FINANCES PERSONNELLES [REER]

Retraite et immigration de première génération

Pour quiconque vit au Québec depuis toujours, la préparation à la retraite représente déjà un défi de taille. Dans l’atteinte d’un objectif d’épargne adéquat, la somme d’information à connaître et d’outils à maîtriser relève donc d’un important pari pour un immigrant de première génération. Entrevue avec ­Pierre-Franck Honorin, directeur de section, Nouveaux arrivants et Communautés culturelles chez Desjardins.

Que doivent d’abord savoir les nouveaux arrivants au sujet des régimes publics et privés disponibles au Québec et au Canada?

Ils doivent prendre conscience qu’il y a une très grande différence entre nos régimes et ceux des autres pays. Il faut par exemple leur expliquer, qu’entre autres, les retraites publiques et privées dépendent du nombre d’années au Canada, des montants cotisés année après année et qu’elles sont plafonnées. Dans certains pays, les retraites publiques sont jumelées aux retraites d’employeur et l’employé s’attend à obtenir une retraite confortable quand arrivera le temps de se retirer de la vie active. C’est dès leur arrivée que nous devons leur expliquer l’incidence de l’épargne retraite, gouvernementale, d’entreprise et personnelle, en les guidant adéquatement. Dans l’esprit de plusieurs immigrants, il reste l’idée que l’entreprise pour laquelle ils vont travailler au Québec va automatiquement cotiser à la retraite pour eux. Il y a vraiment un pont à faire en termes d’éducation pour leur donner l’heure juste et les outiller. 

Pour une partie des immigrants, il existe une possibilité de double imposition au moment du décaissement des régimes cotisés. Qu’en est-il?

Le Canada a signé certaines ententes pour éviter une double imposition avec plusieurs pays dans le monde (www.fin.gc.ca/treaties-conventions/in_force--fra.asp). Par exemple, au moment de sa retraite, une personne qui a travaillé et cotisé une partie de sa vie en Italie va recevoir une somme pour laquelle elle sera imposée par le gouvernement italien. Cette personne va encore devoir déclarer ces revenus ici, en plus de ceux touchés au Québec, mais elle pourra déduire ce qui a été versé en Italie. Il y a toutefois des pays où un individu pourrait être amené à payer deux fois sur les mêmes montants, sans obtenir de crédit d’impôt. Il est important pour les arrivants de première génération de -s’informer afin de connaître le régime de disposition d’imposition qui existe entre les deux pays. Quand le dossier est un peu plus complexe, on peut inviter les gens à faire appel à un spécialiste en fiscalité internationale de façon à voir comment une solution légale peut être trouvée. 

Pierre-Franck Honorin, directeur de section, Nouveaux arrivants et Communautés culturelles chez Desjardins.

Les transferts internationaux en faveur de la famille élargie sont monnaie courante pour les ressortissants de certains pays. Comment concilier cette réalité avec le défi d’accumuler de l’épargne suffisante en vue de la retraite?

Une personne qui vient travailler ici a effectivement parfois le poids de continuer à aider financièrement les proches qui sont restés dans le pays d’origine. Une partie du salaire que celle-ci reçoit est donc envoyée à l’étranger. Nous faisons par conséquent face à une nouvelle réalité: comment effectuer des transferts de fonds de manière sécuritaire à un coût accessible, de façon à ce qu’un montant soit acheminé sur une base régulière à la famille. Nous allons accompagner les gens, ce qui nous permet de voir si la personne a un projet de vie au Canada à court, moyen ou long terme, si elle envisage de faire venir sa famille ou de retourner dans son pays pour sa retraite. 

Peut-on prévoir des produits d’assurance pour le rapatriement de la dépouille d’une personne dans son pays d’origine?

Outre la volonté de soutenir, à distance, la famille élargie avec de l’argent, il y a aussi celle de vouloir revenir dans son pays pour y être enterré. Il existe des polices -d’assurance qui permettent de toucher un montant fixe au décès, mais également des polices propres au rapatriement de la dépouille. Ces polices spécialisées, souvent initiées par des compagnies d’assurance depuis le pays d’origine – par exemple ceux du Maghreb et de l’Amérique latine –, offrent une prise en charge complète et sont en lien avec des salons funéraires pour la préparation du corps selon les coutumes du pays.  

Pour bien préparer sa retraite, tout nouvel arrivant doit pouvoir planifier un budget en tenant compte de la réalité d’ici. Quelle stratégie faut-il mettre de l’avant?  

Les dépenses d’un nouvel arrivant sont souvent un défi à l’arrivée au Québec, car cela impose beaucoup d’achats qui, quelques fois, n’ont pas été prévus. La première étape pour son projet de retraite est de tenir un budget qui lui permettra de réaliser pleinement tous ses projets financiers, y compris son projet de retraite. Parallèlement, il faut mettre un accent particulier sur les différents régimes de retraite offerts au Canada qui permettront de réaliser les projets de retraite ainsi que les autres projets de vie. Il y a beaucoup de choses à expliquer concernant la réalité d’ici et l’objectif est de donner de l’informations où l’objectif est de donner aux nouveaux arrivants tous les outils en main afin de maximiser leur intégration.