Cégep de Granby

Une année exaltante pour Émile Roberge!

Premier directeur du Cégep de Granby, qu’on nommait à l’époque le Campus de Granby du Collège de Sherbrooke, Émile Roberge garde un souvenir impérissable de son année à la direction de l’institution. D’abord assistant directeur, puis directeur à temps plein, il s’est énormément investi dans la fondation du Cégep et a ensuite contribué à son rayonnement et à son épanouissement. Aujourd’hui encore, cette institution d’enseignement occupe une place importante dans le cœur de cet artisan de la première heure.

La naissance d’une institution

M. Roberge souligne d’ailleurs que, lors de la création des cégeps au Québec à cette époque, Granby avait été oubliée, car elle ne figurait pas sur la liste des collèges élaborée par le ministère de l’Éducation.  

 « Beaucoup de cégeps sont nés de collèges classiques, d’écoles normales, etc. Nous nous devions partir de zéro, avec un personnel réduit à sa plus simple expression. Nous relèverons le défi grâce au dévouement des professeurs et à l’extraordinaire bon esprit des étudiants; grâce aussi à l’appui de la commission scolaire régionale Meilleur, de l’école Sacré-Coeur dans laquelle le campus avait élu domicile et qui est aujourd’hui l’école secondaire Haute-Ville et des divers services du Cégep de Sherbrooke. C’est dans cette ambiance mêlée de frénésie et d’enthousiasme que je suis devenu responsable de cette nouvelle unité d’enseignement collégial qu’il fallait construire en partant du solage. Je devais m’occuper de tout : l’enseignement, les services aux étudiants, le registrariat, les horaires, les achats, le budget, l’équipement, etc.», explique
M. Roberge, qui poursuivra sa carrière d’enseignant en français au Cégep pendant près de 20 ans. À ce propos, peu de gens savent que ce poète, amoureux des livres,  fut également le premier bibliothécaire de l’institution en 1970. 

Durant son année à la direction générale, il fut également le fondateur du journal Le Collégial, qu’il distribuait lui-même aux étudiants. À la fin de l’année scolaire  1969, il leur écrivit un message qui résume parfaitement le formidable esprit qui l’habitait : «Nous avons construit ensemble cette première année du collège de Granby. Nous touchons déjà à la fin de cette expérience inoubliable. Nous avons bâti ensemble, nous avons construit une vie collégiale, ensemble, nous avons fraternisé. Semons encore et jusqu’au bout de l’amitié, des sourires, de la joie.»

Pour faire suite à ces propos, voici comment Jean-Guy Duguay, ancien président du conseil d’administration, décrivait la vie prénatale du nouveau cégep : «Le nouveau Collège a le mérite d’avoir poussé dans une zone non désignée, sur un territoire qu’on ne lui reconnaissait pas et exposée aux vents et intempéries. Sauf que le sol y était fertile et les jardiniers, opiniâtres. C’est à une poignée de femmes et d’hommes résolus et à une population déterminée que revient le mérite de cette réalisation.»

Émile Roberge fut le premier directeur du Cégep de Granby.

Mobilisation sans précédent

En effet, dès les débuts, la population de Granby s’est mobilisée et un vaste mouvement de revendication a animé la ville qui réclamait son propre cégep. Sollicité de toutes parts, le ministre de l’Éducation de l’époque, Jean-Guy
Cardinal, accepta de confier au Collège de Sherbrooke le mandat d’ouvrir et d’administrer le Campus de Granby. «Même avant la naissance du campus, la population aimera tout de suite son jeune collège. Nous nous sentions puissamment épaulés. Sans cet appui, je ne suis pas sûr que le campus aurait survécu », déclare M. Roberge. 

Lors de notre entretien, ce dernier a également tenu à souligner l’appui  indéfectible des médias, qui l’ont secondé dès les débuts. «Nous avons eu des contacts privilégiés avec les médias, et plus particulièrement avec notre quotidien La Voix de l’Est. On y publia six éditoriaux et plus de quarante articles traitant du Cégep», déclare-t-il.

Cohorte de 136 élèves

En cette première année d’existence, le Campus de Granby accueille, à l’école secondaire Sacré-Cœur, une cohorte de 136 élèves. Il offre alors de la formation générale en Lettres, en Sciences et en Sciences humaines. En 1969-1970, la population étudiante du campus augmente et trois options professionnelles sont également dispensées : techniques infirmières, techniques administratives et électrotechnique. La rentrée de 1969 se déroule avec 350 étudiants et 25 employés.

Le premier emplacement des bureaux du Cégep au 150, rue Lansdowne.

Premier collège au Québec à offrir une formation en tourisme 

Outre son implication de tous les instants à titre de directeur du campus, on ne peut passer sous silence l’apport exceptionnel de M. Roberge lors de la création de la toute nouvelle option en tourisme, faisant du campus de Granby le premier collège au Québec à offrir un tel programme. «C’est André Ménard, alors documentaliste à l’école secondaire Sacré-Cœur, qui en a eu l’idée et, par la suite, avec Maurice Marquis, professeur au campus, nous nous sommes documentés et avons élaboré un programme qui fut jugé excellent par certains intervenants des ministères de l’Éducation et du Tourisme. Pour ce faire, nous avons étudié les programmes des écoles les plus reconnues. Parallèlement, nous avons effectué une étude de marché et de la clientèle, puis consulté des gens impliqués en tourisme au Québec. Après beaucoup de recherches, d’études, de démarches et de consultations, nous étions prêts à rencontrer les autorités des ministères du Tourisme, de l’Éducation et des Affaires intergouvernementales. Ce n’est cependant qu’après de très longues négociations et une importante campagne médiatique que le programme sera officialisé par le ministère de l’Éducation en 1974», se souvient M. Roberge.

Une passion toujours aussi vive

Maintenant retraité depuis plusieurs décennies, l’ancien directeur cultive toujours une passion aussi vive pour «son» cégep. Son sentiment d’appartenance est tel qu’il retourne régulièrement visiter les lieux et saluer les jeunes qui les fréquentent. «J’y vois des étudiants heureux de faire partie de cet univers si inspirant, des professeurs engagés et, tout comme ceux qui l’ont précédé,  un directeur proche des gens, qui souhaite leur bonheur», soutient
M. Roberge. 

Ce dernier suit d’ailleurs de près l’évolution du Cégep. Le projet de rénovation destiné au nouveau programme de génie mécanique suscite particulièrement son intérêt. D’ailleurs, dans les documents de l’époque, on constate que la demande pour cette option était prévue pour les années à venir. «Il y a cinquante ans, lorsque les premières bases du cégep ont été jetées, nous étions très loin de l’institution qu’il est devenu. Je suis très fier de cette institution, qui propage la culture et propulse les jeunes vers leur avenir», conclut M. Roberge.

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