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UMQ: 100 ans en mouvement

Histoire de l’UMQ: Unité, autonomie, démocratie

Pour fêter dignement son centième anniversaire, l’Union des municipalités du Québec a demandé à l’historien Harold Bérubé de retracer avec fidélité dans un ouvrage historique son parcours au service des municipalités. Unité, autonomie, démocratie: une histoire de l’UMQ (1919-2019) sera lancé à l’occasion des assises annuelles de l’UMQ en mai prochain.

«Intéressé préalablement par l’histoire des villes, ce défi a soulevé mon intérêt. L’histoire de l’UMQ est l’occasion d’ouvrir une fenêtre sur l’histoire méconnue du monde municipal au Qué­bec.» Le professeur à l’Université de Sherbrooke s’est plongé dans les archives de l’UMQ, les procès-verbaux de l’association ainsi que dans les journaux de l’époque pour étayer son propos.

Une naissance tardive

Si, au niveau pancanadien, un premier regroupement des muni­­cipalités a été créé au tournant du 20e siècle, en 1901, il faudra attendre 1919 pour voir la naissance de l’UMQ, alors que les autres provinces ont connu de telles organisations plus d’une décennie plus tôt. 

«Je vois deux raisons principales à cela: tout d’abord, le Québec était très bien représenté dans les instances pancanadiennes et ensuite, la 1re Guerre mondiale est venue ralentir le processus commencé en 1912», explique Harold Bérubé.

Les 20 premières années de l’UMQ seront marquées par le travail de deux hommes qui assureront au mouvement des assises solides: Joseph Beaubien, maire de la cité d’Outremont, qui sera le premier président, et Téle­sphore-Damien Bouchard, maire de Saint-Hyacinthe et député provincial qui sera le premier secrétaire-trésorier.

Trois moments clés

«Je relèverai trois périodes clés pour résumer la longue et riche histoire de l’UMQ.» L’auteur du livre anniversaire de l’organisation parle tout d’abord de la période sombre qui va de la crise économique des années 30 à la fin de la 2e Guerre mondiale. Le mouvement a tenté de survivre presque sans moyen durant cette époque.

«Ensuite, dans les années 60, la construction de l’État providence met au défi l’UMQ de trouver sa place face à un gouver­nement centralisateur qui est plus adversaire que partenaire des municipalités qu’il contourne souvent dans ses décisions», poursuit l’historien.

Finalement, vers le début des années 90, l’État providence s’essouffle et le gouvernement provincial décentralise. Malheu­reusement, ce qui devait être un transfert de responsabilités et de ressources ne se déroule pas comme prévu. Les transferts de ressources ne suivent pas ce mouvement et les municipalités se retrouvent devant de grandes difficultés.

Des défis permanents

La remarquable longévité du mouvement s’explique par des défis qui n’ont pas vraiment changé en 100 ans. «L’unité, l’auto­nomie et la démocratie sont des combats permanents de l’UMQ. Le titre de mon livre reflète parfaitement des réalités qui traversent l’histoire de ce regroupement municipal.»

Pour Harold Bérubé, maintenir une union entre des municipalités diverses qui ont des intérêts et des besoins différents – condition de succès de l’UMQ – lutter pour une autonomie en propre et ne pas être que des « créatures » du gouvernement et devenir un véritable lieu de débats démocratiques proche des citoyens sont des défis qui restent aujourd’hui encore pleins et entiers.

UMQ: 100 ans en mouvement

Affirmation sur le rôle de l’UMQ

D'abord une union politique, l'UMQ élargit peu à peu ses activités au rythme de l'évolution des municipalités. Sans se détourner de leur mission de représentation, les professionnels de l'organisation diversifient les services offerts aux administrations municipales.

Aujourd'hui, une municipalité peut compter sur l'UMQ pour acheter à rabais toutes sortes de produits, du sel de déglaçage au carburant en passant par les services de sécurité incendie. C'est la force du nombre qui permet des économies importantes: l'UMQ n'est que l'interface entre un regroupement de municipalités et un fournisseur de produits. Elle prend en mains tout le processus d'appel d'offres public ou sur invitation menant à l'octroi des contrats. Les participants bénéficient ainsi d'économies importantes relatives à l'administration, la conception, la rédaction, la publication, l'analyse et l'adjudication des contrats.

S'ajoute à ces achats regroupés des services-conseils juridiques et des régimes d'assurance. Dans ces deux cas, l'expertise de l'UMQ permet d'accompagner les administrations des municipalités dans leur décision. La formation continue, offerte aux élus municipaux, mais également aux gestionnaires du monde municipal, est aussi un service à forte valeur ajoutée qui est apprécié. 

Voici le témoignage de maires et mairesses sur les services qu'offre l'UMQ à l'ensemble des municipalités, qu'elles soient membres ou non:

UMQ: 100 ans en mouvement

Entrevue: Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation

  • Madame la Ministre, l’UMQ fête en 2019 son centenaire; que représente aujourd’hui cette institution pour le gouvernement? 

L’UMQ est un partenaire privilégié de mon ministère avec lequel il discute de dossiers sur la place, le rôle, les responsabi­lités et l’administration des municipalités. L’UMQ joue un rôle important de sensibilisation auprès du gouvernement quant aux préoccupations et aux enjeux de ses membres. 

  • Quel regard portez-vous sur le rôle que joue l’UMQ en tant que porte-parole des municipalités? 

L’UMQ regroupe des municipalités de toutes tailles et de toutes les régions qui représentent plus de 85% de la population et du territoire du Québec. Elle doit être à l’écoute des municipalités qu’elle représente et exprimer la volonté de tous les milieux, tant sur le plan culturel, communautaire, économique que social, mais aussi celle des familles, des personnes seules, des aînés, des jeunes… qui ont tous des besoins différents. 

Tout comme le fait mon gouvernement, je crois qu’il est essentiel que l’UMQ, en tant que porte-parole de municipalités, garde constamment au cœur de ses préoccupations l’intérêt des Québécoises et des Québécois. 

  • L’UMQ se veut un partenaire privilégié du Ministère; pourquoi un tel partenariat est-il important? 

Parce que l’UMQ joue un rôle essentiel pour le développement et la prospérité de toutes les collectivités du Québec. Tout comme notre gouvernement, l’UMQ fait du développement et de l’essor économique de nos régions une priorité. 

Dans le contexte actuel, où le milieu municipal se modernise et où les enjeux évoluent sans cesse, des actions communes contribuent davantage à créer des milieux de vie dynamiques qui répondent aux besoins des citoyennes et des citoyens d’aujourd’hui, et ce, dans une vision d’avenir. 

Les municipalités représentent le palier décisionnel le plus près des citoyens. Elles sont donc des témoins privilégiés de leurs préoccupations au quotidien. En ce sens, les nombreux échanges entre mon ministère et l’UMQ nous permettent de nous tenir au fait de ces préoccupations. Nous pouvons ainsi être en mesure de mieux anticiper les enjeux et les défis auxquels la population et les municipalités auront à faire face au cours des prochaines années. 

  • Depuis 2017, les municipalités sont considérées comme des «gouvernements de proximité»; en quoi cette évolution est-elle un tournant important dans les rapports entre le gouvernement provincial et les municipalités? 

Le gouvernement du Québec reconnaît l’autonomie, la responsabilisation et l’imputabilité municipale. La reconnaissance des municipalités en tant que gouvernements de proximité s’est accompagnée d’un changement de vision. Fondées d’abord sur un mandat de contrôle et de surveillance, les relations entre le gouvernement et les municipalités se sont transformées. Elles reposent à présent sur un partenariat qui s’appuie sur l’accompagnement et le soutien offert aux municipalités dans la réalisation de leur mission. 

Dans cette optique, nous devons avoir le réflexe de con­sulter les municipalités avant d’adopter ou d’implanter des initiatives qui les concernent. Cela favorise une meilleure prise en compte de la diversité des municipalités et permet de mieux adapter les politiques publiques aux besoins et aux réalités des collectivités. 

Aujourd’hui, les politiques, les programmes et les initiatives gouvernementales se sont transformés et sont axés davantage sur la proximité des collectivités. 

  • La négociation d’un nouveau pacte fiscal est au menu; comment voyez-vous cet enjeu majeur pour l’autonomie des municipalités? 

C’est un dossier prioritaire pour moi. Je souhaite que nos engagements financiers reflètent les besoins des municipalités et des citoyens. Pour ce faire, nous travaillerons de concert avec nos divers partenaires. 

Nous avons toujours l’objectif de transférer l’équivalent d’un point de TVQ aux municipalités. Je crois que nous arriverons à une entente dont les mesures de soutien et les outils économiques et fiscaux permettront à l’ensemble des municipalités de relever les défis auxquels elles doivent s’attaquer, tout en tenant compte des attentes de la population. 

Ce transfert concrétise également notre vision des muni­cipalités comme véritables gou­­vernements de proximité et qui sont les plus aptes à prendre des décisions au diapason des besoins de leurs citoyens. Nous considérons les municipalités comme des partenaires de premier plan et nous reconnaissons l’expertise locale et la fine connaissance des enjeux quotidiens qui se développent au sein de ces territoires.

UMQ: 100 ans en mouvement

Leadership de l’UMQ: une voix pour les gouvernements de proximité

«L’UMQ, c’est d’abord un forum extraordinaire pour travailler ensemble, pour partager les préoccupations quotidiennes. Représentant 85 % de la population et du territoire du Québec, nous sommes une voix forte des municipalités envers le gouvernement», commente Alexandre Cusson.

Un leadership proactif

«Cent ans après sa création, l’UMQ est toujours aussi pertinente. Elle a su s’adapter aux changements, rester à l’avant-garde des dossiers. Elle représente un leadership remarquable pour les municipalités qui trouvent là une voix qui porte auprès des gouvernements», poursuit le président de l’UMQ. 

En mettant sur la table, par exemple, la question du transport aérien en 2017/2018 ou, plus récemment, en documentant l’impasse fiscale qui a mené à la revendication d’un point de TVQ, l’UMQ fait un travail de fond, sérieux, qui lui permet de prendre la tête des revendications des municipalités du Québec.

Un soutien quotidien à ses membres

C’est aussi au quotidien que l’UMQ est au service de ses membres. L’association fait non seulement la promotion des intérêts des municipalités membres et la défense de leurs enjeux prioritaires, mais elle propose des services utiles dans la vie de tous les jours des municipalités du Québec.

Le regroupement des services, des assurances, des approvisionnements permet aux membres de faire des économies substantielles. Le Carrefour du capital humain est une aide concrète aux villes pour la gestion de leurs ressources humaines et des relations du travail. Un service politique et un service de commu­­nication complètent l’équipe, sans oublier l’excellent programme de formation offert aux membres.

Pour Alexandre Cusson, «la recette secrète de l’UMQ réside dans la force de ses professionnels, de ses équipes de soutien aux administrations munici­pales.» Ces services sont en constante évolution pour s’adapter aux besoins des membres.

Un agenda politique

«En cette année de centenaire, notre enjeu principal est de revoir la fiscalité municipale issue du 19e siècle et qui se base sur la taxe foncière qui représente près de 70 % des revenus des municipa­lités», ajoute celui qui est aussi maire de Drummondville.

Aujourd’hui, l’économie a changé et une réforme est nécessaire. «Le nouveau gouvernement du Québec s’est engagé en campagne électorale à laisser un point de TVQ aux municipalités. Il s’agit maintenant de passer de la parole aux actes», ajoute encore Alexandre Cusson.

Riche de 100 ans d’histoire, l’UMQ a atteint un niveau de partenariat positif avec le gouvernement provincial. L’adoption du projet de loi 122 en juin 2017 par l’Assemblée nationale du Québec, qui a permis de reconnaître le statut de gouvernement de proximité aux municipalités, a été le fruit d’un long processus. Cette législation doit maintenant être suivie de faits, et le législateur doit avoir le réflexe de penser aux municipalités et de leur donner les moyens de ces nouvelles ambitions.

«Quand je vois la forme actuelle de l’UMQ, je me dis qu’elle est prête pour vivre un autre centenaire», conclut Alexandre Cusson.

UMQ: 100 ans en mouvement

Douze années qui ont marqué l’Union des municipalités du Québec

1918
Le gouvernement du Québec crée le Département des Affaires municipales, qui deviendra un ministère en 1961.

1919
Fondation de l’Union des municipalités de la province de Québec à l’hôtel de ville de Montréal, le 15 décembre. Joseph Beaubien, maire d’Outremont, en sera le premier président.

1929
En octobre, le krach de la bourse de New York marque le début de la crise économique des années 1930. Au Québec, les municipalités sont en première ligne face au chômage de masse que provoque la crise.

1947
Après dix ans de crise économique et six ans de guerre (1939-1945), l’UMQ, qui avait vu ses effectifs décliner significativement, relance ses activités en grande lors de son congrès annuel de 1947, qui se tient à Hull.

1954
Le 21 juin, l’Union soumet un volu­­mineux mémoire à la Commission Tremblay, créée l’année précédente par le gouvernement Duplessis. Les onze volumes du document constituent la première analyse détaillée du monde municipal québécois réalisée par des experts et guident les actions de l’Union durant les années qui suivent.

1960
L’élection du gouvernement libéral de Jean Lesage marque le début du processus de modernisation de l’État québécois que l’on qualifiera rapidement de Révolution tranquille. Peu de place est accordée au monde municipal dans ce processus.

UMQ: 100 ans en mouvement

Rôle des élues et élus municipaux: vers un véritable gouvernement de proximité

En un siècle, le rôle des élus municipaux a passablement évolué, suivant en cela l’évolution des municipalités. L’Union des municipalités du Québec a suivi de près ces changements et s’est tout naturellement adaptée pour accompagner ces mutations. La place de la relève et le rôle des femmes sont aujourd’hui également au cœur des préoccupations de l’UMQ.

«En 100 ans, on est passé de «créature» du gouvernement provincial à un véritablement gouvernement de proximité.» Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie, compare l’évolution du rôle des élus à celui des municipalités. Élue depuis 1996 et mairesse depuis 2005, Mme Roy profite de son expérience pour évaluer cette transformation.

Des infrastructures à l’humain

«Si, pendant longtemps, les infrastructures et la voirie (déneigement, enlèvement des ordures, etc.) étaient le cœur de l’action municipale, on s’occupe actuellement beaucoup plus de l’humain et de la protection de l’environnement», poursuit la mairesse de Sainte-Julie. Aujour­d’hui, la ville est verte, intelligente, elle s’occupe des aînés, des enfants, elle a des budgets participatifs pour les activités communautaires.

Cette évolution permet aux municipalités et aux élus d’être beaucoup plus à l’écoute des citoyens et de leurs besoins. Elle implique également une évolution de ce qui est demandé aux élus. Ils doivent être plus polyvalents qu’autrefois pour s’occuper de développement économique, de saines habitudes de vie, d’habitation, de loisirs, d’environnement, de soutien communautaire et de bien d’autres domaines.

«Les municipalités sont des gouvernements de proximité qui apportent un soutien direct à la population et les élus s’adaptent sans cesse à cette évolution positive qui permet de mieux répondre aux besoins des citoyens», ajoute encore Mme Roy.

La jeunesse au centre des préoccupations

La place de la relève est importante dans cette évolution du rôle des élus municipaux. Très active, la commission jeunesse de l’UMQ permet aux jeunes élus d’acquérir une expérience et une expertise intéressante et profitable.

«L’UMQ se soucie également de la relève au niveau des em­ployés municipaux, en collaboration par exemple avec la Fondation Simple Plan qui a permis d’offrir 110 emplois dans 57 municipalités à des jeunes en 2018. L’Union encourage aussi les initiatives pour intéresser les jeunes à la politique municipale et les inciter à s’impliquer dans leur milieu avec, entre autres, la page Facebook, Prends ta place dans ta ville. Plus largement, la jeunesse dans son ensemble fait partie des préoccupations de l’UMQ», précise la mairesse de Sainte-Julie.

Encore plus de femmes

«Nous n’avons pas encore atteint la zone de parité, même si la situation évolue lentement, l’UMQ redouble d’ardeur avec sa dynamique commission des femmes.» Pour Suzanne Roy, deux­iè­me femme présidente de l’UMQ en 100 ans, «avec 34% d’élues au niveau municipal et 18% de mairesses, le Québec a parcouru un bout de chemin mais il en reste encore beaucoup à faire. Nous devons atteindre la zone paritaire (40 à 60 %) cela ne pourra qu’être bénéfique à notre société.»

«Il y a la volonté nécessaire au sein de l’UMQ pour faire évoluer la situation. C’est en expliquant le rôle de l’élu qu’on attirera des femmes à être candidates. Ensuite, elles ont autant de chance que les hommes d’être élues», poursuit Mme Roy.

La mairesse de Sainte-Julie voit cette évolution se poursuivre positivement, tout comme le rôle des élus et des municipalités qui veulent avoir les moyens de leur ambition: répondre au mieux aux besoins de leurs citoyens

UMQ: 100 ans en mouvement

Pacte fiscal et autonomie municipale: Deux importants chantiers pour l’avenir

Trois spécialistes nous livrent leur vision de ces deux importants chantiers pour l’avenir des municipalités.
  • Depuis l’adoption en 2017 du projet de loi 122, on parle de gouvernement de proximité. Qu’est-ce que ça signifie concrètement pour les municipalités? 

Anne Mevellec (AM): Au moment de l’adoption du projet de loi 122, le ministre Coiteux évoquait «la fin du paternalisme». Cela voulait dire que la province ne dirait plus quoi faire aux villes, mais aussi que les municipalités devraient apprendre à penser dans ce nouveau contexte. 

Pour illustrer l’autonomie municipale, je citerai l’exemple des politiques de rémunérations. Le projet de loi 122 abolit les seuils, et ce sont désormais les élus qui vont devoir justifier devant leurs citoyens les rémunérations qu’ils s’accordent. 

Gérard Divay (GD) : Tout dépend de ce qu’on entend par concret. Pour moi, un changement de mentalité est bien concret, parce qu’un changement de voca­bulaire fait évoluer les façons de penser la réalité et permet de débloquer les actions.

À cet égard, ce que l’adoption du projet de loi 122 a changé, c’est le rapport des municipalités à l’État. Il est d’ailleurs surprenant et frappant de constater que les conversations courantes n’ont retenu du premier attendu de la Loi que l’expression «gouvernement de proximité»; mais la suite est tout aussi importante: «des gouvernements de proximité faisant partie intégrante de l’État québécois» (je surligne). Maintenant, il faut réfléchir à la place et au rôle des municipalités dans le développement et le fonctionnement de l’État.

Pierre Prévost (PP): Le changement prendra du temps à se faire sentir, mais il n’en sera que plus solide. Cela signifie que les municipalités, bien appuyées et comprises par le gouvernement, sont un important vecteur de changements dans la société et un rempart efficace de la citoyenneté. Dans une époque marquée par l’émergence de l’individualisme et de technologies de communication personnelles de plus en plus sophistiquées, les autres paliers de gouvernement sont devenus «inaccessibles»; les municipalités resteront des points de contact civiques et ce rôle s’appréciera avec le temps.

  • Comment devrait se présenter un nouveau pacte fiscal? Un point de TVQ, est-ce une bonne direction?

AM: Dans un pacte fiscal, il y a des recettes et des dépenses. L’avenue d’un point de TVQ est intéressante parce qu’elle apporte un changement assez radical. Jusqu’ici, la redistribution de la richesse appartenait au provincial, pas au municipal. Ce point de TVQ permettra de lier une partie de la création de richesse, captée par la consommation des individus, aux recettes de la municipalité.

GD: Pour être en mesure de prendre des initiatives, il faut disposer de ressources adéquates, aussi bien financières qu’humaines. Les premières mobilisent presque toute l’attention, en particulier dans le cadre du renouvellement du pacte fiscal. Ce renouvellement est devenu une sorte de rituel. 

PP: Sans aucun doute ! Un point de TVQ représente l’équivalent de 1,5 G$; cela ne révolutionnera pas les finances muni­cipales, mais cela va contribuer à créer un meilleur équilibre et alléger la pression sur le foncier. Il reste ensuite à s’entendre sur la répartition entre municipalités des sommes que repré­sente un point de TVQ. 

  • Qu’est-ce que la population québécoise gagnerait de voir les municipalités mieux outillées au niveau de leurs ressources?

AM: C’est sur le territoire des municipalités que les enjeux de précarité, de sécurité, de santé, de pauvreté, de développement durable, etc. sont criants. Tout ce qui touche vraiment la population se joue sur le terrain. Ce sont des défis qui demandent des moyens financiers et une souplesse de gestion ainsi qu’une capacité à travailler avec la communauté, le secteur privé ou encore les paliers de gouvernement pour défendre l’intérêt général, le bien commun terri­torial. On l’a bien vu dans les controverses autour des parcs éoliens, les mines, etc.

GD: En ayant des ressources mieux proportionnées à leurs responsabilités, les municipalités seront en mesure d’apporter plus de solutions concrètes à diverses problématiques de société, qu’elles soient environnementales, sociales, économiques ou culturelles. Les gouvernements supérieurs sont très bavards (nouvelles politiques, multiplication des déclarations sous le feu des médias...) ; mais c’est en bonne partie dans l’action concrète des municipalités que les citoyens retrouvent confiance dans la capacité de l’État d’améliorer effectivement leur cadre de vie. 

PP: En allégeant la ponction sur le champ foncier, on dimi­nue les «injustices» vécues par les municipalités qui n’ont pas beaucoup de valeurs foncières. De plus, certains services municipaux demandés par les citoyens n’attendent que cela pour être mis en branle.

UMQ: 100 ans en mouvement

Top 5 des gains de l'UMQ

En 100 ans, l’UMQ a permis de faire avancer la cause des municipalités au Québec. Voici un top 5 des gains de l’UMQ commenté par des spécialistes du domaine.
  • Regrouper de façon pé­renne le monde municipal québé­cois.

Caroline Patsias: Il s’agit d’un point important! Pour que les demandes du monde municipal soient entendues, peser un certain poids est un atout indis­cutable. 

Marc-André LeChasseur: L’UMQ joue un rôle évident de catalyseur des préoccupations et efforts du monde municipal pour se faire reconnaître un statut et une importance qui sont à la hauteur des aspirations que la constitution canadienne ne lui a jamais reconnues. 

  • Développer et mettre à la disposition de ses membres une expertise et une autorité reconnue sur les grands dossiers municipaux.

Caroline Patsias: Il s’agit d’une action essentielle, car il existe une grande disparité de ressources entre les municipalités, certaines ayant encore des élus qui ne travaillent pas à temps complet. L’Union constitue un réservoir de ressources et d’expertises (via les formations aussi).

Danielle Pilette: L’UMQ a accompagné 100 ans de professionnalisation du milieu municipal; il y a eu une transition surtout après la 2e guerre mondiale : on est passé du minimalisme dans les services publics à des services compétitifs et de qualité.  

  • Produire d’importantes études sur l’évolution et l’avenir du monde municipal québécois, qu’il s’agisse de l’imposant mémoire produit en 1953 pour la commission Tremblay ou encore du rapport produit par la commission d’étude sur les muni­cipalités présidée par Jacques Parizeau en 1989.

Marc-André LeChasseur: En rassemblant les forces du milieu municipal et en possédant une expertise unique, l’UMQ doit agir sur le plan académique afin de porter vers le gouvernement le souffle des changements qui sont vécus au plan local. La production de grandes études par l’UMQ participe de l’évolution nécessaire et à la mise à niveau de pratiques qui, parfois, ne tiennent pas compte d’une réalité municipale en constante mutation. 

Pierre Prévost: Ces épisodes ont sans aucun doute constitué des temps forts de l’action de l’UMQ; d’autres sont moins connus, mais ont été importants (conclusion de pactes fiscaux renouvelables, livre blanc sur la décentralisation et l’autonomie, etc.).

  • S’opposer efficacement aux réformes menaçant l’autonomie municipale comme celles du ministre Claude Ryan de 1992, ou de Guy Chevrette en 1994-95

Danielle Pilette: S’opposer à certains principes et certaines modalités de réformes ne signifie pas nécessairement s’opposer à des changements en certains domaines. Chaque opposition de l’UMQ devrait être accompagnée de la promotion de certaines catégories de changements favorisant l’évolution municipale.

Pierre Prévost: On l’oublie souvent, mais c’est l’UMQ qui a galvanisé la résistance municipale face aux tentations des transferts fiscaux ou financiers lorsque les gouvernements se trouvaient à court d’argent! En 1992, une grande marche au Parlement de Québec constituait une première municipale et a bien fait comprendre au gouvernement que le vase allait déborder, ce qui a valu une baisse de la «facture» transférée de près de 25%.

  • Faire adopter la Loi sur les régimes de retraite municipaux et la Loi sur les relations de travail en milieu municipal pour permettre un ménage dans les finances des munici­palités.

Marc-André LeChasseur: L’apport de l’UMQ à ce titre a été essentiel. L’économie des municipalités commande des ajustements à ce titre et l’UMQ a su illustrer la complexité de composer avec des relations de travail dans un contexte où les revenus municipaux ne bénéficient pas d’une flexibilité permettant leur renouvellement constant.

Pierre Prévost: L’UMQ a sonné l’alarme à propos du déséquilibre dans les rapports de force en matière de relations du travail dès le début des années 1990, et a tenu sa position contre vents et marées, jusqu’à obtenir quelques gains dans les dernières années. Malgré cela, les employés municipaux demeurent une catégorie de travailleurs choyée parmi le marché du travail québécois.

  • Faire reconnaître les municipalités comme gouvernement de proximité

Marc-André LeChasseu : L’apport de l’UMQ à ce titre est fondamental. Jamais les municipalités de grande taille ne seraient en mesure de faire reconnaître l’importance de leur apport sans l’ascendant important de l’UMQ. Il s’agit pour l’essentiel du moteur de la prestation de l’UMQ, à telle enseigne que toutes les interventions préconisent une prise de conscience forte à l’égard des spécialités propres aux gouvernements locaux.

Danielle Pilette: Plusieurs changements ont été apportés par la loi reconnaissant les gouvernements de proximité. L’utilisation des nouveaux pouvoirs imposera la plus grande prudence, notamment en matière de traitement des élus municipaux et en matière de consultation publique en remplacement de certaines approbations référendaires.

UMQ: 100 ans en mouvement

Le rôle de l’UMQ au quotidien

L’UMQ, c’est aussi des maires actifs qui s’investissent dans leur Union pour faire avancer les dossiers. Daniel Côté, maire de Gaspé, et Caryl Green, mairesse de Chelsea, témoignent de leur engagement à l’UMQ.

Décrivez votre rôle au sein de l’UMQ? 

Daniel Côté (DC : L’UMQ offre un espace de concertation et de collaboration incroyable entre les villes du Québec, peu importe leur taille et leurs défis. Quelques temps après mon élection à la mairie de Gaspé en 2013, j’ai choisi de m’y impliquer, notamment en présidant le Comité sur le transport aérien régional.

Caryl Green (CG): Pour ma part, je suis membre du conseil d’administration et du comité exécutif en tant que présidente du caucus des municipalités locales. C’est une implication qui me tient très à cœur puisqu’elle me permet de donner une voix aux plus petites municipalités du Québec.