La folie du nature!

CHRONIQUE/ Le mois dernier, j’ai siégé sur le jury du Jugement de Montréal, un concours exclusivement réservé à l’importation privée. Organisée par le RASPIPAV (Regroupement des Agences Spécialisées dans la Promotion des Importations Privées des Alcools et des Vins), cette compétition portait sur les vins rouges nature. Je dois l’avouer, je ne suis pas LA référence dans cette catégorie très répandue sur l’île de Montréal, mais qui tarde à s’implanter en région.

L’idée que je me faisais des vins nature était peu reluisante: des vins qui partent dans tous les sens, un aspect visuel trouble, des arômes de réduction au premier nez (pop corn brûlé, œufs pourris, odeurs animales, etc.) et un léger perlant en bouche.

Pas très appétissant, non?

Sauf que, encore une fois, le monde vinicole me réservait de belles surprises! Des 26 vins servis ce jour-là, à peine deux présentaient des défauts œnologiques. J’ai plutôt été charmée par la netteté, la droiture et la pureté de ces rouges nature.

Cette catégorie, encore un peu floue faute de réglementation, pourrait se résumer brièvement à des vins pour lesquels aucun intrant n’est utilisé lors du processus de vinification. Les raisins devraient être issus de l’agriculture biologique, mais aucune loi ne l’oblige. Les vinifications sont conduites avec les levures indigènes (naturelles), sans chaptalisation (ajout de sucre) ni filtration lors de la mise en bouteille. L’ajout de sulfite est très limité (certains diraient interdit), rendant les vins plus sensibles au voyagement et aux conditions d’entreposage.

Cette dernière question, celle des sulfites, est d’ailleurs la source de plusieurs discussions au sein des professionnels du vin, lorsqu’il est question des vins nature. Aussi connu sous le nom de «dioxyde de soufre» (SO2), cet intrant agit comme antiseptique et antioxydant. Rappelons que tous les vins contiennent des sulfites, puisqu’elles sont produites naturellement lors du processus de vinification. En revanche, leur teneur varie et peut vite grimper (jusqu’à 400 mg/l pour certains vins liquoreux!), si le vigneron a la main forte. Les vins dits «nature» ne devraient pas excéder les 30 mg/l.

Alors qu’ils étaient plutôt rares en SAQ il y a quelques années, les vins nature font peu à peu leur arrivée dans les succursales Sélection, mais ils ne sont pas toujours identifiés comme tels. Le mieux est de demander à votre conseiller en vin… ou de vous en remettre aux livres ou aux recommandations des chroniqueurs!

En voici deux.

Muscadet 2016, Amphibolite Domaine Landron (code SAQ : 12741084, 25,50$)

Issu de la biodynamie, ce vin évoque le bord de mer. En Loire, les vignes du muscadet bénéficient d’ailleurs de l’influence de l’océan Atlantique. Le nez présente des arômes de citron et des notes minérales. Un léger perlant se fait sentir à l’attaque. La bouche est vive et une finale saline ouvre l’appétit. À savourer à l’apéro, entre amis, autour d’un plateau d’huîtres.

Brouilly 2017, Château Cambon (code SAQ : 13385931, 28,75$)

Marie Lapierre et Jean-Claude Chanudet travaillent en suivant les principes des vins nature et n’utilisent ni engrais chimiques ni désherbant à la vigne. Ils élaborent ici un excellent Brouilly. Les arômes de fleurs et de petits fruits rouges séduisent d’emblée, suivis de notes animales qui ajoutent une touche de complexité à l’ensemble. La bouche est veloutée, gourmande et rassasiante. À servir avec des croûtons à la tapenade d’aubergine.

Pour goûter à un éventail de vins nature, mais aussi à d’autres produits diversifiés, rendez-vous au Salon des Vins d’Importations Privées les 27 et 28 octobre prochains, à Montréal, ou le mardi 30 octobre, à Québec (www.raspipav.com). Les gagnants du Jugement de Montréal seront également mis en dégustation.