L’univers masturbatoire

COURRIER D'UNE LECTRICE / Bonjour, Lorsque le temps vous le permettra, j’aimerais avoir votre point de vue sur ce que mon conjoint m’a dit. [...] Il m’a informé qu’il se masturbait chaque soir dans le salon devant de la pornographie. Puisque nous faisons déjà l’amour de deux à quatre fois les jours de semaine et de quatre à cinq fois ceux du week-end, dites-moi si je m’en fais pour rien ? Les avis sur le Web divergeant énormément. Je suis mal avec tout ça et je ne sais pas trop comment réagir. Est-ce normal, abusif, addictif ?

CHRONIQUE / Cette question vient à point pour boucler ma série d’articles traitant de la pornographie. Merci à vous, Madame !

Pourquoi ? J’en conviendrai, votre état d’âme est fort louable devant cette confidence digne d’un jardin plus que secret. L’univers masturbatoire étant l’une des sphères individuelles des plus privées, ma première réflexion tend certainement à comprendre ce à quoi rime cette révélation. Pourquoi le dire ? Était-ce un aveu ? Une transmission banale d’informations ? Un cri d’alarme ? Une réponse à une question ?

Entendons-nous, au-delà d’une fréquence X ou Y, être au fait des activités masturbatoires de son ou de sa partenaire est une source de stress, voire même d’anxiété, pour plus d’un.

Je ne le satisfais pas pleinement ?

Je ne suis pas à la hauteur ?

Je ne le contente pas ?

Le sexe ne devrait-il pas se faire ensemble ?

Est-ce une forme d’adultère ?

Ces questions témoignent de la remise en question personnelle, et pourquoi pas de la responsabilisation. Je les entends fréquemment. Cette réalité est d’autant plus accentuée lorsqu’il y a présence de support visuel telle la pornographie. Que devons-nous comprendre ?

Masturbation

Cette pratique ô combien controversée est naturelle et personnelle, le saviez-vous ?

Loin de moi l’idée de vous comparer à une extra-terrestre, s’il ne s’agit pas d’un passe-temps auquel vous vous adonnez. Ceci dit, comme il est possible pour certains de ne pas se caresser les organes génitaux, d’autres s’y consacrent aisément. Sans mal pour autant, ni nécessité de s’en confesser.

Ces plaisirs en solo servent à combler des besoins que la relation sexuelle, à cause de la présence d’un tiers, ne peut remplir nécessairement. La quête d’intimité individuelle, l’envie de se retrouver, la soif de solitude, l’expérimentation de nouvelles sensations, la diminution de l’anxiété, l’appel de la détente, le maintien de la libido ou l’auto-érotisme ; en voici des exemples de motivations à la masturbation.

Normal, abusif, addictif…

La ligne entre la sacro-sainte normalité, les pratiques abusives, ou encore addictives, comme vous le dites, est très mince, d’où mon intérêt à comprendre la légitimité de cette confidence. De ce fait, seul votre chéri pourrait vous rassurer, ou pas, à cet effet. Est-ce une nécessité ou un divertissement ? Lui avez-vous demandé ?

Le diagnostic de dépendance à caractère sexuel est inévitablement difficile à établir, puisqu’il ne se quantifie pas avec une fréquence. Plusieurs facteurs sont à prendre en considération, dont la souffrance qu’elle engendre, une perturbation des activités de la vie quotidienne, la place qu’elle occupe, sa longévité dans le temps, les tentatives vaines de cesser les comportements, des difficultés affectives, etc. D’où l’importance de consulter au besoin.

Madame, puisque votre inconfort concerne les comportements masturbatoires de votre partenaire, le fait qu’ils soient accompagnés de pornographie ou encore leur fréquence importante, je vous suggère d’en discuter avec le principal intéressé. Qui sait, peut-être saura-t-il le meilleur pour vous éclairer ?

Bonne chance.