Grace Rhona Wurtele Gillis et Isabella Rhoda Wurtele Eaves ont reçu l’Ordre du Canada en mars. Elles entourent ici la gouverneure générale du Canada, Julie Payette.

Jumelles Wurtele: des femmes doublement inspirantes

Elles ont marqué l’histoire en ouvrant la voie aux sportives canadiennes qui souhaitaient compétitionner sur la scène internationale. Les sœurs Wurtele, qui ont célébré leur 97e anniversaire au début de l’année, ont été admises à l’Ordre du Canada, en mars dernier.

Bien connues à Acton Vale, leur grand-père y étant ministre protestant, les jumelles Rhoda et Rhona Wurtele ont découvert le ski à Montréal, sur une pente qui servait alors à faire des sauts. Après, elles n’ont plus jamais raccroché leurs skis, devenant les premières femmes à faire partie de l’équipe canadienne de ski alpin aux Jeux olympiques de Saint-Moritz, en Suisse, en 1948. Les deux se sont toutefois blessées juste avant la compétition. Rhoda a aussi participé aux Jeux d’Oslo, en Norvège, en 1952. Mais ce n’est pas aux
JO qu’elles se sont le plus démarquées. Elles ont remporté presque toutes les compétitions de ski en Amérique du Nord dans les années 1940 et au début des années 1950.

Leur histoire a commencé alors qu’elles n’avaient que 11 ou 12 ans. Leur frère les a défiées de faire un grand saut à ski, réservé à l’époque aux garçons. Un défi alors possible sur le mont Royal et qu’elles ont accepté de relever. « Elles avaient le courage de faire des choses que les femmes ne faisaient pas à l’époque dans le monde du sport», souligne Margie Gillis. La danseuse et chorégraphe de renommée internationale est la fille de Rhona Wurtele. «Personne n’a été capable d’arrêter leur curiosité et la force qu’elles avaient ensemble, poursuit-elle. Avant leur mariage, elles étaient ensemble pour tout et s’encourageaient l’une, l’autre. Il arrivait que les juges ignoraient qui arrivait première ou deuxième!» Le ski alpin était leur sport favori, mais toutes deux nageaient, jouaient au soccer, au football, au tennis, etc. Elles adoraient tous les sports. En ski, il leur arrivait souvent d’être plus rapides que les hommes. « Elles étaient invincibles ! », souligne Mme Gillis.

Les jumelles ont fondé l’école de ski Twinski, dans les Laurentides. Elles y ont enseigné aux enfants, mais aussi aux femmes. Les sœurs Wurtele ont voulu permettre aux femmes de l’époque de sortir de leur chaumière. Les cours se donnaient de jour pendant que les enfants fréquentaient l’école.

« Les jumelles leur donnaient une liberté, poursuit Mme Gillis. Elles leur donnaient conscience de leur courage et leur permettaient de penser à elles. Elles étaient une inspiration pour plusieurs. »

Impact
Les sœurs étaient conscientes de l’impact qu’elles avaient en agissant ainsi avec front. Elles ont d’ailleurs toujours défendu la présence féminine dans le sport. Elles étaient donc très heureuses de recevoir l’Ordre du Canada des mains de Julie Payette, gouverneure du Canada, en mars dernier.

Margie Gillis était déjà officier de l’Ordre du Canada quand sa mère et sa tante ont reçu l’invitation pour la cérémonie. Elles caressaient ce rêve d’être à leur tour accueillies à l’Ordre, elles qui sont membres des Temples de la renommée du ski du Canada, du Québec, des Laurentides et des États-Unis.

« Leur visage était sur la couverture du Life Magazine. Elles étaient de grandes vedettes dans le monde du sport. Tout le monde parlait d’elles. Mais la vie quotidienne n’était pas toujours facile. Ma mère nous disait qu’il y a un moment où l’Histoire vient nous chercher et, quand ça passe, il faut dire oui, même si on a peur. Il faut prendre le moment qui passe. Ta responsabilité est d’être prêt. »


«  Elles avaient le courage de faire des choses que les femmes ne faisaient pas à l’époque dans le monde du sport.  »
Margie Gillis, fille de Rhona Wurtele

La nuance du non verbal
Les sœurs Wurtele ont aussi appris à leurs enfants qu’il faut avoir le courage de réaliser ses rêves. La leçon a été bien apprise.

Margie et son frère Christopher, aujourd’hui décédé, se sont dirigés vers la danse professionnelle. Christopher a dansé pour la compagnie de Paul Taylor, tandis que des danseurs de partout recherchent aujourd’hui l’expertise de Margie. « Entre les jumelles, il n’y avait pas de conversations complètes, juste un mot ou deux, raconte la chorégraphe. Nous, comme enfants, il fallait comprendre ce qu’elles avaient dans leur tête! Ça m’a donné une facilité pour comprendre le non verbal. L’art de la danse, ce sont les nuances, la communication. Ce sont elles qui m’ont permis d’entrer dans la nuance, dans l’art, le mouvement quotidien, le mouvement complet. C’était mon défi et mon chemin. » Son frère Jere a joué dans la Ligue nationale de hockey et leur sœur, Nancy, a été championne de ski acrobatique avant « d’embrasser le yoga et le vélo. »

Du côté de la famille de Rhoda, la tante de Margie, ses trois fils ont aussi suivi des chemins fort intéressants. John a été cascadeur, en plus d’avoir été champion en ski acrobatique, alors que Bruce et David ont respectivement percé dans le monde du golf et de l’art.

Les risques
Les enfants étaient aussi encouragés à prendre des risques. Il n’y avait de mal à ce qu’ils grimpent dans les arbres et montent sur les toits. Mme Gillis se souvient que, s’ils tombaient, ils célébraient la chute avec des gâteaux. Les sœurs poussaient la réflexion sur ladite chute en questionnant l’enfant sur ce qu’il avait ressenti, les qualités de la douleur et ce qu’il aurait pu faire différemment pour mieux tomber. « C’était bizarre, mais extraordinaire! », se souvient-elle.

Les sœurs elles-mêmes ne faisaient pas tout un plat de leur chute. La mère de Margie a déjà déboulé des escaliers, raconte cette dernière. Elle s’est relevée tout de suite en lançant que de l’aspirine et un bain chaud feraient un remède parfait!

Encore un peu casse-cou, elles se sont adonnées au bungee, au parapente et au saut en parachute, et ce, il y a seulement quelques années. Aujourd’hui à 97 ans, elles sont peut-être moins actives, mais toujours aussi vives, soutient Margie Gillis.

EN SPECTACLE

La maison et l’église de la famille Wurtele, à Acton Vale, accueillent depuis quelques étés le Projet Héritage de la Fondation Margie Gillis. Des danseurs professionnels de partout dans le monde s’y installent pour s’imprégner d’un espace de création. « On a des danseurs qui viennent de New York, de Montréal, d’Europe, qui dansent dans la compagnie de Paul Taylor ou dans des compagnies de ballet, énumère la danseuse et chorégraphe Margie Gillis. Ce sont des artistes extraordinaires. »

Une dizaine de danseurs se réunissent et créent donc ensemble, tout en apprenant des pièces chorégraphiées par le passé par leur hôte. Margie enseigne et joue le rôle de mentor. Elle les aide à améliorer leur technique. « Acton Vale est une place superbe pour nous couper de la vie quotidienne et pour entrer dans un bel espace de création», illustre-t-elle.

Le groupe offrira par ailleurs deux représentations différentes, les 7 et 13 juillet, à 14 h. « Nous allons montrer des pièces en progrès. En plus, ce sera dans l’église que mon arrière-grand-père a construite et qui nous sert de studio.»

Margie Gillis souhaite présenter aux gens de la région les artistes qui y travaillent cet été, tout en rendant la danse contemporaine plus accessible. « Acton Vale fait partie de leur âme à cause de ça», dit-elle.

Il n’y a pas de billets mis en vente pour ces représentations. Quiconque s’intéresse à la danse contemporaine peut se présenter sur place et faire une contribution volontaire. Il sera possible d’avoir un reçu d’impôt pour une contribution de 25 $ ou plus.