Myriam Bouchard
Le Quotidien
Myriam Bouchard

Existe-t-il un âge limite pour vivre sa première fois ?

CHRONIQUE / Le long métrage 40 ans, toujours puceau, qui date de 2005, proposait, avec un humour discutable, la réalité d’un quadragénaire exempté, par la force des choses, de toute activité sexuelle. Être adulte et ne jamais, au grand jamais, avoir connu les plaisirs de la chair avec une tierce personne, est-ce le fruit de l’imagination de scripteurs ou une réalité possible en 2020 ? Voyons-y.

La virginité est définie, la plupart du temps, comme le fait de ne jamais avoir eu de relations sexuelles, mais n’y a-t-il pas lieu de se questionner sur ce que signifie cettedite notion de « relations sexuelles » ?

La relation sexuelle est souvent réduite à la pénétration hétéronormative phallo-vaginale. Ainsi, plusieurs ne se soucient pas des diversités qu’offre la sexualité humaine. Pourtant, les possibilités sont nombreuses.

Effectivement, qu’advient-il alors des relations orales et anales ? Qu’en est-il des caresses, des épisodes de masturbation mutuelle ou de l’utilisation de jouets sexuels ? La pratique d’une ou l’autre de ces activités disqualifie-t-elle pour autant les caractéristiques de la personne supposément « vierge » ? C’est selon !

Virginité tardive

La virginité tardive est un autre un concept qui ne fait pas consensus. L’étude PIXEL, chapeautée par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), propose un portrait de la santé sexuelle des jeunes adultes au Québec.

Les résultats situent l’âge moyen de la première relation sexuelle autour de 17 ans et précisent qu’à l’âge de 25 ans, 95 % des jeunes adultes ont déjà eu une relation sexuelle.

Du coup, est-ce réaliste que les individus qui n’ont pas eu de relations sexuelles après cet âge tombent automatiquement sur la liste des « vierges tardifs » ? Fort relatif que cet étiquetage, lequel devrait plutôt tenir compte des facteurs de santé, sociaux, religieux, culturels, psychologiques et sexologiques.

Adulte et vierge

En 2015, Jessica Bény, candidate à la maîtrise en sexologie, et Marie-Aude Boisard, doctorante, se sont penchées sur la question de la virginité à l’âge adulte.

La première cause rapportée par les chercheuses est relative à la peur des infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS) et des grossesses non planifiées. En cas de doute, s’abstenir semble être une solution.

L’asexualité siège en second lieu. Interligne, un centre d’aide et de renseignements sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres, décrit cette réalité comme étant une orientation sexuelle voulant qu’un individu n’ait pas ou très peu d’attirance ou de désir sexuel. Cela n’a rien à voir avec l’abstinence. Le célibat peut être un choix. Pourquoi s’y adonner sans désir ?

Avoir eu peu ou pas de rendez-vous amoureux ou ne pas être en couple à l’adolescence : voilà d’autres explications. Comme si tout débutait à un certain âge, le fait de « manquer le bateau » laisse présager qu’il pourrait être par la suite plus difficile d’entamer une vie sexuelle active en avançant en âge.

Certaines personnes peuvent aussi faire le choix délibéré de ne pas avoir de relations sexuelles, que ce soit parce que l’autre n’en vaut pas la peine, par manque d’amour ou parce qu’il ne s’agit pas de la bonne personne. Certains choisiront d’attendre de se « donner » à un être plus significatif.

Et que dire de la faible intégration sociale ! Je parle des petits gênés, des personnes qui éprouvent des difficultés à entrer en relation, à avoir des interactions sociales, à fréquenter des lieux de rencontre, à faire les premiers pas et à jouer de séduction. Franchir ce cap, ce n’est pas simple pour tout le monde.

La première relation sexuelle n’impose pas d’âge précis. Seules les conditions optimales en faisant un succès devraient être une nécessité.

Être prêt et le vouloir, à 17, 25 ou 40 ans, pourquoi pas ?