Hebdo

Saint-Valentin et sexe

Maintenant que j’ai votre attention…

À tout bout de champ, lorsque vient le temps de la Saint-Valentin, me semble que les âmes se réchauffent et que les couples se rapprochent. À en croire ce que l’on voit dans les publicités et les réseaux sociaux, beaucoup d’effort sont mis pour faire de ce mois d’hiver, un moment où cupidon lance sa flèche. Curieuse, j’ai consulté l’Institut de la statistique du Québec pour y apprendre qu’il n’y a pas plus de naissances en novembre (faites vos calculs !) qu’à tout autre mois de l’année. En fait, les naissances sont stables d’un mois à l’autre (+/-8-9 %/mois). La période de septembre à novembre, qui est le trimestre des engagements où +/-50 % des mariages sont célébrés, ne semble pas non plus avoir d’effet sur la natalité. Quelles petites bêtes que nous sommes.

À tout bout de champ

Vert, c’est propre?

CHRONIQUE / À tout bout de champ, c’est inévitable, un couvert blanc recouvre les terres agricoles. Dans le temps, les derniers travaux d’automne suivant les récoltes étaient les labours.

Le maître laboureur était alors mis à profit pour un labour bien dressé et où les résidus de culture devaient être cachés sous le sol mis à nu à l’automne. Propre, propre, propre ! 

De belles raies de charrue bien droites et brunes. À l’époque, des mérites étaient même remis au maître laboureur ! Cette pratique n’est plus, sauf certaines exceptions*. Qu’un souvenir. 

Les charrues ont été remplacées par des racines. Celles-ci attirent toute une faune et une flore microbienne. Une vraie armée prête à labourer le sol passivement. Un phénomène merveilleux ! 

Or, pour qu’un sol soit verdoyant à l’automne, il nécessite l’ensemencement d’une deuxième culture durant l’été ou avant l’automne, au travers la culture principale qui elle, sera récoltée. Les cultures principales (maïs, soya, céréales) sont des plantes annuelles récoltées lorsqu’elles sont matures, donc mortes. On aime appeler ces plantes de fin de saison « des engrais verts », car elles améliorent le sol. On leur donne également les termes « cultures de couverture » pour leur feuillage qui recouvre le sol. Tel un parapluie, leurs feuilles protègent de l’érosion que pourrait provoquer, par exemple, une goutte de pluie qui pulvérise le sol. Des plantes comme le ray-grass, le trèfle, le radis, la phacélie, la moutarde ou de simples céréales peuvent être ainsi ensemencées. C’est comme si un champ de grandes cultures (maïs ou céréales) se prenait pour un champ de foin !

Cet ensemencement exige l’utilisation de machineries particulières, du temps et l’achat de semences non vouées à être récoltées. Il s’agit donc d’un important investissement de la part du producteur, mais cela sert à toute la communauté. Pour les bienfaits que tous ces gestes apportent, comme l’amélioration de la qualité de l’eau, les entreprises agricoles doivent savoir qu’elles peuvent bénéficier d’aides financières de la Ville de Granby, de la MRC de la Haute-Yamaska (un nouveau programme similaire à celui de Granby est prévu en 2018) et du MAPAQ (services-conseils). 

Pour les bienfaits que cela peut avoir sur la santé des sols, souvent les agriculteurs l’adoptent. À Granby, depuis 2014, 663 hectares ont été ensemencés de ces cultures de couverture en bénéficiant de 36 400 $ en aide. Ailleurs dans la MRC, trois parcelles totalisant plus de six hectares ont été ensemencées cet automne grâce à l’appui financier de la MRC de la Haute-Yamaska. Un investissement et des retombées concrètes en environnement.

Cette pratique, lorsqu’elle est applicable, sera proposée aux entreprises agricoles du bassin versant du lac Boivin. Une démonstration a d’ailleurs eu lieu le 28 septembre dernier à la Ferme Paccou inc., située aux abords du cours d’eau Bouchard. Municipalités, MRC, MAPAQ, ROBVQ, OBV Yamaska, SEPAQ, citoyens et agriculteurs étaient présents. Lors de votre prochaine sortie par le chemin David-Bouchard (8e rang), n’hésitez pas à contempler le fond des rangs de maïs demeuré vert.

Un sol vert, c’est loin d’être de la paresse. C’est non seulement propre, mais c’est un investissement, et ce, pour tous. 

 *Un sol non drainé, un semoir mal adapté aux résidus de cultures ou un type de sol lourd peuvent justifier un travail de sol d’automne.

Isabelle Martineau, agronome au Club conseil Gestrie-sol

La série de chroniques en agrœnvironnement est rendue possible, notamment en vertu du sous-volet 4 du programme Prime-vert 2013-2018 du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

À tout bout de champ

Ouvert le 25 décembre

CHRONIQUE / À tout bout de champ, alors que nous fermons le bureau, nous fêtons le dernier jour de travail avant la période des Fêtes. Nous courons pour les préparatifs, les cadeaux, les repas.

Dans ce tourbillon féerique, qu’arrive-t-il dans les fermes qui elles, ne ferment jamais? 

Bien sûr, on peut se questionner sur tous ces gens qui travaillent dans les restaurants, les commerces de service ou les entreprises familiales à savoir à quoi ressemble leur réalité dans cette période de l’année. Mais comme cette chronique est agricole, allons ouvrir les portes des granges pour comprendre ce qui se passe, à Noël, chez nos précieux agriculteurs.

J’ai interviewé des agriculteurs au volant de leur batteuse, à l’étable, dans la cuisine de la ferme et au marché public de Noël à Granby pour savoir ce que représentait Noël pour leur famille. Car si la tendance se maintient, Noël sera encore une fois le 25 décembre cette année, peu importe l’ouvrage à abattre!

Noël, c’est se réunir en famille 

À la ferme, une partie de cette même famille se côtoie au quotidien. Dans le temps des Fêtes, on se retrousse les manches et, d’un commun accord, on accélère la cadence, on « rigodonne » la traite des vaches afin de retrouver le reste de la famille le plus vite possible à la maison. C’est le moment de l’année où les employés donnent un peu plus de leur temps. Où les tâches se font dans une ambiance un peu plus festive.   

Gardien de tradition

Certains parents se font un devoir de transmettre compétences, connaissances et traditions. Une réalité qui se vit au sein de certaines familles rurales et qui se fait sans forcer. Naturellement. Une tradition qui m’a été rapportée concerne un grand-parent qui, le soir du réveillon, offre de petits moutons à chacun de ses petits-enfants. Ces derniers, réunis autour de l’arbre de Noël, déposent ensuite leurs petits moutons en cercle près de la crèche pour former un troupeau. Un beau moment pour prendre le temps de se remémorer l’essence même de Noël, la religion et ses valeurs non commerciales.

Fermé pour le temps des Fêtes

Dure réalité pour les fermiers dans le temps des Fêtes: tous les fournisseurs sont fermés. Il faut alors que la chance nous sourit. Il faut que le miracle de Noël opère et que rien ne brise. Sinon, pendant la fête de la Nativité, il faut laisser naître la créativité, et se débrouiller.

Le temps des foins

Noël, c’est toutefois la période de l’année la plus lucrative pour certaines entreprises agroalimentaires. Les congélateurs doivent être pleins. Les kiosques des multiples marchés de Noël doivent être animés. Au même moment cependant, leurs artisans doivent se préparer pour recevoir, gâter leurs enfants et déambuler dans les centres commerciaux. L’automne, les machineries sont rangées, mais les agriculteurs commencent une importante partie de la saison. 

Vous saurez donc à qui trinquer quand vous dégusterez, notamment,  votre oie de Rusé comme un canard, votre agneau de Trouvailles gourmandes des cantons, votre confiture d’argousier de l’Argouseraie Quénébro, votre biscuit de blé québécois trempé dans un verre de lait des producteurs laitiers de Granby! 

Qu’advient-il quand ces valeurs se retrouvent en ville avec un enfant du milieu rural qui est, au fil du temps, devenu urbain?  

Un partage du patrimoine rural familial!

Par exemple, dans mon cas, dans le temps des Fêtes, je retrouvais, à  tout bout de champ, une orange dans mon bas de Noël. La table était alors mise pour que mon père me raconte comment ça se passait dans son temps, quelque part dans le douzième rang, à Sainte-Agathe-de-Lotbinière… 

Joyeux temps des Fêtes de la part de tous ces gens qui habitent au bout d’un rang!

Isabelle Martineau, agronome au Club conseil Gestrie-sol

À tout bout de champ

L’hiver, temps mort pour l’agriculture ?

À tout bout de champ, comme agronome, je me fais dire qu’en hiver je dois bien être plus relaxe. Que mon employeur doit me retourner à la maison par manque d’ouvrage.

QUOI ? 

Je n’ose même pas me demander si le luxe de prendre ça plus mollo pourrait m’être accessible ! C’est que, pour que les étés se passent bien, pour que les semis soient planifiés, les intrants calculés et commandés, les fumiers planifiés et distribués, les projets imaginés, montés et financés…il faut s’y prendre d’avance ! En fait, dès que la saison estivale est terminée.

Novembre et une partie de décembre étant dorénavant plus chauds, nous ne rentrons au bureau qu’à la mi-décembre pour récapituler notre saison. Après les Fêtes, comme les agriculteurs sont redevenus plus disponibles, nous les rencontrons pour faire la planification. 

Donc ceux qui étudient en agronomie et qui pensent ne pouvoir travailler que partiellement : vous faites erreur ! D’ailleurs, chers lecteurs, sachez qu’il y a pénurie de main-d’œuvre dans le domaine des conseillers agricoles. Nous vivons actuellement des années de plein emploi. On ne s’en plaindra pas!

Les agriculteurs eux, ils hibernent ? 

Si vous considérez que faire (enfin) moins de 60 heures par semaine c’est les vacances, oui, on peut dire qu’ils ont plus de temps libre ! Ils peuvent enfin sortir de l’étable en début de soirée et rentrer à la maison au lieu de reprendre le chemin du champ. Ils s’offrent aussi le luxe de faire quelques tâches administratives le jour, choses souvent relayées en soirée en période intensive. Ils accueillent aussi les conseillers agricoles chez eux et participent à diverses formations et conférences organisées pour eux. Étant des gens de plein air, et puisque les sports d’été sont plus difficiles à faire, certains profitent de l’hiver pour se reprendre. Ski, raquette et motoneige sont leurs sports de prédilection. La nouvelle génération s’offre aussi le sud.

Même les machineries agricoles ne chôment pas. 

Les tracteurs utilisés l’été au champ déambulent en ville pour le déneigement. Disons que cette année, ils auront accumulé beaucoup de kilomètres : et l’hiver ne fait que commencer ! D’autres machineries comme les silos, les abreuvoirs, les écureurs à fumier, eux, donnent du fil à retordre. Gelés, alors qu’ils sont supposés sauver de l’ouvrage par leur caractère automatisé, ils donnent chaud ! Voilà alors des heures épargnées qui fondent comme glace au soleil. 

Le froid ou les écarts extrêmes de température comme nous vivons souvent ont aussi un impact sur les animaux. L’humidité crée sur eux le même effet que sur nous. Elle fragilise les animaux et les rend plus susceptibles d’attraper des maladies, comme des rhumes. Parce qu’elles mangent et « défèquent » à l’année, la gestion des intrants et des… sortants de ces petites bêtes est plus compliquée en saison hivernale. Comment disposer du matériel avant qu’il gèle et prévoir sa reprise ? Un casse-tête à -30 degrés Celsius !

Finalement, quand les jours d’hiver commencent à allonger, un bon nombre d’agriculteurs filent vers l’érablière. 

Je vous en reparlerai dans une prochaine chronique, car à tout bout de champ, je manque de temps en hiver !

Isabelle Martineau, agronome Club conseil Gestrie-sol

La série de chroniques en agrœnvironnement est rendue possible, notamment, en vertu du sous-volet 4 du programme Prime-vert 2013-2018 du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

À tout bout de champ

Une culture à cultiver

De nos jours, peu de gens ont la chance d’avoir un oncle ou un cousin agriculteur. Encore moins une belle cousine de la campagne !

La réalité agricole ne se lit plus dans l’Almanach des agriculteurs et ce ne sont pas toutes les entreprises agricoles qui sont présentes au Marché public le week-end ! Le temps file si vite le samedi matin, que les producteurs de légumes ou les éleveurs ne se lanceront pas dans de longues explications sur leur travail... 

Hormis les portes ouvertes de l’Union des producteurs agricoles (UPA) chaque automne, comment ouvrir la porte des granges, des étables, des serres et des tracteurs pour inviter la population à venir faire connaissance ? 

Pour ce faire, une chronique agricole vous sera dorénavant offerte ! Les sujets y seront multiples et je tenterai de répondre aux questionnements souvent posées… À tout bout de champ ! 

À tout bout de champ, dans les rangs, nous voyons une pratique que nous ne connaissons pas ou ne comprenons pas. 

À tout bout de champ, quand une odeur de campagne nous arrive au nez en ville, nous nous questionnons sur son origine, sur sa pertinence. À tout bout de champ, quand nos légumes ou que notre viande au supermarché sont offerts à prix différents du fermier local, nous nous demandons à qui faire profiter notre budget d’épicerie.

Vous voyez qu’À tout bout de champ, les sujets sont divers et méritent d’avoir une plateforme pour être exploités.

D’un point de vue agronomique, à tout bout de champ une condition météorologique, pédologique, hydrologique ou économique dicte une décision à prendre au champ ou à l’étable, afin d’obtenir un rendement optimum. 

D’un point de vue humain, à tout bout des champs un voisin, un citadin ou une ville ne demande pas mieux que de faire équipe avec le monde agricole. À condition de bien le connaître, toutefois. 

Finalement, d’un point de vue environnemental, à tout bout de champ une bande riveraine, un cours d’eau ou un territoire ne demande qu’à être protégé ou aménagé, collectivement.

À tout bout de champ sera la chronique qui permettra la démythification et la valorisation du monde agricole de chez nous ! Une chronique pour cultiver votre culture du milieu agricole.

Le tout, pour mieux le comprendre et l’apprécier. 

La série de chroniques en agroenvironnement est rendue possible, notamment, en vertu du sous-volet 4 du programme Prime-vert 2013-2018 du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Celle-ci sera rédigée par Isabelle Martineau, agronome depuis une vingtaine d’années au sein de divers clubs conseils en agroenvironnement (OBNL). Mme Martineau accompagne les entreprises agricoles et leurs partenaires en agroenvironnement. La chronique sera également le fruit de concertation avec les différents organismes locaux qui œuvrent en agronomie et en environnement, ainsi que les municipalités de la MRC de la Haute-Yamaska.

Isabelle Martineau, agronome

Club conseil Gestrie-sol