La culture intercalaire, qui consiste à semer des graminées et du trèfle entre les rangées de maïs, réduit l’érosion des sols et contrôle les eaux de ruissellement.
La culture intercalaire, qui consiste à semer des graminées et du trèfle entre les rangées de maïs, réduit l’érosion des sols et contrôle les eaux de ruissellement.

La Voix Rurale

Réduction du ruissellement et de la perte de sols : des agriculteurs au front pour le lac Boivin

Le phosphore de source agricole contribue à réduire la qualité de l’eau des rivières et des lacs. Dans le bassin versant du lac Boivin, des producteurs agricoles travaillent pour améliorer les choses.

Depuis 2017, dans le cadre d’un projet financé par la MRC de La Haute-Yamaska et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), l’Organisme de bassin versant de la rivière Yamaska et
le club conseil Gestrie-Sol ont rencontré une cinquantaine de producteurs agricoles qui se trouvent dans le bassin versant du lac Boivin. L’objectif est de les aider à trouver des solutions à la perte de leurs sols et au ruissellement sur leurs terres, deux phénomènes qui contribuent au rejet de phosphore dans la rivière Yamaska Nord, ses affluents et, éventuellement, dans le lac Boivin. Une trentaine de producteurs ont accepté de participer au projet sur une base volontaire.

Dans le cadre de ce projet, l’OBV et Gestrie-Sol ont étudié les particularités de leurs terres, notamment les pentes, les types de sols ainsi que les types de cultures, et ont analysé leurs pratiques. Ils ont eu recours au logiciel GéODEP, une technologie permettant de créer des simulations de plantations et de déterminer leurs impacts sur l’érosion des sols. Ces données identifient les meilleures façons de cultiver afin de garder les sols sur place et ainsi réduire la pollution diffuse. Une fois mises en œuvre, ces nouvelles approches de production atténueront les impacts de l’agriculture sur la qualité de l’eau du lac Boivin.

Dans cette optique, chaque participant a reçu, ou recevra sous peu, un cahier du propriétaire. Le document personnalisé fait le portrait du bassin versant et des particularités de leurs terres agricoles. Il présente aussi les simulations d’érosion des terres agricoles selon qu’elles sont travaillées mécaniquement ou non, des types de cultures (maïs, céréales, foin, etc.) et de la présence de couverture de sol pour réduire l’érosion. Il contient aussi des recommandations sur
le recours à des cultures intercalaires, d’engrais verts ou de céréales d’automne. Des travaux leur sont également proposés, entre autres choses, l’aménagement de bandes riveraines pour réduire les problèmes d’érosion. « Ce sont des analyses qui nous aident à mieux comprendre la dynamique des terres de nos clients », souligne Isabelle Martineau de Gestrie-Sol. « Beaucoup de producteurs agricoles connaissent les couvertures de sol et savent qu’elles freinent l’érosion des sols. Mais ils se demandent si ça va bien fonctionner chez eux, dans leur réalité, comment ça va réagir sur leurs terres. Nous essayons de répondre à leurs questions et à leurs besoins», explique l’agronome. Les producteurs sont conscients des impacts de l’agriculture sur les cours d’eau, assure Joël Ostiguy.
Ils tentent d’amenuiser ces impacts, soutient cet agriculteur et producteur laitier du canton de Shefford qui exploite 212,5 hectares (525 acres) de terres des deux côtés de la rivière Yamaska Nord avec des productions de maïs et de foin. En trois ans, il a aménagé avec des arbustes et des arbres 3,5 kilomètres de bandes riveraines et cultive des couvre-sols pour protéger ses terres de l’érosion.
« C’est important pour nous l’environnement. La Ville de Granby prend son eau dans la rivière. On veut qu’elle soit bonne.
Mais pour nous aussi l’important, c’est qu’on garde nos sols chez nous », résume-t-il.Dans les prochaines semaines, un suivi sera effectué par l’équipe de l’OBV et de Gestrie-Sol pour que les producteurs participants s’engagent de manière volontaire à suivre les recommandations et réaliser les travaux proposés. La MRC verse une subvention 121 500 $ sur quatre ans pour réaliser ce projet agricole. Le tout s’inscrit dans la mise en œuvre de son Plan directeur de l’eau 2017-2021.

Un semoir communautaire

Les producteurs agricoles du bassin versant du lac Boivin ont maintenant accès à un semoir pour semer entre les rangs de maïs et près des bandes riveraines. Désireux de les encourager à pratiquer la culture intercalaire, d’engrais verts ou de céréales d’automne, l’OBV Yamaska s’est porté acquéreur d’un équipement pour assurer les activités de semence.
« Quand on a demandé aux producteurs quels étaient les freins à la culture intercalaire, plusieurs nous ont répondu qu’ils n’avaient pas accès à un semoir, que ça coûtait trop cher d’en acheter un ou d’en trouver un pour le louer. On a étudié la question, puis on s’est informé du prix d’un tel équipement. C’était 5000 $. On a décidé d’en acheter un et de le rendre disponible », explique Alexandre Joly, gestionnaire de projets agricoles à l’OBV Yamaska. « C’est un bon investissement parce que notre objectif est que les producteurs plantent des cultures de couverture pour protéger leurs sols. Tout le monde y gagne. Et on va rembourser l’achat en cinq ans », soutient M. Joly.

La meilleure façon de lutter contre l’érosion et de contrôler le ruissellement dans les champs est de les couvrir de végétation, fait remarquer Isabelle Martineau, agronome au Club Gestrie-Sol. Pour convaincre les producteurs du bassin versant du lac Boivin, les agronomes de l’organisme ont aménagé six parcelles d’observation dans les champs d’agriculteurs qui participent au projet. « Ils peuvent voir des cultures intercalaires et des couvertures de sol. On a semé des graminées et du trèfle et cet automne, après les récoltes, on va semer des céréales d’automne. C’est une belle façon de
leur montrer que ça fonctionne », dit-elle.

Semer des graminées, du trèfle et des céréales d’automne a également comme avantage d’enrichir les sols, indique Mme Martineau, en stimulant l’activité microbienne. Des culottes en coton ont été enfouies au printemps dans ces parcelles. L’équipe de Gestrie-Sol les déterrera cet automne. Leur état indiquera l’étendue des activités microbiennes dans les sols, les micro-organismes raffolant du coton, dit l’agronome. 

«La Ville de Granby est également partenaire dans le projet alors qu'elle y consacre 125 000 $.»


Michel laliberté 

Responsable des communications chez Organisme de bassin versant (OBV) de la Yamaska