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Philippe Wouters
Coopérative nationale de l'information indépendante
Philippe Wouters
Aux États-Unis, le phénomène du seltzer est exponentiel et c’est la boisson alcoolisée à la mode depuis deux ans.
Aux États-Unis, le phénomène du seltzer est exponentiel et c’est la boisson alcoolisée à la mode depuis deux ans.

Le hard seltzer est à nos portes

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CHRONIQUE / L’eau gazeuse, que l’on appelle également eau gazéifiée, soda club, eau pétillante et bien plus, est une eau dans laquelle est dissout un gaz, le plus souvent du dioxyde de carbone. Ajoutez un arôme — artificiel ou naturel — et de l’alcool, et vous voilà en face d’un hard seltzer ou, tout simplement, seltzer.

Je me souviens d’avoir essayé pour la première fois un seltzer sur la côte ouest américaine il y a quelques années. L’expérience de ce mélange d’alcool, d’arômes et de bulles ne m’avait pas laissé une grande impression; c’était trop chimique à mon goût.

Mais ce qui m’avait le plus frappé, c’était la sensation de boire une eau gazeuse aromatisée. On ne sentait pas l’alcool, ni au nez ni en bouche. J’ai fini ma canette en me disant : «Ce truc est dangereux».

Aux États-Unis, le phénomène est exponentiel et c’est la boisson alcoolisée à la mode depuis deux ans. La compagnie qui s’est démarquée en 2019 s’appelle White Claw et produit des tonnes de boissons alcoolisées aux saveurs aussi variées que tendance. Envie d’y goûter? La SAQ en importe.

La compagnie qui s’est démarquée du côté des seltzer en 2019 s’appelle White Claw et produit des tonnes de boissons alcoolisées aux saveurs aussi variées que tendance.

Au Québec, on n’en trouve encore que très peu, mais depuis quelques semaines, une microbrasserie commercialise deux seltzers : Oshlag Seltzer au citron ou à la goyave. Étonnant quand on sait que ce genre de produits est plus en phase avec les stratégies marketing des grands groupes, plutôt que du milieu microbrassicole. Les temps changent.

Ce n’est d’ailleurs qu’une question de temps avant que des seltzers soient proposés sous la marque Molson ou Labatt. Aux États-Unis, on trouve de la Labatt Blue Light Seltzer aux arômes variés. Ici, elle distribue la marque Nütrl. Du côté de Molson, on a clairement indiqué l’intention de produire des boissons, alcoolisées ou pas, et non plus uniquement de la bière en changeant le nom du groupe pour Molson Coors Beverage Company.

Toutes les grandes entreprises qui produisent de l’alcool s’intéressent au seltzer. Le terme est tellement peu réglementé qu’on y trouve tout et n’importe quoi.

Aux États-Unis, on trouve de la Labatt Blue Light Seltzer aux arômes variés. Ici, elle distribue la marque Nütrl.

Comment on le fabrique? La recette est d’une simplicité déconcertante : vous prenez de l’eau, du sucre fermentescible — glucose, fructose, maltose au choix —, vous faites fermenter le tout, vous filtrez pour en retirer les arômes de malt, par exemple, et vous voilà avec un produit fermenté et alcoolisé. Ajoutez des arômes et du dioxyde de carbone pour les bulles et c’est prêt.


« Toutes les grandes entreprises qui produisent de l’alcool s’intéressent au seltzer. »
Philippe Wouters


Vous pouvez vendre votre seltzer dans le réseau des alcomalts et bières, puisqu’il est régi par les mêmes règlements.

Une marque de distillerie veut produire un seltzer et le vendre dans le réseau des épiceries? Pas de problème, il suffit de créer une boisson à base de malt, d’en retirer le goût, d’y ajouter des saveurs et on obtient une «eau alcoolisée aromatisée», sans aucune goutte d’alcool distillé... C’est légal, mais pas très transparent pour le consommateur.

Vous l’aurez compris, je ne suis pas un fan de ces produits. Ce n’est pas tant la fabrication d’alcomalt qui me dérange, car le procédé existe depuis de très nombreuses années et profite d’une notoriété auprès d’une clientèle jeune, c’est plutôt l’utilisation du terme «eau gazéifiée alcoolisée».

Pourtant, le seltzer est une boisson alcoolisée au même titre qu’un cooler, un alcomalt ou une bière et contient la même quantité d’eau. La grande différence, c’est qu’on utilise des stratégies marketing douteuses en suggérant au consommateur une boisson soi-disant bonne pour la santé et faible en calorie, et on s’assure qu’elle goûte l’eau gazeuse aromatisée. C’est un enjeu de santé publique.

Je suis étonné de voir des microbrasseries, habituellement moins attirées par ce genre d’opportunités commerciales, sauter à pieds joints dans cette mode.