Jean Desruisseaux et Michèle Martel, copropriétaires de l'entreprise Les Cocottes houblonnière.

Les Cocottes houblonnière en pleine croissance

À l’entrée du village de Roxton Falls, une quarantaine de piquets de cèdre hauts de 20 pieds se dressent dans le paysage. Bienvenue sur le terrain des Cocottes houblonnière, propriété de Jean Desruisseaux et de Michèle Martel! Ces anciens Montréalais ont hâte de faire leur première récolte de houblon. Leur persévérance finira bien par payer, car malgré la tornade ayant endommagé leurs installations en 2016 et les inondations de 2015, ils sont déterminés à mener leur projet à destination.

Il ne reste plus que quelques jours avant que les 700 plants de houblon de variété « cascades » commencent à monter le long des fils. Le houblon se comporte comme un haricot magique : il se plaît dans les hauteurs. Une ascension qui se fait au rythme d’un pied par jour.

« On espère que l’un de nous pourra un jour en tirer un revenu, mais il reste encore beaucoup de travail », explique Mme Martel, qui travaille actuellement comme analyste en réclamations dans le secteur des assurances. Quant à M. Desruisseaux, il est fonctionnaire pour Service Canada, ce qui lui permet de consacrer ses deux mois de congé à cette culture émergente.

Mme Martel estime qu’un acre de culture de houblon peut représenter des revenus variant entre 30 000 $ et 45 000 $.

Des cocottes de houblon bien fournies, récoltées en 2018

De la vigne au houblon
Après avoir travaillé plusieurs étés dans le vignoble de leurs amis à Pontiac, en Outaouais, Jean et Michèle ont eu l’appel de la terre, loin de leur travail de bureau.

Le choix du houblon s’est précisé après la visite d’une houblonnière à Bristol, toujours en Outaouais. « On trouve ça beau et bon. Ça nous définit plus que le vin », explique Michèle.

Cela demande aussi moins de travail que sur un vignoble, reconnaît-elle, évaluant sommairement l’investissement sur leur terre d’un acre à une quinzaine de milliers de dollars. Une superficie qu’ils prévoient doubler dès l’an prochain, alors que leur houblonnière pourrait occuper, à terme, l’équivalent de quatre acres.

Le couple a complété ses connaissances auprès d’un ami houblonnier à Dunham, mais surtout auprès de Fernand Pigeon, houblonnier au long cours résidant à Durham-Sud.

M. Pigeon, une autorité en la matière, estime Michèle, leur a même permis de suivre gratuitement une formation pour apprentis houblonniers d’une fin de semaine sur son terrain. Les deux ont ainsi peaufiné leurs connaissances du métier, de la plantation à la récolte. Par ailleurs, le fumier de vers de terre produit chez M. Pigeon vaut le détour, paraît-il.

« Ce type de culture émergente amène une innovation intéressante, se réjouit René Pedneault, directeur du service de développement économique et local à la MRC d’Acton. Ça nous permet aussi de valoriser une partie du territoire de la MRC jusqu’ici moins considéré pour la culture. »

Selon lui, l’installation de jeunes familles ou de jeunes couples — Jean et Michèle ont respectivement 35 et 43 ans — permet également de revitaliser les petites municipalités du territoire et de pérenniser leurs services de proximité.

Objectif microbrasseries
Les deux amoureux de microbrasseries visent d’ailleurs cette clientèle pour leur houblon.

Après avoir testé les variétés « nugget », « brewer gold » et « mount hood », ils ont retenu le classique « cascades », leur terrain répondant particulièrement bien à ces plants. Ils prévoient peut-être planter plus tard du « centennial ».

« C’est une variété plus rare, mais recherchée par les microbrasseries », disent-ils. Celle-ci cacherait des arômes d’agrumes.

Aucune microbrasserie n’a cependant encore été contactée, le couple préférant voir les fruits de sa récolte avant tout autre chose. «On a hâte de passer du rêve à la réalité, avoue Michèle. Mais on est confiants. On sait que ça va fonctionner. »