Télétravail, couple et harmonie?

Travailler à la maison avec votre partenaire de vie, rêve ou cauchemar? Plusieurs le découvriront bientôt. L’isolement, le télétravail et les mises à pied occasionnées par la menace de la COVID-19 mettront des couples à l’épreuve. Surtout, pas de panique: les frictions que peut apporter cette situation ne sont pas le signe que votre couple est voué à l’échec.

«Je crois que c’est très important déjà de normaliser le stress, de normaliser le fait qu’il se peut qu’on ne soit pas de bonne humeur dans les premiers 48h, parce que c’est quelque chose qui arrive d’un coup, qu’on n’avait pas vu venir. Forcément, ça met déjà nos ressources psychologiques à l’épreuve», explique le Dr Johan Autruc, psychologue. «Je ne pense pas que cela renseigne sur la qualité du couple, je pense qu’il faut être clair là-dessus.»

«Même avec les enfants, quand ça fait trop longtemps qu’ils sont ensemble, on voit que la chicane embarque ou même avec les amis», expose Nathalie Parent, psychologue, auteure, formatrice et conférencière. «C’est la même chose pour un couple. On a nos besoins à chacun, on a des façons de faire qui sont différentes, donc s’il faut passer 24h sur 24h à s’ajuster à l’autre…ouf! C’est épuisant.»

Les rôles et les espaces

«Certaines personnes décrivent le même genre de sensation un peu paradoxale lorsqu’ils sont amenés à travailler avec leur conjoint ou conjointe sur leur lieu de travail», constate Johan Autruc. Ces personnes auraient de la difficulté à jouer leur rôle de travailleur et leur rôle de partenaire affectif en même temps. Souvent, chaque rôle d’une personne est associé à un espace physique. La transition vers le télétravail déstabilise cette dynamique. «Tout à coup, la maison devient un endroit où je vais devoir jouer un rôle qui habituellement n’est pas le même», explique-t-il.

«C’est un peu comme quand on arrive à la retraite. Certains couples trouvent cela très difficile parce qu’il faut redéfinir l’espace», observe Nathalie Parent. «C’est envahissant si l’autre n’a pas son endroit pour être au travail sans déranger. Il faut délimiter des territoires pour chacun.»

Différents emplois et différentes attentes

«Ce qui peut être difficile aussi c’est de chacun et chacune faire respecter le fait qu’on doit se conformer à certaines choses pour mettre en application le télétravail», remarque le docteur en psychologie. «Certaines personnes, bien qu’elles soient en télétravail, vont avoir des moments bien spécifiques dans une journée où ils doivent absolument être 100 % dans leur rôle de travailleur; pensons à des rendez-vous téléphoniques, des vidéoconférences. Alors qu’une autre personne pourrait avoir plus de flexibilité et avoir moins de moments fixes qui ne peuvent pas être changés. Ça peut être source de certaines difficultés.»


« Non seulement je m’adapte à mon télétravail, mais il faut aussi que je m’adapte à celui de mon conjoint ou de ma conjointe ; c’est un double défi. »
Dr Johan Autruc, psychologue

En plus d’occuper des emplois différents qui ont des exigences différentes, il faut aussi s’attarder à l’idée que chacun se fait du télétravail. «Si moi je pense que le télétravail c’est fait pour qu’on en fasse plus à la maison, bien ma perception à moi peut être très différente de l’autre», explique Nathalie Parent. Si la perception est différente, les attentes seront différentes et possiblement déçues.

Dans ce même ordre d’idées, une personne peut envisager le télétravail comme une opportunité de passer plus de temps avec l’autre, alors que l’autre y voit la perte de ses moments de solitudes. «Il faut penser que quand on est au travail on ne se voit pas constamment», souligne la psychologue. «Il faut comprendre que quand on est au travail l’autre personne a peut-être des moments où elle se retrouve et que c’est un temps de plaisir à elle seule. Qu’elle le passe sur Internet, qu’elle le passe à faire de la lecture, il faut accepter ça.»

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COMMUNICATION, COMPROMIS, ACTION!

Pour mieux vivre le télétravail avec les personnes avec qui on partage notre vie, il n’y a pas de recette magique: il faut communiquer. «Sans collaborer avec l’autre, ça risque de ne pas fonctionner», observe Johan Autruc. «Une fois que les modalités du télétravail seront un peu plus claires pour chacun, une fois qu’on aura parlé un peu plus à son conjoint ou sa conjointe et que tout le monde est au courant des défis et exigences, bien déjà je crois qu’on est dans une meilleure position.»

Communiquer 

  • Quelles sont les exigences de mon emploi?
  • Quel niveau de flexibilité me permet mon emploi?
  • Quelles sont mes attentes par rapport au télétravail?
  • Quels sont mes besoins personnels?

Une bonne communication devrait permettre à chaque membre du couple de constater les ajustements nécessaires à chacun pour vivre au mieux la situation de télétravail dans le contexte particulier d’isolement qu’imposent les mesures sanitaires actuelles. «Le succès de tout ça va dépendre d’à quel point on va être capable de faire des compromis», expose le psychologue. 

Compromis

  • Quels sont les besoins de l’autre?
  • Que puis-je faire?
  • Quel est le meilleur compromis qu’on peut faire?

«Je crois que ce serait bien déjà de partager à son conjoint ou sa conjointe les moments au cours de la journée où on aimerait être plus tranquille», suggère Johan Autruc. «Si c’est faisable, on peut déterminer en avance des moments de pause», propose Nathalie Parent. «Déterminer en avance que ce moment-là on le passe ensemble, mais cet autre moment je vais le passer seul. Il faut établir ces moments ensemble, sans avoir peur que l’autre se sente mis de côté. Il est possible que la personne se sente comme ça, mais au moins on pourra en parler», explique la psychologue.

Savoir quand interagir et les limites des interactions possibles durant le télétravail semblent à la base d’un télétravail harmonieux entre conjoints. L’objectif est de trouver un système qui permet à chacun de savoir «instantanément» s’il peut ou non interagir avec l’autre personne.

«Si une personne a la possibilité d’isoler des espaces de travail, c’est sûr que c’est la meilleure chose à faire», partage Johan Autruc. «L’autre aspect, c’est que chacun connaisse un peu les horaires de tout le monde. On peut même inventer des petits codes pour que l’autre tout de suite comprenne instantanément qu’on est au travail.»

Action! 

  • Organiser l’espace physique et temporel disponible afin de faire respecter les besoins de chacun.
  • Bureau/espace de travail – organisation de l’espace physique
  • Horaire – organisation de l’espace-temps
  • Signaux convenus – point de référence instantané pour l’autre personne