Le malbec nouveau genre (l’Argentine, partie 1)

CHRONIQUE/ En août dernier, j’ai échangé mon été québécois pour l’hiver argentin le temps de quelques jours. Rappelons-nous que dans l’hémisphère sud, les saisons sont à l’opposé des nôtres ! J’étais très emballée à l’idée d’aller découvrir ce magnifique pays, mais je dois l’avouer, je partais avec un préjugé défavorable envers ses vins. Un an plus tôt, j’avais eu la chance d’accompagner Nadia Fournier, auteure du Guide du Vin Phaneuf, dans quelques dégustations et nous avions consacré une journée entière aux vins d’Argentine. Résultat : un boisé marqué par des notes de vanille, des vins très chaleureux et assez lourds.

Colonisée par l’Europe, l’Argentine viticole affichait un style plutôt classique à ses débuts, mais au tournant des années 2000, elle semble avoir été influencée par la critique américaine qui réclamait des vins riches, presque sucrés, concentrés et à la texture épaisse. Ceux qui lisent cette chronique toutes les semaines doivent commencer à connaître mes goûts: le bois à l’excès et les tanins hyper charnus, c’est moins dans mes cordes.

Or, ce n’est pas du tout le portrait qui a été tracé durant mon séjour, même que j’ai été agréablement surprise. En écoutant les producteurs, on sent vraiment chez eux un désir d’élaborer des vins plus frais, aux taux d’alcool moins élevés, dans lesquels le fruit prend plus de place, au détriment du bois. Le discours est le même pour tous : ils ne souhaitent plus faire des vins dont on se fatigue après un verre tellement les papilles sont saturées.

L’objectif est donc simple ; il faut pouvoir finir la bouteille !

Outre l’exploitation de différentes variétés et des terroirs en altitude, dont je vous parlerai dans les prochaines semaines, cette nouvelle vague de changement commence d’abord par le malbec, cépage emblématique de l’Argentine, aux arômes de petit fruit rouge, de prune et de violette. Consommé par 80 % des Argentins, le malbec est la variété rouge la plus plantée du pays. Ayant, bien sûr, gardé sa trame tannique bien serrée, il tend néanmoins vers un style plus facile d’approche. Pour ce faire, ils ont modifié leur façon d’utiliser le bois. Les vignerons se tournent davantage vers les foudres (plus gros contenant, donc moins de contact direct entre le vin et le chêne) ou des cuves en béton. Ils récoltent également le raisin beaucoup plus tôt. Alors qu’il y a cinq ans, ils le cueillaient à la fin du mois d’avril, pour en tirer des taux d’alcool élevés, ils le récoltent maintenant à la mi-mars.

Le malbec en dégustation.

Malbec 2016, Reserva, Mendoza, Terrazas (code SAQ : 10 399 297 ; 21,70 $)

Cette maison appartient au célèbre groupe LVMH, reconnu pour ses marques de luxe. La cuvée Reserva rassemble des raisins provenant de six terroirs différents répartis dans les régions de la vallée de Uco et Lujan de Cuyo, situées au sud de la ville de Mendoza. Il propose une expression souple, fruitée et rassasiante du malbec, qui se termine dans une finale épicée et fumée. Excellent avec une longe de porc aux herbes.

Malbec, Pure, Trapiche (code SAQ : 12 823 397 ; 16 $)

Cette maison très connue d’Argentine aurait pensé cette gamme « Pure » pour le marché canadien où il y a une demande grandissante pour des vins faciles à boire, souples et en fraîcheur. Le nom faisant référence à la pureté du fruit, les vins de cette série n’ont pas fait de barrique. Rien de complexe dans le verre, que du fruit, des notes florales et de la fraîcheur. Un vin à apprécier en préparant le souper les soirs de semaine ou en accompagnement d’un poisson à la tombée de poireaux et fraises.

Les nombreux malbecs goûtés durant ce magnifique voyage ont intrigué mes papilles et j’ai bien hâte de suivre leur évolution au cours des prochaines années !