Au début de la décennie 2010, Graymont, spécialisée dans la production de chaux (issue de la transformation du calcaire), voyait le futur de l’usine de Bedford hypothéqué par un lourd fardeau : 32 millions de tonnes d’ardoise — pierre résultant du processus d’extraction du calcaire et non valorisable pour l’entreprise —, à se demander quoi en faire.
L’idée est alors venue d’empiler des tonnes d’ardoise noire, de les verdir pour en faire trois collines, puis de les intégrer dans un tout : un parc récréotouristique affublé d’un grand espace vert. Un enjeu d’entreposage a ainsi mené à une solution originale.
«Cela permet d’assurer la pérennité de l’entreprise pour plusieurs décennies», se réjouit Alexandre Renaud, directeur de l’usine Graymont de Bedford.
Aujourd’hui, c’est mission accomplie, du moins en partie. L’ouverture au public du parc récréotouristique est prévue le 21 juin prochain, et comprendra un chalet d’accueil, des sentiers pédestres, un amphithéâtre, des glissades, un module de jeux pour enfants et des jeux d’eau.
La population approuve
«Si la communauté n’avait pas voulu du projet lors de la consultation publique de 2012, on ne serait pas allés de l’avant», rappelle Claudia Houde, porte-parole du projet Héritage et ex-directrice générale de l’usine de Bedford.
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Il a fallu par exemple acquérir des terrains, les municipalités partenaires — Bedford, Canton de Bedford et Stanbridge Station — ont dû adopter ou modifier des règlements municipaux existants, et des travaux d’intervention environnementale ont été menés pour compenser la perte de milieux humides et obtenir les certificats d’autorisation du ministère de l’Environnement du Québec.
Ainsi, pour compenser la perte de deux petits cours d’eau désormais recouverts par les deux premières collines, deux nouveaux ruisseaux sont apparus, alimentés par les eaux de pompage de la carrière — la qualité de l’eau est vérifiée —, et se jettent dans le ruisseau Meigs, lui-même tributaire de la rivière aux Brochets.
Sous le stationnement, à l’entrée du parc, un bassin de rétention récupère les eaux pluviales.
«Des fossés collecteurs et des bassins de sédimentation ont été installés pour capter les eaux de ruissellement, de même que différents mécanismes de collecte de sédiments (barrières et trappes); un programme de suivi en continu et d’échantillonnage est aussi en place pour s’assurer de l’intégrité du système hydrique», peut-on lire sur le site internet du projet Héritage, d’ailleurs extrêmement riche en détails sur le projet.
C’est un maudit beau projet
— Claudia Houde, porte-parole et ex-directrice de l'usine Graymont de Bedford
Même si Mme Houde a remis en avril dernier le flambeau de la direction générale de l’usine de Bedford à Alexandre Renaud — il dirige également celle de Marbleton, à Dudswell en Estrie —, elle est restée en première ligne de ce projet.
«C’est comme si mon petit bébé devenait un adulte, s’enorgueillit-elle. Le pourrai dire à mes petits enfants : “C’est grand-maman qui a fait ça.”»
Environ 10 000 arbres ont été plantés jusqu’ici, dont des chênes, des érables et des peupliers, en plus de différents types de conifères.
Lien avec la communauté
Un comité de suivi ancré dans la communauté, auquel participaient des citoyens, des représentants des municipalités partenaires et des représentants de Graymont a tenu le 24 avril dernier sa 21e réunion. «Le comité de suivi a apporté beaucoup d’enthousiasme au projet», reconnaît Érik Simard, coordonnateur du projet Héritage chez Graymont.
Le parc jouxte par ailleurs un nouvel ensemble résidentiel de 32 unités a été aménagé de concert avec la Ville de Bedford sur la nouvelle rue Alcée-Rocheleau. Graymont s’est occupée du lotissement du terrain et de l’ouverture des rues, prenant à sa charge le coût du prolongement des infrastructures d’aqueduc.
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