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Une scène du documentaire de Jia Zhang-Ke.
Une scène du documentaire de Jia Zhang-Ke.

Swimming Out Till the Sea Turns Blue : l’autre visage de la Chine *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CRITIQUE / Les reportages et autres images en provenance de la Chine mettent généralement l’accent, d’une part, sur le gouvernement de cette «République socialiste», sa croissance économique, sa volonté de devenir la principale puissance mondiale et, d’autre part, sur ceux qui militent (à leurs risques et périls) pour la démocratie. Mais entre leur deux, il y a 1,4 milliard d’habitants qui aspirent au même bonheur qu’en Occident, comme le (dé)montre Swimming Out Till the Sea Turns Blue, le pertinent documentaire réalisé de main de maître par Jia Zhang-Ke.

Depuis 2006, où il présentait Dong à Venise, chaque film du Chinois attire l’attention en raison de sa propension à exposer l’envers du décor du «miracle économique» chinois — ses trois derniers longs métrages de fiction ont obtenu une place en compétition au Festival de Cannes.

Le contenu des œuvres du réalisateur sert habituellement de prétexte. Dans Les éternels (2018), la chronique des déconvenues amoureuses d’un couple permettait de dresser le portrait de la Chine contemporaine et de ses classes sociales.

Il utilise la même technique, de façon plus explicite, dans Swimming Out…, qui vient clore une trilogie amorcée par Dong (sur le peintre Lui Xiaodong) et Useless (2007, sur la styliste Ma Ke).

Ici sont conviés trois auteurs majeurs dans son pays : Jia Pingwa (né dans les années 1950), Yu Hua (années 1960) et Liang Hong (années 1970). Les récits de leur parcours, surtout leur enfance, permettent de peindre, en 18 vignettes, un panorama de l’Empire du Milieu depuis la Révolution culturelle de 1949, en évitant toute complaisance. Surtout qu'ils ont en commun de provenir de villages d'agriculteurs...

Le début du documentaire, qui célèbre la mémoire de l’écrivain militant Ma Feng, s’avère laborieux, mais Swimming Out… prend ensuite son erre d’aller. Les récits sont fascinants, parfois émouvants, et habilement mis en valeur par le style soigné et minimaliste du cinéaste — Jia Zhang-Ke opte pour l’épure plutôt que sa flamboyance habituelle.

La présence de Liang Hong, une femme, illustre le chemin parcouru depuis et la route qui reste à parcourir, au-delà de la propagande étatique.

La présence de Liang Hong, une femme, illustre le chemin parcouru depuis et la route qui reste à parcourir, au-delà de la propagande étatique.

Le film met aussi en relief le fait que la nouvelle génération est aspirée par la mondialisation qui uniformise et sable les différences socioculturelles. On n’a qu’à voir ses plans d’étudiants dans une cafétéria, les yeux rivés sur leur cellulaire. Ou ceux du fils de 14 ans de Liang Hong, écouteurs dernier cri autour du cou et linge à la mode, incapable d’énoncer une phrase dans le dialecte de ses parents (à sa grande honte).

La valeur du documentaire de Jia Zhang-Ke loge dans le fait qu’il nous laisse entrevoir un possible futur. Mais il ne faut pas oublier que celui-ci se nourrit toujours du passé...

On vous confie le soin de découvrir la superbe signification métaphorique du titre, à la toute fin de ce documentaire captivant.

Swimming Out Till the Sea Turns Blue est présenté sur la plateforme du Cinéma Moderne

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Swimming Out Till the Sea Turns Blue

Genre : Documentaire

Réalisateur : Jia Zhang-Ke

Durée : 1h52