Un vignoble de Bourgogne.

Les monopoles français

CHRONIQUE / Ne prenez vos jambes à votre cou — je vous rassure, ceci n’est pas une lettre d’opinion sur la privatisation ou non de la SAQ. La certitude d’être l’unique fabricant et vendeur d’un produit est le scénario rêvé de toute entreprise. L’exclusivité, autrement dit. Un monopole, en d’autres mots. Un privilège très rare accordé pourtant à une poignée de vignerons en France.

Ces producteurs sont propriétaires d’un domaine possédant la totalité de la superficie d’une appellation d’origine contrôlée (AOC) ou d’un grand cru. Alors que certains vignerons disposent du statut de monopole depuis toujours, d’autres l’ont acquis au fil du temps en démontrant la singularité de leur terroir auprès de l’INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité).

Clos de la Coulée de Serrant : AOC Coulée de serrant
Superficie : 7 hectares
Production annuelle : 20 000 à 25 000 bouteilles

Reconnue comme AOC à part entière depuis 2015 (auparavant lieu-dit de l’AOC savennières), la coulée de serrant produit l’un des plus grands vins de la Vallée de la Loire, voire de la France. Le domaine éponyme, biodynamique depuis 1981, est dirigé d’une main de maître par Nicolas Joly, figure emblématique de la biodynamie, et sa fille, Virginie. Fait intéressant, le chenin y est vendangé en 5 fois sur 3 à 4 semaines, laissant ainsi le temps au botrytis de bien marquer les raisins. Il en ressort un vin blanc, le plus souvent sec, à la robe jaune doré, aux parfums intenses de coings, abricots et fruits secs et à la bouche riche, grasse et minérale.

Château Grillet : AOC Château-grillet
Superficie : 3,5 hectares
Production annuelle : 5000 bouteilles

Cette minuscule appellation est l’une des plus petites de France. Situé dans la partie septentrionale de la Vallée du Rhône, au cœur des contrées de condrieu, le Château Grillet a reçu sa propre appellation d’origine contrôlée dès 1936. Cette reconnaissance lui a été attribuée, entre autres, en raison de son mésoclimat particulièrement chaud et ensoleillé, à l’abri des vents. Le viognier y règne en maître, comme à condrieu, et donne lieu à un blanc sec très aromatique aux notes de pêche, d’abricot et de miel. Un vin gras et puissant, empreint de délicatesse et de fraicheur. En 2011, le vignoble a été acquis par l’homme d’affaires parisien, François Pinault, déjà propriétaire du Château Latour (1er grand cru classé Pauillac).

Domaine de la Romanée-Conti : grand cru Romanée-conti
Superficie :
1,8 hectares
Production annuelle : 3500 à 7000 bouteilles

Le Domaine de la Romanée-Conti (DRC pour les intimes) produit 8 grands crus en Bourgogne, dont la romanée-conti, en monopole depuis toujours. Grands parmi les grands, les vins du domaine sont parmi les plus dispendieux et les plus mythiques au monde. Disons que si vous avez bu une lampée de romanée-conti dans votre vie, vous avez vécu. La mention « Monopole » apparaît d’ailleurs sur la collerette. Vin biodynamique.

Domaine de la Romanée-Conti : grand cru La tâche 

Superficie : 5,08 hectares
Production annuelle : 10 000 à 25 000 bouteilles

Le domaine le plus prestigieux de la Bourgogne, possède non pas un cru monopole, mais bien deux! Un autre vin grandiose à l’élégance transcendante qui demeurera un fantasme pour le commun des mortels. La mention « Monopole » apparaît également sur la collerette. Vin biodynamique.

Domaine François Lamarche : grand cru La grande rue
Superficie :
1,6 hectares
Production annuelle : 6000 à 7000 bouteilles

Le village de Vosne-Romanée en Bourgogne compte 6 grands crus, tous issus du pinot noir, dont les deux précédents et celui-ci. Confortablement installée entre la tâche et la romanée-conti, la grande rue ne pouvait faire autrement que produire de grands vins. C’est tout récemment, en 1992, que la minuscule parcelle a été promue au titre de grand cru. Porte la mention « Grand cru monopole ».

Société Artémis : grand cru Clos de tart
Superficie : 7,3 hectares
Production annuelle : 25 000 bouteilles

Plus grand monopole bourguignon (en ha) classé en grand cru, le clos de tart, vient tout juste de changer de main. C’est l’homme d’affaires français François Pinault, aussi propriétaire des Château Grillet (Vallée du Rhône) et Château Latour (1er grand cru classé Pauillac) qui s’est porté acquéreur pour une coquette somme se situant entre 250 et 280 millions d’euros. La mention « Monopole » apparaît sur l’étiquette.

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