La porno et la vraie vie

CHRONIQUE / Pornographie, est-ce la vraie vie ? Ce questionnement est louable puisqu’il y en a qui semblent penser que oui ! À bon escient, n’ayant pourtant qu’une visée récréative, ce divertissement pour adulte apporte certes son lot de confusion. Tel le tout dernier James Bond bourré d’invraisemblances indéniables, eh bien sachez qu’il en va de même pour les films Rodéo sur Juliette, Cyrano de Vergerac ou Le Tour du monde en 80 trous. Pour s’y retrouver, voici quelques distinctions à ne pas négliger.

Excitation sexuelle

Bien que visiblement omniprésente au moindre effleurant de l’orteil pour Branda l’expressive, rien n’est tel pour la gent féminine, mais aussi masculine. L’excitation étant la prémisse initiale à la réponse sexuelle suggérée par Master et Johnson, soyez au fait qu’elle tarde souvent à venir pour le commun des mortels. De ce fait, difficile de se mettre dans le bain et de se voir disposé aux restes.

Loin d’être instantané, l’adage voulant que l’appétit vienne en mangeant s’applique certainement à la sexualité. L’excitation se créant à partir d’un contexte, d’une situation plaisante, d’un engouement, il va de soi que le couple contemporain a plus à faire que Ron Jeremy pour mettre la table du sexe.

De la délicatesse s.v.p

Aïe ! Ouch ! Aah ! Ouille ! Les voici ces onomatopées monopolisant l’ensemble de mes expressions faciales lorsque je vois le traitement réservé aux organes génitaux via ce septième art.

Une bouche, une vulve, un vagin, un pénis, un anus, tous de beaux organes dont il faut prendre grand soin. Un minimum de préparation aux touchers et encore plus aux pénétrations il se doit. On n’entre pas en l’autre comme on entre dans une grange !

Dans ces impératives démonstrations de sexes que me propose mon téléphone intelligent, où sont les contacts préparatoires ? Où se trouve le tube de lubrifiant ? Où sont les ajustements ? Où sont les grands questionnements à savoir comment l’autre se sent ? Dites-moi !

L’orgasme

Pornographiquement, sans roulement ni tambour, le voici le voilà, à la puissance dix, encore et toujours, multipliable, arrosable et incommensurable. Chapeau à tous ces acteurs et actrices méritant l’Oscar des meilleurs menteurs !

En l’obtenant ou pas, l’orgasme ne définit en rien la relation sexuelle proprement dite. Bien qu’il soit l’apogée fort souvent recherché, y parvenir en tout temps, avec en plus de pareilles caractéristiques, reste un objectif irréaliste.

Le fondement du rapprochement consiste à favoriser les caresses, la tendresse, les baisers, l’amour, l’affection, le plaisir mutuel, la complicité, l’intimité, alouette. Vertus malheureusement tenues à l’écart au ciné-club olé olé pour prioriser que de simples contacts génitaux.

Consentement

Oui, oui, oui et encore oui à tout ! Ces films grivois laissent présager que tout est possible, avec ou sans permission, alors qu’on se tue, socialement parlant, à remettre l’accent sur l’importance du consentement sexuel.

Une éjaculation en plein visage, un déplacement pénien du vagin à l’anus, une fessée soudaine, un tiers participant s’invitant, toutes des pratiques peu banales nécessitant ne serait-ce qu’une permission, non ?

« Comment ça va ? Aimes-tu ça ? Veux-tu ça ? Continuons-nous ? Qu’en dis-tu ? On arrête ou pas ? » voici de ces questions devant agrémenter tous agissements sexuels impliquant une autre personne. La base de la base quoi !

Bien que tous précisent savoir que la pornographie représente qu’un monde illusoire, les études prouvent qu’une exposition répétée, voire usuelle, risque d’engendrer des impacts négatifs sur la sexualité à commencer par la confusion entre le vrai du faux. De ce fait, chers consommateurs mais aussi consommatrices, faites que ce divertissement reste un divertissement.