Je suis asexuelle

COURRIER DU LECTEUR / Bonjour, Je me suis toujours sentie différente des autres côté relations sexuelles. Bien que j’aie de l’attirance pour la gent masculine, jamais je n’ai ressenti de « réels » besoins en termes de relations sexuelles. Cependant, évoluant dans une société hypersexualisée où il est socialement important de combiner sexe et amour, je me suis fondue à la masse. J’ai eu plusieurs fréquentations, toujours décevantes. On m’a également quittée en me disant que j’étais frigide ou n’aimais pas assez le sexe. Un jour, j’ai rencontré mon conjoint actuel. Ce fut un coup de foudre (…). Bien qu’au début nous faisions l’amour pratiquement tous les jours, jamais ce fameux désir n’est venu au rendez-vous. Après 10 ans de vie de couple, notre vie sexuelle est plutôt terne. Lui, il a des besoins quotidiens, moi, jamais (…). En fouillant sur le net, j’ai ainsi découvert le terme « asexualité » et j’ai compris que je n’étais pas anormale ou frigide. (…) Toute ma vie, j’ai essayé d’être quelqu’un d’autre, d’agir selon les conventions sociales. Mais toute ma vie, je me suis sentie triste et esseulée dans mes relations. Maintenant, je sais qui je suis, une personne asexuelle (…). J’ai fait mon coming out hier soir à mon conjoint (…). Nous explorons les pistes de solutions et essayons de peindre ce nouveau tableau blanc qui se présente devant nous. Je ne crois pas que ce sera toujours facile et j’aimerais avoir une boule de cristal pour lire l’avenir. À suivre…

CHRONIQUE / Bravissimo ! Que de courage découlant de ce témoignage. Toutes mes félicitations madame. D’abord pour cette prise de conscience demandant un regard sur soi ô combien difficile. Deuxièmement, pour votre prise de position et votre volonté d’être enfin celle que vous êtes. Chapeau !

Tel que défini par l’Association pour la visibilité asexuelle, l’asexualité est une orientation sexuelle caractérisée par le fait qu’une personne asexuelle ne ressent pas d’attirance sexuelle pour quiconque. De cette même source, une personne sur cent serait asexuelle et, de ce nombre, un peu plus de la moitié serait des femmes.

Ce n’est que trop fréquemment que je vois des gens se proclamer asexuels. Possible et louable que le sexe proprement dit ne leur dise rien à force d’expériences de vie plus ou moins agréables. Asexuels pour autant ? Pas vraiment ! Je qualifierais davantage cette association par des mécanismes de défense appelés évitement, clivage ou autres.

La personne dite asexuelle ne ressent pas d’attirance sexuelle sans explication. C’est comme ça, voilà tout ! Depuis toujours ou depuis peu, les activités sexuelles ne lui disent rien, point barre.

Vivre à deux

Deux amoureux asexuels, voilà donc le meilleur des mondes ! Hélas, la vie étant la vie, il y a forcément de quoi chambouler le couple à l’annonce de ce coming out, madame.

Puisque la personne ayant l’intérêt sexuel le moins élevé – voire nul – dicte forcément la fréquence, les pratiques et le répertoire sexuel du couple, à moins de s’y forcer, l’autre en prend pour son rhume évidemment.

Dans la sphère conjugale, bien que tout ne repose pas que sur le sexe, ce dernier est plus qu’important pour la plupart.

La communication, le temps et l’ouverture seront certainement de bons alliés. Trouver la ligne à suivre pour votre couple sera possiblement la résultante d’essais et d’erreurs, d’anicroches et de bonne volonté. À vous d’accorder vos forces pour trouver les issues. Parce que tout est possible, je vous dis bonne chance !