Philippe Wouters
Coopérative nationale de l'information indépendante
Philippe Wouters
Le « Beer Spa », comme celui-ci, à Prague, est une tendance de plus en plus populaire.
Le « Beer Spa », comme celui-ci, à Prague, est une tendance de plus en plus populaire.

Quatre choses que je ne ferai pas en 2020

CHRONIQUE / Le temps des Fêtes est derrière nous. Vive les résolutions du Jour de l’an! Comme une fois n’est pas coutume, je vous offre une chronique qui ne présente pas ce que je voudrais faire en 2020, mais bien ce que je ne ferai pas...

Prendre un bain à la bière

Prendre un bain de bière est la tendance du moment en République tchèque. Les « Beer Spa » sont de plus en plus populaires en Europe de l’Est. Le concept est assez simple : on plonge dans un bain contenant du malt, de la levure et du houblon. Même si ce dernier peut avoir des propriétés thérapeutiques, j’y vois plus un attrape touristes qu’une réelle volonté d’offrir une thérapie en bonne et due forme. La bière, ça se boit, ça se cuisine, mais on n’y plonge pas! C’est une insulte à la culture bière et, à ma connaissance, c’est la seule boisson alcoolisée trop souvent utilisée pour autre chose que juste être bue. Le débat est lancé.

Critiquer le consommateur de bière

Je ne l’ai jamais fait et ce n’est pas du tout dans ma philosophie de consommateur averti de le faire, mais j’assiste de plus en plus à un mouvement radical de consommateurs de bières de microbrasseries qui critiquent le consommateur de bières domestiques, importées ou premium. Surtout sur les réseaux sociaux. La bière de microbrasseries plaît à 15% des consommateurs du Québec. Vous l’aurez compris, 85% des autres consommateurs boivent autre chose. Ouin, pis?

Est-ce uniquement dans la bière que l’on retrouve un mouvement si radicalisé et peu ouvert à la discussion avec d’autres consommateurs? Je crois que oui. Au lieu de critiquer la bouteille de bière qui ne plaît pas dans le panier du consommateur, prenons le temps de parler de nos goûts, qui diffèrent, et de l’incroyable offre de bières disponibles au Québec. Il y en a pour tout le monde. 

Suivre absolument le marché

Les nombreuses nouveautés, les nouvelles brasseries et les très nombreuses initiatives et lancements de produits dictent un marché en pleine croissance. La culture bière ne s’est jamais sentie aussi bien au Québec. Paradoxalement, il est devenu difficile de suivre les tendances et les nombreux produits. Même pour un passionné qui y consacre tout son temps.

Pour une brasserie, se faire connaître et vendre ses produits demandent un peu plus d’énergie qu’avant. L’année sera donc ponctuée de découvertes, de rencontres et de conseils à vous offrir. C’est mon métier, mais surtout ma passion. Je relâche cependant la pression d’essayer de tout découvrir et de tout goûter. C’est impossible. Cette tendance se voit de plus en plus auprès des consommateurs avertis.

Faire la promotion absolue de l’alcool

Contrairement à la croyance populaire, ma consommation d’alcool n’est pas quotidienne. Ce n’est pas par nécessité que je ne bois pas tous les jours, mais par choix. Un choix naturel qui ne demande pas forcément une volonté particulière. Dans ma famille, l’alcool a toujours été ponctué de rencontres et de valeurs. Installé au Québec depuis 20 ans, je remarque qu’il s’agit aussi d’une différence culturelle notable. Ce n’est pas forcément une boisson enivrante, mais un vecteur de culture et de savoir-faire. La tendance veut que de plus en plus de gens se dirigent vers l’abstinence. Les raisons sont multiples et très personnelles. J’encourage d’ailleurs chaque personne qui sent le besoin d’arrêter sa consommation à le faire. Par contre, je défends également un courant de consommation équilibré et raisonnable. Certes, une soirée bien arrosée de temps en temps est parfois à la portée de tous, mais les moyens pour en limiter les conséquences autour de soi doivent cependant être considérés. Des organismes comme Éduc-Alcool présentent d’ailleurs de bons moyens pour calculer une consommation responsable.

À la lumière de cette réflexion, il est intéressant de s’attarder à la culture qui se cache derrière le savoir-faire. Est-ce que l’alcool est forcément nécessaire pour apprécier un produit artisanal fermenté ? J’en arrive à la conclusion que non. Offrez-moi une bière sans alcool qui a le même goût qu’une bière alcoolisée et l’expérience gustative et olfactive sera la même. Le problème, c’est que l’alcool est porteur de saveurs et de rondeur, par exemple. 

Les bières sans alcool sont de plus en plus populaires. Elles méritent qu’on s’y attarde en tant que produit artisanal. Surveillez les tablettes de vos détaillants préférés, elles y seront de plus en plus nombreuses en 2020. Un autre courant s’installe tranquillement au Québec, celui des Jun et Kombucha, alcoolisés ou non. L’industrie des produits fermentés est en pleine croissance également. Si on se fie à l’intérêt de découvrir la culture et le savoir-faire derrière chaque produit, la notion d’alcool passe au second plan.