Philippe (Niels Schneider) est un bourgeois beau parleur qui fait un enfant avec Rachel (Virginie Efira) avant de fuir ses responsabilités.

Un amour impossible: À l'ombre du monstre *** 1/2

CRITIQUE / Peut-on aimer à en perdre la raison? Bien sûr. Même au point de sublimer une relation toxique. Dans Un amour impossible, Catherine Corsini se penche sur le destin d’une femme qui a le malheur de jeter son dévolu sur un cruel manipulateur. C’est toutefois le volet sur les difficultés des relations mère-fille qui emporte le morceau de cette chronique bouleversante offrant à Virginie Efira, lumineuse, un grand rôle.

Un amour impossible, superbement adapté du roman du même nom de Christine Angot, évoque donc la relation tumultueuse entre Rachel (Efira), villageoise crédule, et Philippe (Niels Schneider), un bourgeois beau parleur. Ils sont jeunes et beaux, la vie devant eux. Mais à 25 ans, il se fait tard pour elle — nous sommes en 1959.

Ils ont bientôt une fille. Il fuit ses responsabilités à Paris. Elle garde espoir. Ils se voient très peu, il est toujours odieux dans sa franchise brutale, mais elle s’abandonne dans ses bras. Jusqu’à ce qu’il débarque en annonçant son mariage avec une femme de son rang.

Rachel n’a pas de regrets, trop heureuse d’avoir vécu «une grande passion»…

On la retrouvera une dizaine d’années plus tard, à la faveur d’un déménagement à Reims où la mère courage devient cheffe de service dans une entreprise et s’efforce de vivre sa vie comme elle l’entend. Leur fille Chantal voit son père — qu’elle admire autant qu’elle déprécie sa mère — épisodiquement.

Dans cette chronique un brin mélodramatique qui s’étire sur 40 ans, la réalisatrice de La belle saison (2015) propose une mise en scène fluide, jouant avec beaucoup d’efficacité des ellipses. Les scènes d’amour sont magnifiquement filmées.

Virginie Efira (Elle, Le grand bain...) traverse les époques avec une grâce de tous les instants — sa prestation sans faille lui a d’ailleurs valu une nomination méritée aux Césars. L’actrice est aussi crédible jeune que vieille! Quant à Niels Schneider (Les amours imaginaires), il incarne un salaud sans coup férir.

Une réserve toutefois sur l’utilisation d’une voix hors champ, trop plaquée et monocorde — ce n’était pas nécessaire. Le récit est suffisamment évocateur sans en rajouter une couche. D’autant que Corsini a réussi à peindre par petites touches les différentes époques.

Le long métrage aurait gagné en puissance en élaguant, surtout dans les répétitives rencontres père et fille. Bien sûr, elles servent à mettre la table pour la conclusion.

Rachel a maintenant 65 ans et tente de comprendre la colère sourde de sa fille depuis son adolescence. Le non-dit est ici terrible. Et offre une finale émouvante qui serre le cœur.

On retiendra surtout que ce film de l’intime offre aussi un constat implacable sur les inégalités entre les sexes, toujours d’actualité. Une œuvre féministe donc. Car Rachel réussit, malgré les nombreuses embuches, à s’affranchir et à gagner son indépendance.

Un très beau film, qui fait autant appel aux sentiments qu’à la raison.

Au générique

Titre : Un amour impossible

Cote : *** 1/2

Genre : Drame

Réalisatrice : Catherine Corsini

Acteurs : Virginie Efira, Niels Schneider

Classement : 13 ans +

Durée : 2h15

On aime : l’interprétation de Virginie Efira. Le propos. La délicatesse de la réalisation.

On n’aime pas : les longueurs. La redondante voix hors champ.