Myriam Bouchard
Le Quotidien
Myriam Bouchard

Incapable de ne pas hurler

CHRONIQUE / Bonjour à vous ! Être expressive dans l’orgasme est une réalité qui colle à la peau de plus d’une.

Bonjour,

J’ai une question à vous poser qui me gêne beaucoup. Quand on fait l’amour, mon conjoint et moi, j’éprouve beaucoup de plaisir, faisant en sorte que j’ai un ou plusieurs orgasmes. Le problème, c’est que je n’arrive pas à être discrète. Je crie et hurle, tellement c’est puissant et fort...

Nous avons vécu six mois chez ma belle-famille et je n’ai eu que très peu d’orgasmes. Je ne voulais plus faire l’amour tellement il m’était difficile d’avoir un orgasme presque silencieux. Pourtant, j’ai essayé de prendre des oreillers, d’être plus posée, mais rien n’y faisait. Du coup, je ne voulais plus de sexe.

Maintenant, nous sommes chez nous, mais je me pose sans cesse la question à savoir comment je vais faire quand je serai maman ? Je ne peux pas me permettre financièrement d’avoir une grande maison ou une maison avec une chambre parentale. C’est trop cher.

Bref, je suis déchirée ! J’ai peur de regretter mon choix : mettre une croix sur ma jouissance ou être mère.

D’abord, je vous félicite d’être en mesure de lâcher prise et de faire preuve de suffisamment d’abandon pour bénéficier des plaisirs orgasmiques, voire multiorgasmiques. L’anorgasmie est un mal ô combien persistant ! Vous, vous êtes plutôt devant un beau problème, celui d’épancher votre appréciation un peu trop, du moins selon vous.

Tantôt silencieuses, tantôt tempérées, tantôt sonores à souhait, toutes les femmes – comme tous les hommes, d’ailleurs – exhalent leur plaisir à leur façon. À chacune son mode d’expression. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises façons de jouir, la vôtre incluse.

Bien que la situation rapportée puisse vous sembler une tendance, rien dans la réponse orgasmique n’est coulé dans le béton ad vitam aeternam. L’être humain est en constante évolution ; les réactions d’aujourd’hui ne sont pas nécessairement celles de demain. De ce fait, rien ne sert d’anticiper un avenir problématique et vous obligeant à faire un choix entre votre sexualité et une maternité éventuelle. L’évitement est la mère des regrets. Il suffit de comprendre pour changer.

Plusieurs causes peuvent expliquer le bavardage, les murmures, les gémissements, les discours grivois, les insultes salaces et les hurlements pendant l’orgasme. Parmi les plus évidentes, il y a le fait de vouloir témoigner sa satisfaction et la volonté d’exciter l’autre en offrant une réponse franche. L’auto-érotisme, la capacité à faire monter le plaisir par soi-même en s’entendant crier, est une autre possibilité. Un peu au même titre que ces larmes qui montent à l’apogée, les sons peuvent également permettre d’évacuer un trop-plein d’émotions. Souvent inconfortable, l’acclamation délivre cette surabondance et ramène, par le fait même, à un niveau de confort souhaité.

Quel est le réel problème dans votre cas ? Ce questionnement me dirige vers deux avenues. Soit vous vous acceptez telle que vous êtes, ici et maintenant, ou vous décidez de travailler sur cette anxiété d’être entendue par un tiers. Dans un cas comme dans l’autre, l’accompagnement sexologique s’avère nécessaire, histoire de bien évaluer votre besoin et d’identifier les stratégies adéquates pour vous venir en aide.