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Sébastien Ricard enfile la soutane du frère Jean dans le long métrage de Benoît Pilon <em>Le club Vinland</em>.
Sébastien Ricard enfile la soutane du frère Jean dans le long métrage de Benoît Pilon <em>Le club Vinland</em>.

Sébastien Ricard: histoire de vocation... et de Vikings!

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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Il y a exactement deux ans, Sébastien Ricard enfilait la soutane du frère Jean pour le début du tournage du Club Vinland. Pandémie oblige, le drame historique prend l’affiche deux ans plus tard. Et il a une forte résonance de nos jours, croit l’acteur, puisqu’il évoque le difficile parcours d’un pédagogue hors pair, à l’image de tous ses professeurs qui se démènent en ce moment pour éduquer les enfants — une véritable «vocation».

L’histoire se déroule en 1949, dans Charlevoix. Le Québec vit cloîtré dans la Grande noirceur. Le frère Jean, figure qui évoque la Révolution tranquille à venir, enseigne à des jeunes de 13, 14 ans qu’on destine aux champs ou aux mines. Comme Émile, un élève difficile qui est sur le bord de décrocher malgré un potentiel évident.

Le religieux voit un meilleur avenir pour ses protégés. «Il désire éveiller les consciences, ouvrir les portes du savoir», explique Sébastien Ricard en entrevue téléphonique alors qu’il déambule à pied dans Montréal par une splendide journée printanière.

Un rôle sur mesure : il incarne lui-même une certaine conception plus militante dans toutes les facettes de son art : musique (avec Loco Locass), poésie (avec le Moulin à paroles, notamment), cinéma d’auteur et théâtre, auprès de sa complice, la grande Brigitte Haentjens. Leurs productions avant-gardistes cherchent, justement, à «éveiller les consciences».

On se souviendra d’ailleurs de son interprétation marquante et investie du chanteur des Colocs dans Dédé à travers les brumes (2009), qui lui vaudra le Jutra du meilleur acteur. Un autre qui tentait de faire avancer le Québec en invitant sa population à prendre son destin en main.

Le frère Jean s’avère moins flamboyant et extraverti, il demeure néanmoins convaincu que ses élèves peuvent aspirer à mieux.

Forcément, il dérange le haut clergé, tenant d’une orthodoxie conservatrice où les Québécois sont nés pour un petit pain… «Il est suspect.» D’autant que pour stimuler et faire rêver, il a mis sur pied un club d’archéologie afin de «les révéler à aux-mêmes».

Ensemble, ils tentent de prouver que Leif Erikson et ses Vikings, lors de leur voyage en l’an 1005, ont établi un campement, alors qu’ils cherchent la «terre promise», le Vinland, dans... Charlevoix! D’où le titre du film.

Autrement dit, le héros du long métrage de Benoît Pilon (Ce qu’il faut pour vivre, Iqaluit) ne s’efforce pas tant de susciter des vocations religieuses que pédagogiques et scientifiques.

«C’est très juste : ça résume tout l’aspect subversif du caractère du personnage. À son insu, un peu : le film symbolise ce Québec qui va changer, cette modernité qui est aussi la fin de la vocation religieuse canado-française en Amérique. En leur enseignant, il leur inocule le bacille de la Révolution tranquille.»

Tout ça ne va pas sans heurts. Le frère Jean se révèle trop progressiste pour la période. «C’est le drame de tous les précurseurs. […] Les gens comme lui ont peut-être été persécutés à l’époque, mais le retour de balancier a pris la forme d’une désaffectation massive du religieux au Québec. Mais c’est sûr qu’il paye cher son désir de liberté.»

Les poètes disparus

Ce désir de liberté, et d’affranchissement d’un cadre trop rigide dans l’après-guerre, le refus du conformisme de la part d’élèves qui entrent dans l’adolescence — le rapprochement avec La société des poètes disparus (Peter Weir, 1989) s’impose.

La production en a eu conscience dès le début, souligne Sébastien Ricard. Notamment, nous y revenons, en raison de sa volonté d’illustrer la vocation professorale au cœur du récit.

La grosse différence résidant toutefois dans le fait que l’action se passe ici et pendant la Grande noirceur, «une époque pas souvent représentée à l’écran et surtout pas de façon aussi nuancée».

On pourrait aussi évoquer que les recherches des élèves sont plus concrètes : des artefacts vikings. Ces jeunes, à la «présence inestimable», logent au cœur du récit. Le club Vinland saisit la camaraderie, les conflits et la promiscuité des pensionnaires. «Leur présence explose à l’écran», croit l’acteur.

Les jeunes acteurs du <em>Club Vinland </em>ont une «présence inestimable», estime Sébastien Ricard, dans la soutane du frère Jean (à gauche sur la photo).

Du côté de la Manicouagan

Reste que ceux-ci sont motivés par leur soif d’apprentissage et de découvertes. Que ce soit pour manier la caméra 8 mm du frère Jean comme Émile ou la truelle comme ses compagnons.

Parce que même si l’hypothèse du professeur peut avoir l’air «complètement délirante» à l’époque, elle n’en demeure pas moins plausible. Pas plus tard qu’en 2014, la Société historique de la Côte-Nord tentait de prouver que les Vikings sont débarqués dans l’estuaire de la rivière Manicouagan!

«Ça se pourrait que dans l’avenir, tout ça s’avère fondé», s’enflamme Sébastien Ricard.

Après tout, les vestiges d’un village scandinave furent découverts en 1960 à L’Anse aux Meadows à Terre-Neuve (le site est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO).

Mais ne comptez pas sur l’acteur pour se lancer à la recherche des traces des Vikings sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent.

Après la fin des tournages de Maria Chapdelaine de Sébastien Pilote et d’Au revoir le bonheur de Ken Scott, et du balado en neuf épisodes de Pour en finir avec Octobre?, il amorce en avril le tournage d’une nouvelle saison d’Une autre histoire, il prépare l’enregistrement en balado de La bibliothèque interdite et répète avec Brigitte Haentjens une création pour le théâtre en septembre!

Bref, contrairement à d’autres artistes, «le moral est bon». Mais, comme tout le monde, Sébastien Ricard rêve d’une plus grande liberté d’action...

Le club Vinland prend l’affiche le 2 avril.