La dégustation à l’aveugle est un excellent prétexte pour laisser tomber l’égo du dégustateur.

La dégustation à l’aveugle

Un récent sondage Nielsen mené auprès des consommateurs nous apprend que 70% des décisions d’achat de bière se font devant la tablette. Autant dire que la grande majorité d’entre vous ne savez pas quoi acheter au moment de passer la porte de votre détaillant de bière favori.

Dans un petit sondage maison, bien loin d’être scientifique, je me suis amusé à poser la question si la réputation ou l’image de la brasserie influençait ce choix. Cela semble bel et bien le cas pour bon nombre de consommateurs. Certains privilégieront des brasseries de leur région, d’autres des brasseries ayant déjà proposé des produits qui ont plu.

Les influenceurs, dans tous les marchés, ont toujours existé. J’en suis d’ailleurs un si je me fie au grand nombre de messages et d’invitations à découvrir des produits que je reçois chaque semaine. Dans la mode, le phénomène est loin d’être tabou. Dans la bière, ça l’est beaucoup plus.

Il y a quelque chose d’extraordinaire dans la culture bière, c’est son prix. Pas besoin de casser sa tirelire pour dénicher une bonne bière. Et si vous possédez une bière rare dans votre cellier, c’est surtout parce que vous avez eu la patience d’attendre en ligne pour pouvoir l’acheter plutôt que d’avoir assisté à une vente aux enchères de grands crus. La très grande majorité des consommateurs de bière ont le budget pour s’offrir des bières brassées en quantité limitée. On vire pas fou dans les prix.

De ce fait, les réseaux sociaux jouent un très grand rôle et c’est l’ensemble des consommateurs, dans un groupe, par exemple, qui devient influenceur. Une masse commune qui accepte ou non un produit, l’innovation de la brasserie et l’image qu’elle projette dans cette culture bière numérique. L’image de la brasserie est donc essentielle au développement de son marché. Cette image est parfois malmenée sur les réseaux sociaux. Laissant croire qu’une bière peut ne pas être bonne ou non, par simple déduction. Un jeu dangereux.

Un petit jeu ?

Dans tous les concours de bières, la dégustation se fait à l’aveugle. On ne connaît ni le style, ni le nom de la bière et encore moins la brasserie qui présente la bière. Le but étant d’avoir un portrait analytique d’une bière, le plus neutre possible. Je ne connais pas un juge qui n’est pas surpris de certains résultats. La dégustation à l’aveugle est un excellent prétexte pour laisser tomber l’égo du dégustateur.

Le petit jeu que je vous propose vous permet de tester les compétences de dégustation de vos convives et de vérifier s’ils sont influencés par la réputation d’une marque, en l’occurrence la brasserie.

• Vous avez besoin de trois convives, installés à la même table.

• Choisissez cinq bières de style identique et assurez-vous d’en avoir en quantité suffisante pour servir 9 oz (un peu plus de 250 ml) de bière par personne.

• Le premier service se fera à l’aveugle et dans le même ordre chronologique pour tout le monde. Demandez-leur de noter la bière de 1 à 10. Compilez les résultats en isolant la moyenne des notes des cinq bières.

• Le second service est basé sur les mêmes bières, dans un ordre différent, mais les convives connaissent le nom de la brasserie pour chaque bière. Demandez-leur de noter la bière de 1 à 10. Compilez les résultats en isolant la moyenne des notes des cinq bières.

Comparez, tous ensemble, les deux séries de résultats. Est-ce toujours le même ordre, le même pointage ? Des discussions intéressantes s’en suivent. La dégustation analytique à l’aveugle permet d’offrir un résultat le plus neutre possible. Il est fort à parier que certaines bières, bien ancrées dans le classement virtuel de vos certitudes, soient détrônées. Est-ce grave ? Absolument pas.