Le personnage de Stacy Martin, Léna, dans Amanda, a été un défi pour l’actrice, qui a dû composer avec un personnage emmuré dans ses émotions.

Stacy Martin: un parcours éclatant

PARIS — Stacy Martin n’a pas manqué ses débuts au cinéma. Elle incarne Joe dans Nymphomaniaque (2014) de Lars von Trier, personnage joué par Charlotte Gainsbourg à l’âge adulte. L’ex-mannequin aligne depuis un parcours sans faute de cinéma d’auteur, auquel l’actrice accorde sa préférence. Après des passages devant la caméra de Wheatley et Hazanavicius, la voici maintenant en victime d’un attentat qui doit se reconstruire pour pouvoir aimer dans le très beau et bouleversant Amanda.

Le drame de Mikhaël Hers (Ce sentiment de l’été) s’attarde à David (Vincent Lacoste). À 24 ans, il profite de la vie. Mais celle-ci prend une tournure tragique après le décès de sa sœur aînée alors qu’il doit prendre soin de sa nièce de sept ans, Amanda. Léna, la nouvelle flamme du jeune homme interprétée par Stacy Martin, est elle-même gravement blessée et traumatisée.

«C’est un film qui se trouve dans ses moments de calme et de douceur dans la tragédie. Ce sont des personnages qui se cherchent en des moments très difficiles. Ce n’est pas un film qui essaie d’être moraliste», explique-t-elle en entrevue. 

La femme de 28 ans, au petit rire charmant, affiche une modestie qui lui sied bien : maquillage discret, longue jupe noire et gilet rayé multicolore pour habiller sa longue silhouette filiforme. 

Née à Paris d’un père français et d’une mère anglaise, elle déménage à Londres à 18 ans — un peu comme Léna, qui s’installe dans la Ville Lumière. «J’ai tout de suite compris. Mais c’était plus difficile pour ce qu’elle allait vivre après.

«Heureusement, je n’ai pas été victime d’une attaque terroriste ni perdu personne, dit-elle en touchant du bois. Mais c’est quelque chose qui fait partie de notre vie à tous. J’ai lu beaucoup de témoignages, dont celui du premier docteur qui est entré au Bataclan [après les attentats sanglants du 13 novembre 2015]. De tous les rapports, le sien était le plus clair sur ses émotions alors que les survivants, on voyait que c’était plus difficile. Je me suis dit, “Léna, c’est ça.” Elle n’a pas encore les mots, elle n’arrive pas à exorciser ce qui s’est passé. Il faut qu’elle fasse un pas en arrière pour se retrouver. Ce trauma va la suivre toute sa vie.»

C’est d’ailleurs ce qui intéresse Mikhaël Hers : le contrecoup. Il dissimule l’attentat au spectateur : son propos est ailleurs. Dans la relation que construit David avec Amanda et dans celle qu’il tente de rebâtir avec Léna.

Un défi pour l’actrice, qui doit composer avec un personnage emmuré dans ses émotions. «J’aime faire beaucoup de travail en amont.» Elle avait toutefois une base. Dans Taj Mahal (2015) de Nicolas Saada, elle joue Louise, une jeune femme confrontée à un attentat terroriste en Inde, film basé sur une histoire vraie. «Son histoire, ce qui est à l’intérieur d’elle, on le voit à des microsecondes, des choses qui deviennent tout à coup ingérables.»

Évidemment, on peut se demander comment Stacy Martin, qui reçoit quantité de propositions, choisit ses rôles, où elle se met en danger. «J’aime bien me dépasser, quand on pousse notre côté animalier, incontrôlable.»

La Franco-Britannique ne se cantonne pas dans le drame pour autant. Elle a interprété Anne Wiazemsky, actrice et épouse de Jean-Luc Godard, dans la comédie Le redoutable (2017).

Alors, est-ce le réalisateur, le personnage qui guide son choix?

«Les deux. Le scénario en soi et la personne qui va le traduire. On peut prendre un scénario, le donner à Tarantino et à Loach, et ça ne sera pas le même film du tout. Les contrastes m’inspirent beaucoup. Je lis le scénario avant de rencontrer le ou la réalisatrice, puis je le relis.» Parce que, dit-elle, sa vision du long métrage en est forcément transformée.

Cinéphile avide, Stacy Martin reste néanmoins discrète sur ses préférences côté réalisateurs — elle confesse tout de même son amour pour la grande actrice Gena Rowlands, muse du regretté John Cassavetes (1929-1989).

Inutile de froisser quelqu’un, même si ce n’est pas une préoccupation. Après tout, son agenda est bien rempli : outre trois films en postproduction, elle tournera avec Brandon Cronenberg (le fils de David) et sera du premier long métrage comme réalisatrice de Kirsten Dunst. Entre autres…

Amanda prend l’affiche le 22 mars

Les frais de ce reportage ont été payés par Unifrance