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Vanessa Kirby est éblouissante dans le rôle Martha.
Vanessa Kirby est éblouissante dans le rôle Martha.

Renaître: survivre au deuil *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CRITIQUE / Renaître (Pieces of a Woman) aborde avec délicatesse et réalisme un sujet qui demeure presque tabou : la mort d’un nouveau-né. Ce long métrage nuancé, empreint de mélancolie, s’attarde à l’impact de la tragédie sur un jeune couple mal assorti, porté par d’incroyables performances d’acteurs, notamment celle de Vanessa Kirby (The Crown, Mission : Impossible).

Le film nous a à peine présenté Martha Weiss (Kirby), une professionnelle qui part en congé de maternité, et Sean Carson (très bon Shia LaBeouf), un contremaître sur un chantier de pont, qu’il entre dans le vif du sujet : un accouchement naturel à domicile.

Kornél Mundruczó filme le travail laborieux, avec une sage-femme de remplacement nerveuse (Molly Parker), en un magistral plan-séquence d’une vingtaine de minutes, une épreuve criante de vérité.

Au-delà de la virtuosité de la chorégraphie cinématographique, son exécution sert à accentuer le naturalisme du moment et à donner le ton à la suite du récit.

Sauf que ce morceau de bravoure a un tel impact qu’il devient difficile de maintenir la cadence après ce départ canon. Même si le rythme s’avère cohérent avec le deuil, vécu très différemment. Autant Sean maîtrise mal ses émotions et renoue avec ses démons après six ans d’abstinence, autant Martha apparaît glaciale… et traumatisée.

Incapable de communiquer, le couple se désagrège sous nos yeux. Martha doit composer avec la situation, sa relation hargneuse avec sa mère dominatrice (Ellen Burstyn) et le procès médiatisé de la sage-femme, accusée de négligence criminelle...

Pour son premier film en anglais, à des années-lumière de l’onirique La lune de Jupiter (2017, en compétition à Cannes), Kornél Mundruczó a eu droit à la totale : production de Scorsese, musique d’Howard Shore et le talent des techniciens québécois (même si l’action se déroule à Boston, l’équipe a filmé à Montréal).

Le Hongrois a un réel don de cinéaste, autant dans l’utilisation des mouvements de caméra que dans la composition de ses images. Il a aussi le sens de la métaphore. Le plan récurrent de l’avancement des travaux du pont sert de contrepoint à l’éloignement progressif du couple.

Il signe ici, avec la scénariste Kata Wéber, une forte adaptation de leur pièce (2018).

Même si la force d’impact de Renaître doit beaucoup à la présence magnétique de Vanessa Kirby. Son incarnation, totalement maîtrisée, lui a valu le prix d’interprétation à Venise, où le film était en compétition. Ce qui lui ouvre la porte toute grande pour une nomination aux Oscars.

Ellen Burstyn pourrait aussi obtenir une accolade, comme actrice de soutien, elle qui démontre la fragilité intérieure de cette matriarche en apparence autoritaire.

Ellen Burstyn, la mère dominatrice de <em>Renaître</em>.

Le long métrage mise d’ailleurs autant sur cette relation mère-fille difficile que l’effritement du couple. Mais là, comme dans tout ce qui entoure le deuil, Renaître ne se distingue pas particulièrement avec des thèmes maintes fois rabâchés ou abordés plus en profondeur (La chambre du fils de Moretti ou The Broken Circle Breakdown de Felix Van Groeningen, entre autres).

Il évite toutefois le piège béant du mélodrame sanglotant. Vrai que l’attitude, en apparence détachée, de Martha ne favorise pas les épanchements.

Avoir attendu après la cohue des Fêtes pour offrir Renaître se voulait une bonne idée. Et ça l’est. Parce que comme le titre l’indique, il y a une vie après la mort...

Renaître est présenté sur Netflix

Au générique

Cote : *** 1/2
Titre : Renaître
Genre : Drame
Réalisateur : Kornél Mundruczó
Acteurs : Vanessa Kirby, Shia LaBeouf, Ellen Burstyn
Durée : 2h07