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Une image tirée des cassettes vidéo de Peter Wintonick, qui tient un exemplaire de <em>Don Quichotte</em> en espagnol.
Une image tirée des cassettes vidéo de Peter Wintonick, qui tient un exemplaire de <em>Don Quichotte</em> en espagnol.

Wintopia: le Don Quichotte du documentaire *** 1/2

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CRITIQUE / Lorsque Peter Wintonick, grand documentariste québécois de réputation mondiale, décède en 2013, à 60 ans, il laisse sa fille avec son cœur en miettes et une boîte contenant près de 300 cassettes vidéo. Mira Burt-Wintonick s’est alors attelée à une lourde tâche : compléter Utopia, le film de son père en chantier depuis 15 ans… Le résultat — Wintopia — se révèle une œuvre poétique et touchante qui va droit au cœur.

Car à l’image de son iconoclaste paternel, Mira Burt-Wintonick s’est servie du prétexte pour une quête très personnelle de réconciliation.

Malgré son amour pour sa femme et sa fille, l’artiste visionnaire, excessif et créateur boulimique, a été happé par son travail. L’homme ne tenait pas en place et était incapable de dire «non». Alors la plupart du temps, il expédiait des cartes postales, d’abord, puis des courriel, signé Papa Pete, des quatre coins de la planète.

Et il filmait, constamment, pour son long métrage utopique. Lui et Mira, qui a grandi devant l’objectif de son père — lorsqu’il était présent —, ont coréalisé PilgrIMAGE (2009). Elle sait donc y faire.

La documentariste emprunte d’ailleurs un schéma classique d’entrevues avec les proches, dont sa tante, sa mère et elle, ainsi que de courts extraits des films de Wintonick, dont son célèbre Chomsky, les médias et les illusions nécessaires (1992).

Mais elle suit ce chemin pour mieux sortir des sentiers battus. Dans la mesure où Wintopia s’avère un véritable tour de force de montage, comme un collage d’images, extirpées des cassettes vidéo et liées par sa narration hors champ.

Mira Burt-Wintonick a grandi devant l’objectif de son père — lorsqu’il était présent.

Au fond, compléter Utopia relevait de l’illusion autant que la démarche donquichottesque de Wintonick, aux contours assez flous. Il rêvait d’un endroit où vivre heureux… Mais comme le soulignait l’humaniste Thomas More (1478-1535), inventeur du mot, l’utopie est une énigme qui ne peut être résolue. En conséquence, accepter la vie telle qu’elle est, pleine de douleur et de souffrances, est la véritable clé du bonheur, écrivait-il en prison… avant d’être décapité !

Par la force des choses, Wintopia passe par le regard original de son iconoclaste père (qui a un incroyable sens du cadre), à la fois poète et philosophe progressiste. Une célébration de son œuvre, soit, mais dans les larmes.

Parce que Mira Burt-Wintonick cherche à comprendre pourquoi il fut un père absent — qui lui manque terriblement. Un travail de réconciliation entre eux, et entre le cinéma et la vie. D’autres réalisateurs en témoignent dans le film : on peut parfois passer à côté de son existence quand on se consacre au 7e art.

Surtout si on est un utopiste comme Peter Wintonick l’était.

Wintopia est présenté sur la plateforme des cinémas Beaubien, du Parc et du Musée.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Wintopia

Genre : Documentaire

Réalisatrice : Mira Burt-Wintonick

Durée : 1h44