Les joueurs de balle, ou de pok ta pok, s’étaient peint le visage et le torse et portaient le crâne d’un petit animal sur leur tête.

La partie de balle maya

CHRONIQUE/ Le Festival de las Animas battait son plein à Mérida, dans la péninsule du Yucatan. Comme partout au Mexique, les activités du jour des Morts se succédaient jour après jour, soir après soir. Mais en ce qui me concerne, ne le répétez surtout à personne, c’est la partie de balle maya présentée chaque vendredi qui nourrissait mon impatience.

Le concept avait toujours été un peu flou dans mon esprit depuis que j’avais vu ces deux grands anneaux de pierre accrochés dans une arène d’un autre temps, dans le site archéologique de Chichén Itzá. Le juego de pelota, comme ils le désignent en espagnol, ou pok ta pok, consistait pour deux équipes à faire voler une balle de caoutchouc, en la frappant avec les hanches, avec l’objectif de la faire passer dans un anneau surélevé.

À Chichén Itzá, on disait par ailleurs que le capitaine de l’équipe gagnante était sacrifié, à la fin de la partie. Il s’agissait alors d’une forme d’honneur. Mais les récits varient. D’autres diront que les perdants étaient sacrifiés, mais il semble que les affrontements ne finissaient pas nécessairement avec la décapitation d’un des joueurs. Difficile de s’y retrouver pour connaître les règles exactes d’un sport pratiqué il y a plus de 3000 ans par les peuples précolombiens, dont les Mayas.

Ma chance frappait donc à Mérida, où une partie de pok ta pok est organisée tous les vendredis soir devant la cathédrale San Ildefonso, à la Plaza de la Independencia. Si l’événement prend son envol vers les 20 h, mieux vaut arriver plusieurs dizaines de minutes à l’avance pour s’offrir la meilleure vue possible sur le jeu.

Déjà, en me pointant au cœur de la vieille ville de Mérida, à la dernière minute comme à mon habitude, un rituel a commencé. Sur une petite scène aménagée devant la cathédrale, des hommes, le torse et le visage peinturés pour rappeler des squelettes, tapaient sur de grands tambours ou jouaient de la flûte.

La nuit s’était déjà emparée de tout le Yucatan. Un faisceau violet éclairait la cathédrale. Au centre de l’arène improvisée, marquée par des clôtures métalliques, une vasque allait bientôt être allumée. Un homme personnifiant un oiseau ferait mine de s’envoler aux quatre coins du quadrilatère. Déjà, un autre homme avait fait le tour des spectateurs pour leur permettre de toucher la balle de caoutchouc de plus de trois kilos qui serait bientôt mise en jeu.

Les athlètes des deux équipes, quatre de chaque côté, sont ensuite apparus pour prendre part eux aussi à une cérémonie ayant tous les airs d’une prière collective. En cercle autour de la vasque enflammée, ils portaient leur attention sur le maître de cérémonie, une espèce de chaman portant une large coiffe de plumes. D’abord à genou dans une forme de recueillement, ils se sont levés pour quelques mouvements de danse.

Enfin, avant de lancer la compétition, ils se sont emparés d’un coquillage, ceux dans lesquels on entend la mer quand on prête suffisamment l’oreille, et ont soufflé le son d’une trompette.

Les compétiteurs ne portaient qu’une espèce de caleçon à franges et un couvre-chef surmonté du crâne d’un petit animal. Pas de protections pour les genoux, les coudes ou les tibias. Ils ne ménageaient pourtant pas les efforts pour faire rebondir la balle, une fois le temps venu, évitant d’utiliser leurs mains ou leurs pieds.

Les deux équipes s’apprêtent à se saisir d’une balle enflammée pour se l’échanger en évitant qu’elle frappe le sol.

Au départ, ils se lançaient littéralement au sol, presque en position assise, pour repousser la sphère de caoutchouc. À mon grand étonnement, les chocs répétés finissent par produire des rebonds de plus en plus hauts, ce qui permet aux joueurs les plus habiles de tenter de soulever la balle jusque dans l’anneau, placé ce jour-là au milieu du terrain de jeu.

On le voit bien, il n’est pas aisé de toucher la cible, même si, à quelques occasions, le petit ballon s’est aplati contre les contours de l’anneau, vraiment près du but.

La persévérance finissant par payer, les rouges ont marqué. Reconnaissant les efforts des deux équipes, la foule s’est animée. De là, comme on le ferait dans un grand aréna ou dans un stade de soccer, les exclamations se sont faites plus nombreuses. On sentait la tension, l’enjeu de cette partie amicale, alors que l’orgueil des joueurs suffisait à les convaincre de fournir un effort soutenu.

Les bleus ont marqué à leur tour pour provoquer l’égalité juste avant la fin du duel. Quoique selon les règles officielles, le système de pointage serait beaucoup plus compliqué.

En trame de fond, une narratrice explique l’importance du pok ta pok dans la culture maya. Si l’espagnol domine, elle passe à l’anglais à l’occasion. Quelle que soit la langue, j’avoue avoir manqué la presque totalité de l’histoire alors que toute mon attention était tournée vers la partie elle-même.

Ajoutant au côté spectaculaire, une espèce de séance de tirs de barrage a mis les joueurs à l’épreuve une nouvelle fois. En solo, on leur offrait une balle au rebond généreux pour leur permettre de marquer. Encore plusieurs grands oh! et ah! ont jailli malgré plusieurs occasions ratées.

Pour terminer, comme si ça ne suffisait pas, une balle enflammée a été mise en jeu. Cette fois, les mains pouvaient être utilisées. Seulement, la balle ne devait plus toucher le sol. J’angoissais déjà dans les vulgaires parties de patate chaude, quand j’étais gamin, alors que nous jouions avec un ballon bien mou. Cette version plus grande que nature m’a plaqué la mâchoire au sol, admiration oblige.

Quelle belle idée de garder bien vivant ce sport ancien et de le partager avec les touristes! Bien qu’elle relève du spectacle dans ce cas-ci, la démonstration n’en a pas moins dévoilé le talent des joueurs qui sont parvenus à rendre la partie enlevante. Il serait dommage de passer à Mérida sans assister à un affrontement de pok ta pok.

Le journaliste était l’invité de l’Office du tourisme du Yucatan et d’EnRoute Communications.