Rose-Marie Perreault joue Gabrielle, une boulimique et prostituée de luxe à la dérive dans Une manière de vivre, le nouveau long métrage de Micheline Lanctôt.

Rose-Marie Perreault: née sous une bonne étoile

Rose-Marie Perreault est née sous une bonne étoile. Depuis son apparition dans le film «Les démons» (2015), l’actrice de 24 ans multiplie les personnages, dont celui du premier rôle de la série-choc «Le monstre». Son talent naturel, son charisme, la subtilité de son jeu constituent ses principaux atouts, mais l’intelligence et l’humilité de la jeune femme y contribuent aussi. À preuve, c’est après l’avoir vue en entrevue que Micheline Lanctôt lui a proposé Gabrielle, une boulimique et prostituée de luxe à la dérive dans son nouveau long métrage, Une manière de vivre.

Au bout du fil, une certaine incrédulité pointe encore dans sa voix. «Il y avait quelque chose de vraiment hors du commun. Micheline Lanctôt, je la connaissais comme actrice, comme réalisatrice et comme la figure imposante qu’elle est pour notre cinéma. J’ai vraiment eu un choc», s’exclame cette ardente cinéphile.

C’est d’ailleurs cet amour du cinéma qui a canalisé sa volonté. En commençant par J’ai tué ma mère de Xavier Dolan «alors que j’étais en secondaire II». Elle se voyait «plus derrière la caméra que devant» en raison de sa «timidité».

Rose-Marie Perrreault ose tout de même une audition pour un court métrage. La réalisatrice l’informe que Philippe Lesage recrute pour Les démons. Et c’était parti. Au point où, les rôles s’enchaînant, elle fera l’impasse sur une formation en jeu. «La question s’est posée, mais j’avais toujours un projet qui s’en venait. J’ai continué à surfer sur cette vague.»

L’actrice a été au bon endroit, au bon moment, croit-elle. «C’est un métier où ce n’est pas seulement les gens qui ont du talent qui réussissent.» Rose-Marie Perreault a même trouvé son agente Nathalie Duchesne, une «personne très importante pour moi», un peu par hasard, sur recommandation de David La Haye après une discussion informelle. «Je me considère comme chanceuse.»

Mais il paraît qu’on fait sa chance… Sa prestation dans Les faux tatouages (2018) de Pascal Plante lui vaut une nomination aux Iris pour la Révélation de l’année (c’est son «ami» Théodore Pellerin qui a gagné pour Chien de garde). Le monstre a permis de rejoindre un plus large public et son interprétation nuancée de Gabrielle dans Une manière de vivre confirme son brio.

Mais aussi une propension pour les rôles difficiles, avance-t-on. L’actrice éclate de rire. «J’aimerais ça faire de la comédie maintenant!» Avis aux intéressés.

Il faut dire que Micheline Lanctôt lui a proposé de se glisser dans la peau d’une jeune femme qui se prostitue sans trop d’états d’âme et qui exclut violemment sa mère cultivée. «Elle est à un moment de sa vie où elle est assez apathique, dans un rejet de tout, et dans un même temps dans une quête pour savoir ce dont elle a besoin pour vivre.

«Ce n’est même pas du désespoir, c’est une absence de tout. Au moment où on commence l’histoire et de sa rencontre avec Joseph [un expert de Spinoza], elle se dit : “je dois trouver quelque chose qui m’allume et qui va éviter que je me tue.” Elle s’accroche désespérément à Joseph, qui représente une figure paternelle, un amant et un philosophe qui va lui apprendre comment vivre. J’aurais le goût de lui dire que ça va aller. À la fin, il y a un mince espoir. J’aimais bien imaginer son futur.»

Et le futur de Rose-Marie Perreault, lui? Une carrière internationale? Après tout, l’actrice vient de tourner dans Gut Instinct, premier long métrage en anglais de Daniel Roby, et, à Québec, dans un épisode de la série américaine d’époque Barkskins — elle y joue une Fille du Roy.

«Oui, mais pour ne faire que des projets qui m’intéressent vraiment, peu importe où ils se trouvent, et éviter les projets alimentaires, dit celle qui a une agente en France depuis un an. J’aimerais avoir une carrière sans frontière, tout en continuant à travailler au Québec.»

La «fervente indépendantiste» se dépêche de préciser qu’elle adore notre cinéma et qu’elle n’a aucune intention d’aller s’établir ailleurs. «Il y a quelque chose dans la façon dont je vois le métier qui ne tient pas à appartenir à un endroit plus qu’à un autre.»

L’exemple vient de haut puisque l’actrice aimerait bien, un jour, pouvoir tourner pour Jean-Marc Vallée et Xavier Dolan, deux réalisateurs qui n’hésitent pas à repousser les frontières. Pedro Almodóvar, «en raison de sa façon de mettre en scène les femmes», figure aussi tout en haut de sa liste de souhaits. «Il faudrait que j’apprenne l’espagnol», rigole-t-elle.

Por qué no?