Vous avez dit bicurieux?

CHRONIQUE / Bicurieux, l’êtes-vous ? Oui, comme dans cet adjectif désignant toute personne qui ne s’identifie pas comme bisexuelle, mais qui ressent le désir d’avoir des relations affectives et/ou sexuelles avec un individu du genre opposé à celui avec qui elle entretient habituellement des relations (Fondation Émergence). Ouf ! Laissez-moi vous aider à y voir plus clair.

À titre d’exemple, prenons Roger, hétérosexuel par affirmation, qui s’adonne ici et là à un rapport génital avec Jean qu’il aime bien. Ah bon !

Lina, qui est lesbienne depuis toujours, a dernièrement assouvi sa curiosité sexuelle en faisant l’amour avec un homme, soit son voisin. D’accord !

Frédéric, ce jeune adulte qui expérimente la plupart du temps son univers sexuel avec des filles, mais qui ne ferme pas la porte aux garçons à tout jamais, même pour l’amour. Intéressant !

À l’instar du principe nutritionnel voulant qu’il faille goûter avant de dire que ce n’est pas bon, la bicuriosité peut aussi se définir par la volonté d’explorer différentes appétences, histoire de découvrir de nouveaux horizons et pourquoi pas, de faire diversion.

Du nouveau ?

Ce n’est que depuis peu que l’on reconnaît cette nouvelle tendance qui penche vers la curiosité sexuelle. Comprenons que depuis l’avènement de l’ère LGBTQ2+, diverses appellations – mais aussi définitions – ont déterminé un paquet de comportements sexuels et/ou affectifs.

Mais est-ce nouveau pour autant ? À mon avis, aucunement. La bicuriosité m’apparaît officiellement comme un phénomène aussi vieux que le monde ! Une tout autre histoire par contre que sa reconnaissance au grand jour.

Effectivement, bien que la différence, voire la minorité, soit en voie d’une plus grande acceptation, il en était tout autrement il n’y a pas si longtemps. S’il l’était, mon aïeul avait tout intérêt à tenir sa bicuriosité pour morte ou à la manifester en catimini, tenons-nous le pour dit ! Amen.

Qui sont les bicurieux ?

Des bibittes à poils ? Des extra-terrestres ? Des particuliers ? Zéro pis une barre. En fait, messieurs, mesdames, les bicurieux sont des gens comme vous et moi !

De ce fait, Michel Dorais, sociologue de la sexualité et professeur en sciences sociales à l’Université Laval, rapporte dans le magazine VÉRO que les filles seraient peut-être plus nombreuses que les garçons à se montrer bicurieuses.

Après tant d’années à être opprimées sexuellement parlant, possible pour celles-ci qu’elles se lâchent un peu et s’adonnent à autre chose qu’au devoir conjugal réclamé par un chéri d’amour plus ou moins doux. Mon hypothèse.

Sans jouer à l’autruche, c’est encore sur les derniers milles de cette décennie que nous devons convenir que deux femmes s’adonnant au sexe passe mieux que deux hommes au regard de la société. La pornographie nous le prouve à tous clics, la catégorie « lesbiennes » a la cote. Voilà donc de quoi tolérer la bicuriosité davantage dans un sens que dans l’autre. Un double standard.

À la mode de chez nous

Bien qu’un sujet omniprésent, la bicuriosité par « pression-ou-influence-de-faire-comme-tout–le-monde » est plutôt rarissime. Véritablement, à peine quelques-uns s’adonnent à une réalité sexuelle sans un minimum d’intérêt pour un tiers.

L’orientation sexuelle n’est pas banale, quelle que soit sa finalité, s’il en faut réellement une. Donc, peu sont ceux, adultes comme adolescents, à reproduire des gestes ne leur convenant pas en dehors d’un contexte de violence.

Bicurieux, bicurieuse, peut-être l’êtes-vous de passage ou encore ad vitam aeternam ? Quelle que soit votre réponse, l’important est d’être bien, heureux et en harmonie. J’ai fini.