chaudières.

Finalement, le goût dépendra surtout de la cuisson. Le type de carburant (au bois, au propane ou à l’huile) peut, aussi, affecter le goût du sirop.

Le temps de cuisson changera, en plus, sa couleur. Que le carburant soit d’une ressource renouvelable ou non, la technique de l’osmose, c’est-à-dire de concentrer l’eau d’érable pour n’en garder que la section sucrée, est une révolution en acériculture. Il fait économiser temps, énergie et argent à l’acériculteur. À lui, au final, d’évaluer à quel prix concentrer son eau sans en affecter le goût tant apprécié de ses clients.

Aux tubes ou à la chaudière, la saison des sucres est commencée! Allez! En caravane, allons à la cabane…

Club conseil Gestrie-sol

Cette chronique est rendue possible grâce au soutien financier de l’UPA .