Le bourlingueur

Sur le flanc du volcan Villarrica

CHRONIQUE / L’autobus avait quitté Santiago, la capitale du Chili, en même temps que le jour finissait de s’effacer sous un ciel obscur. Il s’était immobilisé, les vitres couvertes des gouttelettes de condensation, presque neuf heures plus tard, à environ 800 kilomètres de là, dans la petite ville de Pucón.

Le ciel, à Pucón, était encore nimbé de sa rosée du matin. C’était l’heure où l’humidité et les rayons neufs du soleil nous dardent avec la même force. Les volutes s’échappant des cheminées faiblissaient à vue d’œil laissant dans le fond de l’air frais un subtil arôme boisé.

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Craquer pour le Chili

CHRONIQUE / «Ça faisait longtemps que vous vouliez aller au Chili? » a demandé le douanier, suspicieux. « Non pas particulièrement », que je lui ai répondu au retour à Montréal.

De toute évidence, annoncer qu’on revient du longiligne pays d’Amérique du Sud soulève des soupçons à l’aéroport. Et s’il est vrai qu’à mes yeux, le Chili présentait au départ un attrait moins grand que ses voisins, comme le Pérou, la Bolivie ou l’Argentine, j’ai découvert un pays de nature beaucoup plus intéressant que je ne le croyais.

C’est peut-être parce que le Chili fait moins les manchettes. Du Brésil, on connaît le Carnaval de Rio et l’Amazonie. De l’Argentine, Buenos Aires est célèbre, comme l’est le Machu Picchu au Pérou ou le désert de sel d’Uyuni en Bolivie. Du Chili, on retient peut-être la très isolée île de Pâques, ou plus probablement… de nombreux tremblements de terre.

Comme sa voisine l’Argentine, le Chili n’est pas particulièrement à l’image du reste de l’Amérique du Sud. Les airs y sont plutôt européens. Les prix aussi. Pas étonnant que les voyageurs du sac à dos, qui font un grand tour du continent en comptant les sous, ou les pesos, aient tendance à éviter de s’aventurer trop loin au sud-ouest. Ceux qui le font ne fréquentent pas les restaurants. Ils ne peuvent, non plus, aspirer à traverser les 4300 km, du nord au sud, entre le Pérou et le cap Horn, à moins d’y aller par petites bouchées, avec beaucoup de temps.

Il reste que le transport est particulièrement bien organisé pour franchir les parallèles. Les vols intérieurs permettent d’atteindre la Patagonie ou le désert d’Atacama sans difficulté. C’est sans compter les autobus, munis d’énormes fauteuils qui, parfois, se transforment en lits, et qui arpentent les routes jour et nuit pour parcourir d’énormes distances. Confortables, ils coûtent moins cher que l’avion, sont moins polluants, et permettent d’économiser une nuit à l’hôtel.

On dit de Santiago, la capitale, qu’elle n’a rien de bien charmant. Pourtant j’ai eu envie de m’y attarder… ce que je n’ai pas fait. J’ai plutôt voulu voir les routes de bitume, celles de gravier et de sable aussi, qui relient les grandes villes et les villages éloignés. J’ai voulu voir l’aridité du nord, l’altitude des montagnes et des volcans à la rencontre de deux plaques tectoniques. J’ai voulu voir les villages de pêcheurs, où les prises sont toujours fraîches. 

Le Chili, c’est vouloir jouer dehors tout le temps. C’est se féliciter d’avoir accroché ses bottes de randonnée au sac à dos. Parce qu’on voudra galoper jusqu’au Pacifique pour regarder les vagues se briser sur les rochers. Parce qu’on voudra grimper les sommets enneigés à 5000 mètres si nos poumons finissent par s’adapter à l’altitude. Parce que marcher, marcher, marcher dans les rues des grandes villes sans vouloir s’arrêter, c’est un peu comme randonner. Et parce qu’il faudra bien dépenser toutes ces calories qu’on ne pourra s’empêcher d’engloutir en trop grande quantité. 

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Le calme de Bundi

CHRONIQUE / Il y a parfois ces petites surprises qu’on n’attendait plus. Ces doutes qu’on n’avait pas raison d’entretenir et qu’on regrette un peu au bout du compte. En Inde, la plus belle surprise est venue d’une petite ville appelée Bundi, quelque part au sud-ouest de Delhi.

J’ai beau frôler compter plus d’une soixantaine de pays au compteur, je ne retiens toujours pas, d’une fois à l’autre, que je préfère le charme des petites villes moins touristiques. J’aime voir les gens, leur parler, faire partie de leur quotidien. Ça me change des temples, des musées, des circuits qui nous mènent un peu toujours aux mêmes endroits plus ou moins mémorables.

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Les macaques de Gibraltar

CHRONIQUE / Des singes à l’état sauvage en Europe! Il n’y a qu’un seul endroit pour en admirer, voire en côtoyer de très près : Gibraltar. La petite péninsule anglaise, au sud de l’Espagne, comporte bien d’autres surprises.

Je l’avoue d’emblée, je ne me serais probablement pas donné autant de mal pour visiter Gibraltar si ce territoire d’environ sept kilomètres carrés avait appartenu à l’Espagne. Il y a quelque chose de particulier à l’idée de traverser tout un territoire à pied en une seule journée.

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Ballet et balade nautique à Mexico

CHRONIQUE / Retenir son souffle. C’est toujours un peu ce qu’on fait en achetant des billets pour un spectacle à l’étranger. Vouloir un aperçu d’une culture qui nous fascine peut se transformer en interminable soirée de performances amateures. C’est l’expérience qui parle. Mais dans la ville de Mexico, il n’y a rien à craindre.

Le ballet folklorique de Mexico a beau être présenté dans le célèbre Palais des beaux-arts (Palacio Bellas Artes), qu’on surnomme à juste titre la cathédrale des arts de Mexico, mais il y a ce je-ne-sais-quoi à propos du mot folklorique qui sème un léger doute. C’est que je m’imagine des artistes un peu blasés, se produisant soir après soir pour des touristes qui applaudiraient n’importe quoi.

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Jouer les Colombo au Sri Lanka

CHRONIQUE / «Quand j’ai sorti la photo, l’homme avait l’air de se demander d’où ça venait. Il nous a rapidement invités à rentrer chez lui et à rencontrer sa famille », dit Daniel Richard de North Hatley.

La photo, c’est celle que j’avais prise en 2015 avec Gamini et sa famille, à Ella au Sri Lanka. Quatre ans plus tard, presque jour pour jour, Daniel Richard et sa conjointe Diane Perras, véritables Colombo, ont relevé le défi de retrouver la maison de ces villageois, en bordure d’une voie ferrée, pour leur offrir un cadeau qu’ils n’attendaient certainement pas.

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Genève cosmopolite

CHRONIQUE / «Ça fait du bien d’entendre parler français! » avait-elle dit. Elle, c’était la femme assise à côté de moi dans le train Zurich-Genève, en Suisse. Mini choc culturel.

Probablement comme tout le monde qui s’attend à ce que le Canada soit bilingue d’un océan à l’autre, j’avais cru que le français était plutôt répandu en Suisse. Même si on ne me parlait qu’en allemand à Zurich, j’étais resté sous une fausse impression. En même temps, je me rassurais de constater que je me dirigeais vers une ville où j’arriverais à me faire comprendre la plupart du temps.

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Des momies et des troubadours

CHRONIQUE / Guanajuato, capitale de l’État du même nom au Mexique, sourit aux visiteurs avec ses couleurs vives et son immense basilique au creux des montagnes. La Basilica de Nuestra Señora de Guanajuato, rayonnante d’ocre et de rouge, peut être aperçue dans toute la vieille ville. Pareil pour l’université, avec son imposant escalier qui offre un point de vue pas mal du tout. Guanajuato est festive, avec ses mariachis qui chantent à tue-tête au Jardin de la Union, devant le grandiose Teatro Juárez, là où tous les arbres ont été émondés pour que leur feuillage prenne une forme carrée. On y trouve le musée de Don Quichotte, celui de Diego Rivera, et des dizaines d’ateliers d’artistes où se traîner les pieds. Pour peu qu’on aime l’art un brin, on espionne plus ou moins discrètement dans les fenêtres donnant sur les ruelles en espérant y trouver un repère artistique où s’engouffrer.

Guanajuato, c’est le meilleur repas que j’ai mangé dans tout le Mexique, sans exagération. Quand on retient un point d’exclamation pour chaque bouchée, ou pire, qu’on le laisse échapper, c’est qu’on a la papille contente. Chez Maztito, un restaurant familial, on restera marqué par le suprême de poulet au miel d’agave, à la poire cactus et aux arachides. Réserver est prudent et préférable.

Les gourmands romantiques voudront peut-être s’arrêter au Santo Café pour le petit-déjeuner. On préfèrera une des deux tables sur un pont enjambant une rue piétonne. 

Point de vue romantisme, la callejón del Beso (l’allée du Baiser) libère le Roméo ou la Juliette chez les touristes les plus sensibles (moyennant quelques pesos). L’allée la plus étroite de tout Guanajuato est surplombée par deux balcons qui se touchent presque. Eh oui, à la Roméo et Juliette, un couple dont l’amour était interdit utilisait ce stratagème pour nouer leurs lèvres le moins discrètement du monde. Fin tragique à prévoir.

Au hasard des rues de la vieille ville, on tombe forcément sur des musées d’art qui émoustillent l’œil. Le classique et le contemporain accessible se côtoient.

Ce qui relève moins du hasard et qui émoustille moins l’œil, c’est l’étrange Musée des momies. Suffit de prononcer Guanajuato pour qu’on vous demande si vous irez voir les momies. Le musée un peu lugubre, à longue distance de marche du cœur du vieux Guanajuato, relève de la curiosité. C’est qu’il semble plutôt désert et délaissé pour une attraction qu’on mousse sans ménagement.

Là, pas de trucages d’Halloween. Avant de voir la centaine de corps exposés derrière des vitrines, une vidéo explique la provenance des momies. Elles ont été retirées de leur crypte pour faire de la place dans le cimetière, principalement parce que la parenté des défunts avait cessé de payer pour le lot de l’enterrement. Plutôt que de trouver des squelettes comme elles s’y attendaient, les autorités ont plutôt découvert des corps momifiés.

On présume que les défunts sont morts dans les années 1830 lors d’une épidémie de choléra et exhumées une trentaine d’années plus tard. Tant des bébés que des adultes ont trouvé leur place dans cet étrange musée. Un fœtus momifié est même qualifié de plus petite momie du monde sur le panneau descriptif qui l’accompagne. Dans une autre pièce, on émet l’hypothèse qu’une femme a été enterrée vivante.

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Un amour de daïkon

CHRONIQUE / Une fois, en arpentant les allées de mon épicerie, j’ai pris une chance de déposer un daïkon dans mon panier. Jamais auparavant je n’avais goûté ce radis blanc, que certains appellent radis d’hiver ou radis japonais. Son goût très prononcé ne m’avait pas convaincu.

À Tokyo, au Japon, le restaurant Kameido Masumoto a réhabilité le daïkon, plus précisément une variété rare, le daïkon kameido, qui a presque disparu des tablettes des épiciers. Autrefois très populaire, ce légume-racine se vend maintenant à gros prix en raison de sa rareté.

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L’importance historique de Santiago de Querétaro

CHRONIQUE / Le site de Booking.com laissait entendre que ce serait la folie furieuse, qu’il serait difficile de trouver où loger à Santiago de Querétaro (Querétaro pour les intimes), en plein cœur du Mexique. À voir les rues piétonnes de la vieille ville grouiller de badauds à la recherche d’aubaines, j’ai cru qu’il s’agirait d’une autre de ces villes artificielles où les touristes ont pris le dessus sur la population locale.

La voiture s’est garée dans une petite rue à sens unique, entre deux rangées de bâtiments coloniaux colorés. Des fanions mexicains aux couleurs vives étaient suspendus entre les toits. Là, l’agitation du centre-ville, pourtant à cinq minutes de marche, laissait place au calme plat.