En transportant le pollen de fleur en fleur, les abeilles créent parfois des croisements indésirables.
En transportant le pollen de fleur en fleur, les abeilles créent parfois des croisements indésirables.

Pratiquez la distanciation… au jardin!

Larry Hodgson
Larry Hodgson
Le Soleil
Dans cette période de déconfinement, le terme «distanciation sociale» est sur toutes les lèvres. Il faut rester à 2 mètres des autres quand on est en public. Mais saviez-vous qu’il faut pratiquer une distanciation chez les plantes potagères aussi?

Non pas pour prévenir la COVID-19, bien sûr. Mais pour empêcher les croisements indésirables. C’est un facteur dont vous devriez tenir compte uniquement si vous voulez récolter et conserver les semences pour l’année prochaine. Voici une explication.

Des plantes dévergondées

Vous remarquerez que les fleurs de la courgette (zucchini) sont identiques à celle de la citrouille. C’est normal, puisqu’il s’agit de deux variantes de la même plante, la courge. Les fleurs sont pollinisées par les abeilles et d’autres insectes, qui apportent le pollen d’une fleur à une autre et d’une plante à une autre. Si vous plantez une courgette et une citrouille côte à côte, le pollen de la courgette aboutira presque inévitablement sur la citrouille et vice-versa. 

Pour l’année en cours, cela ne change rien. Le plant de courgette ne produira que des courgettes, même si il est pollinisé par une citrouille. Et la citrouille ne produira que des citrouilles, même si elle est pollinisée par une courgette. Parfait! Mais si vous récoltez les semences d’une courgette qui a reçu du pollen d’une citrouille et les semez l’année suivante, vous hériterez d’un fruit intermédiaire, ni allongé, ni rond et au goût très quelconque. Un hybride accidentel, autrement dit… ou un bâtard.

Le croisement entre une courgette et une citrouille donne un fruit intermédiaire.

Évidemment, cela arrivera aussi si vous cultivez, dans le même potager, deux concombres différents ou deux radis différents. 

Ce n’est pas toujours juste la forme et la taille du fruit qui sont en jeu, mais aussi un grand nombre de facteurs différents : goût, couleur, productivité, résistance aux maladies et aux insectes, précocité, etc.

Des exceptions

Si normalement cultiver deux variétés du même légume à proximité n’altère nullement le goût et la forme de la plante la première année, il y a des exceptions :

Le maïs subit une double fécondation : le pollen apporté par le vent féconde à la fois le germe qui donnera un nouveau plant, mais aussi le grain qu’on mange. Donc oui, le goût et même la couleur et la texture du grain peuvent être modifiés négativement par la présence d’une autre lignée de maïs à proximité. Il faut toujours planter le maïs sucré loin du maïs à ensilage, par exemple, sinon le premier ne sera pas mangeable. Cette double fécondation explique aussi pourquoi le maïs indien est multicolore.

L’autre exception courante est le concombre anglais (concombre de serre). Il est parthénocarpique, c’est-à-dire qu’il produit des fruits sans être fécondé (c’est pourquoi les pépins ne se développent jamais). Mais s’il est pollinisé par un concombre normal à proximité, il produira des fruits bosselés et irréguliers, avec pépins. C’est pourquoi normalement on le cultive en serre pour éviter tout croisement. 

Le maïs, curieusement, subit une double fécondation : si on ne respecte pas la distanciation, chaque grain peut avoir une couleur, un goût et une texture différente.

Une distanciation variable

La distanciation à respecter varie selon les espèces, surtout d’après la distance que le pollen peut parcourir. Les abeilles, par exemple, ne sont pas très attirées par les fleurs de laitue et ne les pollinisent qu’en passant, donc 8 mètres de distanciation suffira. Le pollen de la betterave, par contre, est très léger et transporté par le vent sur de longues distances. Il faut 8 kilomètres de distanciation!

Voici un tableau montrant la distanciation recommandée pour plusieurs légumes courants :

  • Bette à carde : 8 km
  • Betterave : 8 km
  • Carotte : 800 m
  • Céleri: 1,5 m
  • Chou, brocoli, chou de Bruxelles, chou kale, chou-fleur : 1,5 km
  • Concombre : 35 m
  • Courge, courgette, citrouille : 40 m
  • Épinard : 8 km
  • Haricot : 0 m
  • Laitue : 8 m
  • Maïs : 30 m
  • Melon : 400 m
  • Navet : 800 m
  • Oignon : 400 m
  • Piment/poivron : 10 m
  • Poireau : 1,5 km
  • Pois : 0 m
  • Pomme de terre : 10 m
  • Radis : 200 m
  • Tomate : 0 m

Des légumes qui ne s’entrecroisent pas

Comment se fait-il que la distanciation de trois légumes — tomate, haricot et pois — soit de 0 mètre? C’est que leurs fleurs sont fermées et alors ils s’autopollinisent dans plus de 99,9 % des cas. Vous pouvez donc cultiver côte à côte deux tomates différentes — disons, une tomate cerise jaune près d’une tomate Beefsteak rouge — et les graines de la tomate cerise donneront toujours une petite tomate jaune et celles de la Beefsteak, toujours une grosse tomate rouge. 

Le cas des hybrides

Comme si cela n’était pas déjà assez compliqué, il y a aussi le cas des légumes hybrides (F1). Leur génétique est déjà mélangée, car ils sont issus de croisements entre deux plantes différentes. Jamais leurs semences ne donneront des plantes identiques à la plante mère. Mieux vaut ne conserver alors que les semences des variétés non hybrides donc dont l’étiquette ne porte pas la mention F1.

Pour le jardinier moyen dans son petit potager familial, la règle est quand même assez facile : si vous voulez conserver des semences, ne cultivez qu’une variété de chaque légume. Et ne conservez pas les semences des plantes hybrides!

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ENTRETIEN DE LA SEMAINE

  • Coupez les vieilles tiges des framboisiers après la récolte (celles à l’écorce brune) pour laisser de l’espace aux jeunes tiges qui produiront l’an prochain.
  • Appliquez du paillis après avoir désherbé pour empêcher la germination de mauvaises herbes et pour maintenir une bonne humidité.
  • Si vous trouvez une plante en pot aux feuilles fanées, plongez ses racines dans un seau d’eau pendant une heure pour l’aider à reprendre.
  • Essayez de ne pas mouiller le feuillage quand vous arrosez, car cela crée un milieu propice pour les maladies.

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QUESTIONS 

La taille des bleuetiers


On taille surtout les bleuetiers pour enlever les vieilles branches peu productives.

Quand et comment tailler les plants de bleuets à corymbe?
 — Sylvie Tétreault

R En fait, les bleuetiers ont peu besoin de taille. Après quelques années de culture, supprimez à la fin de l’hiver les branches les plus longues qui seront devenues moins productives, et cela, pour laisser la place aux jeunes branches plus fructifères. Enlevez aussi toute branche brisée, malade ou placée trop près du sol.

Pollinisation des tomates et des courges

Concernant la pollinisation des tomates et des courges, est-ce approximativement la même chose que pour les concombres? Vous avez bien expliqué la pollinisation des concombres dans votre article du 11 juillet 2020.
— Fl. Gingras

R Pour les courges (citrouilles, courgettes, pâtissons, etc.) et aussi les melons et les pastèques, tous de la famille des cucurbitacées, c’est exactement la même chose que pour les concombres. Il y a des fleurs mâles (beaucoup) et des fleurs femelles (peu nombreuses) sur la même plante et si les abeilles ne sont pas présentes (quand il fait chaud, quand il pleut, etc.), il se peut que le jardinier doive transporter le pollen des fleurs mâles aux fleurs femelles lui-même. 

Mais pour les tomates et aussi les poivrons et les aubergines, de la famille des solanacées, c’est très différent. Leurs fleurs sont à la fois mâles et femelles et n’ont pas besoin de pollinisation croisée; habituellement, le pollen d’une fleur pollinisera le stigmate de la même fleur, en cercle fermé pour ainsi dire. Mais un bourdon doit faire vibrer la fleur pour libérer le pollen : c’est ce qu’on appelle une pollinisation vibratile. En l’absence de bourdons, le jardinier peut secouer la fleur ou, mieux encore, la faire vibrer avec une brosse à dents électrique.

Placez la brosse contre la tige florale et faites-la vibrer pour polliniser la tomate et les autres solanacées.

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Par courrier à
Le jardinier paresseux
Le Soleil
C.P. 1547, succ. Terminus
Québec (Québec) G1K 7J6

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CALENDRIER HORTICOLE 

Conversations horticoles
Durant la période de confinement dû au coronavirus, Larry Hodgson offre gratuitement des «conversations horticoles» en direct les mercredis à 10 h à facebook.com/JardinierParesseux.

Formations en ligne
L’agronome Lili Michaud offre des formations en ligne que vous pouvez suivre à votre rythme dans le confort de votre foyer. Au programme : Le compostage domestique, Les fines herbes de la terre à la table, Le potager : planification, aménagement et entretien et Les trucs de culture de 25 légumes, de l’ail à la tomate. Coût : 25 $ et 30 $ + taxes. Pour information et inscription : lilimichaud.com

Pour toute activité horticole, écrivez-nous à courrierjardinierparesseux@yahoo.com