Jimmy (Robert Naylor) doit composer avec la mort de son frère dans Jimmy (Robert Naylor) doit composer avec la mort de son frère dans Répertoire des villes disparues de Denis Côté.

Répertoire des villes disparues: Les revenants *** 1/2

CRITIQUE / Répertoire des villes disparues prouve, une fois de plus, que Denis Côté occupe une place à part dans notre cinématographie. Ses films décalés sont iconoclastes, audacieux et, surtout, aventureux. Le réalisateur fait son propre cinéma — indépendant des diktats industriels et commerciaux. Comme pour ce long métrage choral, à la fois drame fantastique, portrait de la ruralité qui s’éteint à petit feu et évocation de notre peur de l’Autre.

Le cinéaste de Vic + Flo ont vu un ours (2013) et de Curling (2010) ouvre son 12e long métrage avec une scène-choc — celle d’un accident-suicide en auto. La mort — symbolique — de Simon va déclencher une onde de choc dans sa famille, puis provoquer de surprenants bouleversements à Irénée-les-Neiges, bourgade perdue de 215 habitants.

La mère (Josée Deschênes), le sensible frère aîné (Robert Naylor) et le père (Jean-Michel Anctil) vont chacun affronter l’épreuve différemment — ce dernier, qui cherche un salut évanescent dans la fuite, erre sans fin dans les paysages désertés du coin. L’hiver est un personnage en soi.

La mairesse Smallwood (Diane Lavallée), fière et indépendante, cherche à secouer le marasme des villageois, qui doivent composer avec un autre deuil, celui de la fermeture de la mine. Au milieu du tumulte, la mystique Adèle (Larissa Corriveau), dont l’innocence lui permet de capter certaines choses de l’ordre du surnaturel — comme ce quatuor d’enfants avec des masques qui apparaît dès le début, mais que personne ne semble voir.

Côté propose une galerie des personnages aux traits indéfinis, reflet de ce village spectral dans lequel des revenants vont graduellement apparaître, de proche ou de loin, au gré des évènements.

Libre au spectateur d’interpréter l’arrivée de ces «étranges» comme il lui plaît : un symbole de la mort annoncée d’Irénée-les-Neiges ou du Québec hanté par son passé; une manifestation des remords de ceux qui songent à l’exode; une métaphore des migrants qui révèlent une peur de la différence…

C’est la force du cinéma de Denis Côté, qui préfère l’allusion plutôt que le martèlement d’un message — d’autres y verront sa principale faiblesse. On peut aussi compter sur le réalisateur pour proposer, comme d’habitude, une mise en scène qui contient son lot de plans surprenants.

On retiendra aussi son habileté à jouer avec les codes du film d’horreur, pour mieux les détourner. Répertoire des villes disparues saura, à quelques reprises, générer des frissons le long de la colonne vertébrale. Et pas seulement avec des portes qui grincent — l’utilisation du hors-champ est judicieuse (ce qu’on ne voit pas, mais qu’on entend ou soupçonne, est toujours beaucoup plus terrifiant).

Le tournage en pellicule super 16mm, à l’image au grain plus gros, renforce l’aspect inquiétant et fantomatique des lieux. Avec peu, les acteurs offrent beaucoup — ils sont tous très bons, d’ailleurs.

Tous les acteurs offrent une bonne performance dans ce drame fantastique.

Denis Côté offre encore une fois un film très personnel. Son propos n’en demeure pas moins universel. L’artiste cherche ici à stimuler nos sens et à nous faire réfléchir sur la réception de son œuvre. Un pari toujours risqué, avec son lot de récompenses.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Répertoire des villes disparues

Genre : Drame fantastique

Réalisateur : Denis Côté

Acteurs : Robert Naylor, Diane Lavallée, Larissa Corriveau

Classement : 13 ans +

Durée : 1h37

On aime : le goût du risque de Côté. L’espace laissé au spectateur. La distribution.

On n’aime pas : —