Jonathan Custeau
À Ponce, les dommages liés aux tremblements de terre sont visibles par endroits, comme ici, où un balcon menace de s’effondrer.
À Ponce, les dommages liés aux tremblements de terre sont visibles par endroits, comme ici, où un balcon menace de s’effondrer.

Porto Rico après les séismes

CHRONIQUE / Porto Rico a tremblé. Beaucoup. Des centaines de fois entre la fin décembre et la mi-janvier. L’île aux confins de la mer des Caraïbes a surtout été secouée le 6 janvier, par un tremblement de terre de magnitude 5,8, et le lendemain par une secousse de 6,4 sur l’échelle de Richter. D’emblée, des centaines de voyageurs, dont j’étais, un billet d’avion en poche, se demandaient s’ils devaient réellement s’envoler pour San Juan.

L’île a accusé les répliques dans les jours qui ont suivi, avant que le sol ne se déchaîne à nouveau le 11 janvier. Les régions du sud-ouest, notamment Ponce, un centre culturel important, ont été particulièrement dévastées.

Le site du gouvernement canadien continuait d’annoncer qu’il fallait prendre des mesures de sécurité normales à Porto Rico. Les articles dénichés sur le web rapportaient que les risques de nouveaux tremblements de terre d’envergure diminuaient avec les jours qui passaient. Les hôtels contactés demeuraient ouverts; les Portoricains joints par internet affirmaient tous qu’il n’était pas souhaitable d’annuler les vacances.

Va! J’ai rempli mon sac, attrapé mon passeport, et pris la direction de San Juan.

Déjà, sur internet, on rapportait que l’aéroport Luis Munoz-Marin était pris d’assaut par les touristes qui cherchaient à fuir la catastrophe. L’aérogare, pourtant, ne paraissait pas particulièrement bondée à mon arrivée. Un peu de foutaise là-dedans, vraisemblablement.

À San Juan, où les secousses avaient été ressenties, on déplorait surtout des bris mineurs. Le Festival de la Calle San Sebastian, Sanse 2020 pour les intimes, risquait néanmoins de prendre une nouvelle tournure. La plus grosse célébration de l’île, qui attire traditionnellement 200 000 fêtards dans le vieux San Juan, aurait lieu coûte que coûte. Mais on se doutait bien que la peur, le chagrin peut-être aussi, assombriraient le 50e anniversaire de l’événement.

De fait, les chambres d’hôtel abordables, introuvables pour le gros week-end de Sanse à moins d’avoir réservé quelques semaines à l’avance, se libéraient à l’approche de l’événement. Annulations.

Pourtant, à San Juan, à moins de se brancher sur les informations locales, on pouvait se prélasser sur les plages, visiter le Castillo San Felipe Del Morro ou déguster une crème glacée sous le drapeau géant de la rue de la Fortaleza sans se douter de quoi que ce soit.

Mon plan original, visiter Ponce et surtout son musée d’art, ne tenait plus la route. Quoique je l’ai prise quand même, la route, le coffre de l’Elantra louée rempli de bouteilles d’eau, direction sud-ouest. C’est le chauffeur d’Uber qui m’avait donné l’idée. « Si tu veux aller au sud, arrête à l’épicerie et achète des paquets de bouteilles d’eau pour les sinistrés. »

J’ai abouti à Ponce, sous le soleil étincelant, au milieu de l’après-midi. Lonely Planet rapportait que d’ordinaire, les bouchons de circulation sont monnaie courante à l’entrée de la ville. Niet. Ce jour-là, pas la moindre impatience aux arrêts obligatoires. Pas le risque de se faire voler une place de stationnement non plus.

Au centre-ville quasi désert de Ponce, on était loin, une semaine après les plus gros séismes, de devoir enjamber les débris pour circuler. Seulement, les commerces affichaient presque tous « fermé ». Les autres n’espéraient pas particulièrement de clients.

Au centre de la ville, devant le Parque de Bomberas, un édifice de style arabe peint en rayures rouges et noires consacré entre autres à des camions de pompier d’époque, un homme vendait sa crème glacée à la noix de coco ou aux fruits de la passion.

Des informations erronées laissaient entendre que Cueva Ventana, une attraction touristique près d’Arecibo, s’était effondrée.

« Le musée est fermé », clame-t-il, sa casquette lui ombrageant le visage. « Toutes les attractions sont fermées de manière préventive. Vous êtes chanceux de vous être rendus jusqu’ici. Le centre-ville était encore inaccessible hier », ajoute-t-il, heureux d’avoir trouvé des passants à qui vendre ses cornets.

Elle est touchée la vieille caserne?, que je demande. « Elle a survécu à des ouragans. Elle tiendra encore longtemps », assure-t-il. Mais l’immense cathédrale Nuestra Señora de Guadelupe, qui lui est adossée, y a bien laissé quelques parcelles de façade, quelque part derrière des rubans jaunes censés freiner les passants.

Au centre-ville, ces rubans empêchent çà et là l’incursion sur des trottoirs. Un balcon, par exemple, s’est en partie détaché dans les secousses et menace de tomber. Les sinistrés, pour la plupart, se rassemblent dans un stade pour dormir, de peur que leur maison s’écroule pendant la nuit.

À l’un de ces stades, la foule attendue est invisible. Là, une camionnette à côté de laquelle deux enfants jouent dans un berceau à roulettes, là, une tente dressée sur une parcelle de gazon. Mais sans plus. Quelques grandes tentes d’armée sont dressées et une petite citerne d’eau potable trône au milieu des installations.

C’est plutôt en soirée, après la journée de travail, que le stationnement s’anime de tous ceux qui refusent de rentrer chez eux. « Un centre de secours a été dressé près de la plage, mais personne ne veut y aller. S’il y a un tremblement de terre et qu’il y a alerte au tsunami, c’est sur la plage que ce sera le plus dangereux », rapporte une femme croisée sur les lieux.

Je lui ai confié mes caisses de bouteilles d’eau avant de poursuivre mon chemin. Déjà, les Portoricains de partout avaient mis l’épaule à la roue. En 2017, lors de l’ouragan Maria, personne n’avait été épargné. Cette fois-ci, ceux qui avaient le luxe de se montrer charitables ne s’étaient pas fait prier.

À Yauco, une ville voisine connue pour ses maisons aux couleurs originales et son café, même silence dans les rues. Un tout petit chapiteau, sous lequel étaient empilés des matelas, démontrait qu’une poignée de citoyens préférait dormir en ville que dans les stades.

Je ne me suis pas attardé. Je n’ai pas senti le sol se dérober sous mes pieds non plus. Mais j’ai compris que ce petit État, encore à peine relevé de l’ouragan de 2017, a bien besoin de chaque dollar que le touriste peut y dépenser dans son séjour.

Mais encore, plusieurs sites ont souffert des événements. Formation rocheuse célèbre, Punta Ventana n’est plus. L’Observatoire d’Arecibo, longtemps le plus gros radiotélescope du monde et rendu célèbre dans le film Goldeneye, a été fermé par mesure préventive. Et certaines informations erronées laissaient croire que Cueva Ventana, une grotte offrant une vue magnifique, s’était aussi écroulée.

Porto Rico, après les séismes, continuait de faire son possible pour accueillir les touristes.