Un exemple de «Zentangle Mano»
Un exemple de «Zentangle Mano»

Zentangle, la sérénité au bout du crayon [19 PHOTOS]

Certains l’appellent le yoga artistique de l’esprit. D’autres voient en lui le petit cousin du mandala. À mi-chemin entre le dessin et la méditation, le Zentangle propose de trouver la sérénité au bout du crayon, même quand on est nul en dessin. Un outil tout simple, mais peut-être utile pour calmer les âmes angoissées par la vie ou par la crise de la COVID-19. Coup d’œil sur l’art méditatif du Zentangle.

Si vous avez déjà gribouillé en classe plutôt que d’écouter le professeur ou si avez fait des croquis sans y penser pendant que vous parliez au téléphone, vous avez — sans trop vous en douter — une idée de ce qu’est le Zentangle. À la base, c’est le dessin de compartiments remplis de motifs répétitifs. Surtout, c’est une technique pour mettre son cerveau en veille.

«Le but, c’est de ne pas réfléchir, de ne rien programmer. On appuie le crayon sur la feuille et on laisse aller, explique Céline Émond, une peintre et prof d’art de Québec. C’est pourquoi c’est si thérapeutique. Ça détend énormément. C’est plus facile que la méditation. C’est un outil pour ne jamais s’ennuyer.»

Le nom Zentangle (prononcé à l’anglaise) vient de la fusion des mots zen — pour l’aspect méditatif — et tangle, qui signifie enchevêtrement en anglais, en référence aux motifs parfois abstraits et sinueux de ces esquisses [voir texte Comment on fait?, ci-bas].

C’est en suivant des ateliers de journal créatif que Mme Bourassa a découvert cette curieuse façon de faire. La dame de Québec est même une formatrice certifiée, depuis une semaine de cours au Rhode Island. «Je suis tombée en amour avec cette technique. J’ai d’abord aimé l’apparence des illustrations, puis je me suis mise à adorer la technique derrière», raconte-t-elle.

À l’origine du Zentangle, on trouve Maria Thomas et Rick Roberts, un couple du Massachusetts qui en a eu l’idée en 2003, par hasard. Maria, une calligraphe de métier, planchait sur un projet quand son conjoint l’a interrompue. Sur le coup, elle a noté qu’elle ressentait, au milieu de son intense concentration, un sentiment de bienveillance et d’immersion dans son image. Ancien moine bouddhiste, Rick a vite reconnu qu’elle décrivait là un état profond de méditation. Et que les patterns répétitifs avaient eu pour elle l’effet d’un mantra.


« Le principe de base, c’est la répétition du mouvement qui procure un moment de détente. Ça occupe l’esprit sans le préoccuper. Et c’est à la portée de tous. Même pas besoin d’être bon en dessin. »
Claire Bourassa, propriétaire d’une boutique d’art en ligne

Dix-sept ans plus tard, le Zentangle (un mot enregistré officiellement comme marque de commerce) a voyagé partout dans le monde grâce à un livre, un site Web, une app, des ateliers et même une école, tous développés par le duo. On trouve même des cours et des livres sur le sujet dans plusieurs magasins d’artisanat et librairies.

Se laisser aller

Pourquoi simplement dessiner ne suffirait-il pas? «Le mandala demande trop de concentration. Le doodling (gribouillage) est intuitif, mais donne n’importe quoi. La base du Zentangle est simple : un point, un trait, un cercle. C’est tout et c’est zen!» estime Mme Bourassa.

Céline Émond, qui offre des ateliers depuis quatre ans, abonde dans le même sens. «Les gens en sont enchantés. Ça les éveille. Ceux qui sont habitués à tout organiser de A à Z doivent apprendre à se laisser aller, affirme-t-elle. Pour ceux qui aiment se vider la tête, c’est l’art par excellence.»

Info :
› zentangle.com
cemond.net
› clairebourassa.com

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COMMENT ON FAIT?

La «méthode Zentangle» originale compte huit étapes à suivre. Comme deux d’entre elles sont de nature contemplative, on se permet de les évacuer pour mieux résumer l’essentiel de la technique, dans les mots de Maria Thomas et Rick Roberts.

1) Des points dans les coins: comencez par quatre points, chacun pâlement dessiné avec un crayon de plomb dans le coin d’une feuille de papier, à un centimètre du bord.

2) Les frontières: connectez les quatre points d’un trait de crayon pâle. Chaque ligne peut être différente, droite ou courbée. Bref, tracez grosso modo un carré pour guider les motifs.

3) La «ficelle»: à l’intérieur du carré, dessinez au crayon pâle un ou des traits de n’importe quelle forme, au gré de votre inspiration : une ligne courbe qui touche aux côtés ou une série de lignes droites qui s’entrecoupent et traversent l’espace. Cette «ficelle» (string) sépare votre dessin en compartiments à l’intérieur desquels vous créerez vos motifs.

4) Le «tangle»: dessinez le motif — appelé tangle — de votre choix au feutre à pointe fine à l’intérieur des sections. Et répétez-le avec régularité. Concentrez vos pensées sur les motifs, comme si vous méditiez en dessinant. Le principe est de laisser aller son esprit, de permettre à la main de flotter sur le papier sans préméditation. Dessinez ce qui vous vient en tête sans vous inquiéter de ce dont votre œuvre aura l’air. Tracez le motif de votre choix… sans choisir. Tournez la feuille pour être plus à l’aise dans vos mouvements si nécessaire. Une fois une section remplie, passez à la suivante en variant les motifs, toujours répétés avec régularité.

5) L’ombre: utilisez votre crayon de plomb pour ajouter des ombres sous vos traits, la touche magique pour donner du relief à votre croquis. Dégradez votre ombre, plus foncée près du trait et plus pâle en s’en éloignant.

6) La signature : ne reste plus qu’à signer l’œuvre en appliquant vos initiales sous le dessin. À l’endos, inscrivez votre nom, la date et tout idée, astuce et observation que vous jugerez pertinents.

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Quelques trucs en vrac

• Pour dessiner une forme précise (un visage, un triangle ou un cheval, par exemple), sautez les étapes 1 et 2. Tracez la silhouette de votre choix, puis reprenez à l’étape 3 en divisant votre esquisse en sections.

• Une silhouette à la mode est le «Zentangle Mano», où l’on trace le contour de sa main, on la divise en sections et on la remplit de motifs.

• Laisser votre œuvre en noir et blanc ou coloriez-la au gré de votre inspiration.

• N’effacez jamais. «On ne fait pas d’erreur, juste de joyeux petits accidents», disait le peintre américain Bob Ross.

• Combinez les plaisirs en faisant votre Zentangle à l’intérieur d’un cercle et en répétant des motifs symétriques de mandala. Voilà, c’est un Zendala!

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Quel équipement utiliser?

La tradition réclame qu’on utilise des carrés de papier de coton de «qualité musée» d’une dimension de 89 mm (3,5 pouces) de côté. En vérité, n’importe quel papier — une feuille standard découpée en quatre parties égales, par exemple — fera l’affaire.

Au rayon des crayons, on utilise un graphite (bon vieux crayon de plomb) pour les traits pâles et les effets d’ombre. Puis on mise sur deux feutres. Le premier, noir, doit avoir une pointe fine (une mine de 0,2 à 0,5 mm) pour faire les traits. Le second, d’une couleur de votre choix, sert au remplissage grâce à une mine épaisse (1,0 mm ou plus). Un stylo ou une plume font aussi le boulot.