Pas encore enceinte? Non, puis après?

COURRIER DU LECTEUR / Bonjour Myriam, Je vais avoir 28 ans sous peu. Mon conjoint et moi essayons d’avoir un bébé depuis plusieurs années et ça ne fonctionne pas. Je ressens une très grande pression face à ce sujet et je ne sais plus comment gérer le stress que ça occasionne. Toutes les questions posées à cet égard n’aident en rien à ma situation et je me sens mal à l’aise quand les gens m’abordent en ce sens. Lorsque vient la période fertile du mois, j’angoisse et on dirait que ça ne me tente plus d’essayer, car j’ai peur de l’échec encore une fois. Merci pour votre aide !

CHRONIQUE / « Comment ça vous n’avez pas d’enfant encore ? Ça ne marche pas votre affaire ? Coudonc, savez-vous comment faire ? Lèves-tu tes jambes après l’acte ? Ça ne colle pas ou quoi ? As-tu essayé tel ou tel truc ? Ton chum n’est probablement pas bon ! C’est peut-être parce que tu y penses trop ? Vous le faites au combien de temps ? Vous n’avez pas assez d’argent pour les traitements de fertilité ou quoi ? As-tu pensé à adopter ? »

Les questions maudites entourant le monde de la conception, la grossesse et la naissance ; de quoi perdre mon latin !

Souvent posées sous le couvert de l’humour, combien sont ceux sous-estimant l’ampleur des blessures qu’elles occasionnent. Tel un couteau dans une plaie vive, ces dernières occupent deux fonctions. Combler une curiosité souvent malsaine du pseudo-enquêteur et vous remettre en plein visage, mois après mois, votre réalité déjà difficile. Vous n’êtes pas enceinte... encore.

Pour vous alléger, vous mais aussi plusieurs autres, mon souhait serait de poser ce message ô combien explicite sur une pancarte format électoral scandant que tous et toutes seront avisés dès que grossesse il y aura. Autrement, inutile de questionner ou de conseiller. MERCI.

Pression

Avec raison que cette grande pression éprouvée, cette difficulté à gérer le stress, cette angoisse face à l’éventuel échec. Puisqu’en plus de les vivre, vous devez aussi dévoiler votre intimité, encore et encore, la commenter, la justifier, la rationaliser et par-dessus le marché, quasi vous en excuser. Tout un apanage d’émotions additionné à celles déjà vécues à l’image du test de grossesse négatif ou à ces quelques gouttes de sang importunes.

Vous affirmer, y avez-vous pensé ? Je parle de cette possibilité de jouer franc jeu en exprimant ouvertement votre indisponibilité à recevoir tout questionnement ou commentaire à l’égard de votre fertilité. Votre entourage immédiat le comprendra, j’ose croire.

Pour ce qui est du reste de vos cercles sociaux, soit vos collègues, connaissances, votre communauté, pourquoi pas même les inconnus, possibilité il y a de préserver cette sphère de votre vie en offrant des réponses évasives ou encore en rebutant carrément les interrogations. Toutes les stratégies à cet effet sont acceptables.

Concomitance de problème sexuel

Qui dit problématique de fertilité dit malheureusement souvent aussi divers soucis d’ordre sexuel et conjugal. Dans le continuum des motivations poussant à faire l’amour, faire un bébé à répétition avec comme résultante ce constant revers, risque certainement d’ébrécher à long terme le désir sexuel et la soif de rapprochement. Peuvent s’ensuivre alors le stress, voire la pression de performance et tout ce qui vient avec soit les difficultés orgasmiques, éjaculatoires et érectiles chez messieurs. De quoi mettre la pédale douce sur la pression non nécessaire.

Parce que l’ouverture du grand livre vous appartient, à vous de choisir cette ou ces personnes de confiance qui vous demandera juste tout simplement comment ça va.