«Vins d’hauteurs» l’Argentine, partie 2

CHRONIQUE/ La semaine dernière, je vous ai parlé du vent de renouveau qui semblait vouloir s’installer en Argentine. Moins puissants et boisés, plusieurs vins sont dorénavant axés sur la fraîcheur, le fruit et l’équilibre. Certes les vignerons ont repensé leur façon de faire quant à l’exploitation du malbec, mais il y a aussi un grand engouement autour des terroirs en altitude.

Nul besoin de vous dire que le paysage en Argentine est magnifique! À mon arrivée à Mendoza, nous avons longé la cordillère des Andes. Il y avait des montagnes à perte de vue et le spectacle a duré presque pendant deux heures de route. S’étendant sur des milliers de kilomètres, il aurait continué, mais nous étions arrivés à destination, sur les terres du vignoble de Salentein, où nous étions hébergés dans de petites villas en plein cœur des vignes. La prestance des montagnes est tellement impressionnante qu’aucune de mes photos prises lors de mon voyage n’a réussi à leur rendre justice...

L’Argentine est reconnue comme une pionnière pour ses recherches sur le développement des vignobles en altitude. On y retrace la présence de vigne en hauteur, et ce, depuis le 18e siècle. Elle possède d’ailleurs le plus haut vignoble au monde, soit le Alta Màxima, qui s’élève à 3 111 mètres. La moyenne des vignobles argentins s’élève à 1 500 mètres, alors qu’en Bourgogne, par exemple, la moyenne se situe environ à 300 mètres.

Pour bien comprendre les effets de l’altitude sur la vigne, il faut savoir qu’un climat varie selon les précipitations, l’héliophanie (intensité de la lumière du soleil) et la température. Or, l’altitude a une influence sur l’héliophanie et la température. En hauteur, il y a plus de lumière venant du soleil, c’est plus frais et la pression atmosphérique est plus basse. Tous ces facteurs ont pour effet de stresser la vigne, dès qu’on atteint une altitude de 1 500 mètres. Ainsi, ses rendements sont plus faibles (la qualité des raisins est plus concentrée) et elle produit moins de sucre, donc elle conserve une bonne acidité et les taux d’alcool sont plus bas. De plus, l’intensité de la lumière force la vigne à développer davantage de polyphénols pour se protéger des rayons. Les polyphénols sont responsables, entre autres, de la matière tannique et de la couleur du vin.

Pour la petite anecdote, j’ai moi-même été confrontée aux effets de l’altitude durant mon séjour à Mendoza par un mal de tête intensif qui, malgré les médicaments, ne s’est arrêté qu’au bout de quatre jours, lorsque nous avons quitté la région vers le sud, là où l’altitude était moins élevée.

Valle de Uco 2017, Torrontes Signature, Susana Balbo (code SAQ: 13475646; 24 $.)

Susana Balbo est la première femme argentine à avoir obtenu son diplôme d’œnologie. J’ai fait la rencontre de son fils, Jose, un homme passionné que la «geek» du vin en moi aurait écouté parler pendant des heures. Il a d’ailleurs planté dans la vallée de Uco, du pinot noir à 2 000 mètres d’altitude en 2017. À cet endroit, aucun pied de vigne n’avait encore été cultivé. Un projet ambitieux et intéressant que je suivrai de très près. En attendant, le torrontes de sa mère est ressorti du lot lors d’une dégustation de plusieurs vins à laquelle nous avons participé. Cépage emblématique de l’Argentine en blanc, le torrontes visite rarement la barrique. Celui-ci y a été élevé durant quatre mois et le résultat est excellent. Structuré, rond, complexe et aux accents légèrement grillés. Il propose des arômes très expressifs de fruits exotiques et une belle vivacité. Alors que le torrontes offre parfois des vins trop intenses, dont on se lasse après un verre, j’en aurais bien pris un ou deux de plus!

À découvrir avec des sushis et une cuisine exotique.