Plus de 600 nouvelles bières ont rejoint les tablettes de vos détaillants préférés en 2017. C’est beaucoup. Je dirais même que c’est trop.

Une année marquante

CHRONIQUE / Il est toujours très difficile de déterminer si une année sera marquante pour l’avenir, d’autant plus si celle-ci n’est pas encore tout à fait terminée. Mais je me lance quand même. L’exercice est intéressant, car je me promets de relire cette chronique dans cinq ans. Et de toute façon, il y a eu assez d’événements marquants cette année pour que je ne prenne pas trop de risque…

L’achat de Trou du Diable

2017 est l’année de l’achat de la brasserie Trou du diable par la division Six Pints de Molson-Coors. Presque tout a été dit et écrit. Je retiens par contre l’incroyable tsunami d’émotions qui s’est jeté dans la baie des brasseurs, ce 9 novembre 2017. Le milieu de la bière au Québec en est un de fraternité, d’entraide et de passion. De très nombreuses amitiés s’y sont créées et plusieurs brassent pour le plaisir de vivre d’une passion. On ne fait pas fortune dans la bière. L’acquisition de Trou du Diable vient donc marquer la perte d’un frère d’armes pour plusieurs. Elle vient surtout marquer la volonté de plusieurs brasseurs d’insister sur le caractère indépendant de leur brasserie. 

Indépendance ne rime pas forcément avec qualité. Par contre, le consommateur est de mieux en mieux informé sur l’origine des produits qu’il achète et le type d’entreprise qui produit la bière. Le courant est nouveau, il prendra de plus en plus d’ampleur en 2018.

La qualité de la bière

Il y a 10 ans, de nombreuses bières avaient tendance à être follement enthousiastes à leur sortie de la bouteille, au point d’offrir un magnifique geyser dont on se serait bien passé. Un défaut assez populaire qui soulignait le manque de rigueur ou de métier de la brasserie. Aujourd’hui, il est de plus en plus rare d’être confronté à ce phénomène. Un signe flagrant d’une amélioration globale de la qualité des bières dans le domaine de la microbrasserie. 

Dix ans, dans le monde de la bière, c’est long. La volonté de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) d’offrir un programme qualité à ses membres semble avoir marqué l’ensemble de l’industrie. Il faut également dire qu’en 10 ans, de très nombreuses brasseries ont acquis de l’expérience et de l’expertise qui se manifestent dans la bouteille. L’année 2018 devrait être sous le même signe. On assistera également à l’implantation du logo « Qualité Microbrasserie Québec » et à son acceptation par les consommateurs.

La canette

Le format canette ne fait plus peur. Il était temps. Pendant de très nombreuses années, le consommateur voyait la canette comme le contenant associé aux bières de fabrication industrielle, vide de saveurs et de goûts. Le marché américain de la microbrasserie a souhaité voir la canette profiter d’une meilleure réputation et le pari semble gagné. On peut enfin retrouver un large profil de saveurs en canette. Mention spéciale pour les India Pale Ale qui ont su se démarquer cette année.

Les nouveautés

Encore une fois, 2017 est sous le signe de la nouveauté. Plus de 600 nouvelles bières ont rejoint les tablettes de vos détaillants préférés. C’est beaucoup. Je dirais même que c’est trop. La roue infernale de la nouveauté dans le but de se faire remarquer tourne bien trop vite, au risque de perturber le marché. Le consommateur, habitué à découvrir de nouvelles bières, commence à développer des habitudes d’achat liées uniquement à la nouveauté. Les brasseries se sentent donc obligées d’en produire encore et encore. La roue tourne. Considérant que le marché de la microbrasserie est encore en mode acquisition de nouveaux consommateurs, le phénomène ne se fait pas encore sentir. L’année 2018 et celles subséquentes seront déterminantes. Sommes-nous en fin de cycle de croissance ? 

Les détaillants

Devant ce phénomène particulier de l’attrait de la nouveauté, plusieurs brasseries ont dû se renouveler, mais surtout surprendre leurs clients. Plusieurs brasseries n’ont pas hésité à développer de nouveaux produits, favorisant le caractère exclusif de ceux-ci, plutôt que la disponibilité habituellement négociée auprès des détaillants, au risque de créer deux types de marchés : le détaillant spécialisé qui profite de toutes les tendances et le détaillant « classique » qui ne peut en profiter. L’année 2018 sera donc celle de la segmentation des marchés. On va commencer à voir des détaillants qui refuseront de vendre des bières de microbrasseries si celles-ci ne leur proposent pas les produits les plus populaires. C’est le tournant le plus important qui se profile à l’horizon.