Jesse Eisenberg interprète Marcel Marceau dans <em>Résistance</em>, film qui lève le voile sur un pan méconnu de son histoire.
Jesse Eisenberg interprète Marcel Marceau dans <em>Résistance</em>, film qui lève le voile sur un pan méconnu de son histoire.

Résistance: le mime Marceau, ce héros ***

CRITIQUE / Marcel Marceau (1923-2007) a poursuivi une extraordinaire carrière artistique et définit le standard du mime avec son personnage de Bip — l’équivalent de Charlot pour Chaplin. On connaît moins, toutefois, son engagement dans la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale qui a permis à des centaines d’enfants juifs d’éviter l’extermination. Résistance a ses défauts, mais le long métrage fait revivre cette incroyable épopée — une lueur d’espoir dans une époque sombre.

Marcel Mangel (Jesse Eisenberg), fils de juifs polonais, coule des jours insouciants à Strasbourg, loin de l’engagement de son frère Simon (Edgar Ramirez), préoccupé par la montée du nazisme. Même si son père boucher désapprouve, Marcel poursuit son rêve de devenir artiste en se produisant dans les cabarets et tente de séduire la belle Emma (Clémence Poésy).

Jusqu’à ce que débarquent 123 enfants qu’une organisation caritative a réussi à extirper d’Allemagne. Marcel arrive à les faire rire grâce à ses talents de mime et à leur faire oublier (un peu) les traumatismes causés par l’assassinat de leurs parents. Le jeune homme devient très populaire auprès d’eux et le regard d’Emma change...

Mais lorsque les troupes d’Hitler envahissent la France, Marcel et ses amis doivent cacher les enfants dans le sud du pays et éviter d’attirer l’attention de Klaus Barbie (Matthias Schweighöfer), le «boucher de Lyon».

Commence un jeu de chat et de souris, dont Jonathan Jakubowicz réussit à bien maintenir la tension — le spectateur craint à chaque moment que les fugitifs soient découverts. Le réalisateur et scénariste parvient aussi à évoquer la métamorphose de Marcel Mangel, timide et rêveur, en Marcel Marceau, l’homme combattif qui joint la Résistance en 1942.

On n’en dira pas autant de l’ensemble de ce drame biographique chronologique et académique. Jakubowicz (Hands of Stone, présenté à Cannes en 2016) échoue à trouver le ton juste pour décrire l’époque. Entre humour léger et romance insouciante entre Marcel et Emma s’intercalent des scènes d’une violence brute, où Klaus Barbie est dépeint de façon caricaturale. Sans parler de certains moments où le mélo prend le dessus.

Le cinéaste tire parfois trop l’élastique du vraisemblable pour que ce soit crédible. Je pense à cette séquence où Marcel, Emma et une quinzaine d’enfants partent en expédition dans les Alpes françaises. Partie une demi-journée plus tard, une patrouille nazie les retrouve tout de suite… C’est vaste, pourtant, les Alpes...

J’ai ressenti un grand malaise, avec la version originale, devant le fait que tous — sauf les Allemands — s’expriment en anglais! Le tout aurait été beaucoup plus crédible avec des acteurs français. Oui, il y a Clémence Poésy, la Fleur Delacour des Harry Potter, mais elle aussi parle dans la langue de Spielberg! Je n’irais pas jusqu’à parler d’appropriation culturelle, reste qu’il y a suffisamment de cinéastes et d’acteurs juifs en France qui auraient été mieux placés pour traiter de cette histoire vraie.

Cela dit, Jesse Eisenberg se tire bien d’affaire dans la peau de Marcel Marceau, en particulier lors de son spectacle de mime à la fin, en 1945, où il rend visible l’invisible et l’indicible.

Résistance fait tout de même partie de ces films qui font un important devoir de mémoire — on n'a qu'à lire les commentaires antisémites sous la bande-annonce sur le Web. Durant la Shoah, les nazis ont éliminé plus d’un million d’enfants juifs.

Résistance est disponible à compter de mardi sur iTunes et autres plates-forme de VOD.

Au générique

Cote : ***

Titre : Résistance

Genre : Drame biographique

Réalisateur : Jonathan Jakubowicz

Acteurs : Jesse Eisenberg, Clémence Poésy, Edgar Ramirez

Durée : 2h01