Harvey Weinstein à son arrivée au tribunal, lundi à New York
Harvey Weinstein à son arrivée au tribunal, lundi à New York

Procès Weinstein: une présumée victime de viol sur la défensive

NEW YORK — L’une des deux plaignantes au procès pour viol de Harvey Weinstein a expliqué lundi qu’elle était restée en contact avec son présumé agresseur pour protéger sa carrière d’actrice, alors que la défense tente de la présenter comme une manipulatrice opportuniste.

En contre-interrogatoire sur les courriels chaleureux qu’elle a envoyés à Weinstein, la femme de 34 ans a répondu : «Je voulais qu’il croie que je n’étais pas une menace.» Elle a aussi ajouté : «J’avais peur de ses accès de colère.»

L’avocate de la défense Donna Rotunno, une sceptique réputée du mouvement #MoiAussi, a également voulu faire dire à la présumée victime qu’elle avait manipulé le magnat du cinéma. Selon la poursuite, la femme a eu des relations sexuelles consensuelles avec Weinstein, mais seulement après «une longue négociation» — et même là, elle n’était «pas heureuse de le faire».

«Vous avez manipulé M. Weinstein à chaque fois, n’est-ce pas vrai?» a demandé Me Rotunno.

«Je sentais qu’il y avait un aspect, dans cette façon que j’avais de me protéger, qui comportait un élément de manipulation», a-t-elle admis.

Me Rotunno a plus tard lancé : «Vous avez fait le choix d’avoir des relations sexuelles avec Harvey Weinstein alors que vous n’étiez pas attirée sexuellement par lui. [...] Vous aimiez les fêtes et vous aimiez le pouvoir.»

L’avocate de la défense a également mis l’accusatrice sur la sellette pour avoir communiqué son nouveau numéro de téléphone à ce présumé agresseur, l’encourageant de ce fait à entrer en contact avec elle. Dans un message, on peut lire, selon les documents judiciaires : «J’ai un nouveau numéro. Je voulais juste que tu l’aies. J’espère que tu vas bien et appelle-moi à tout moment, toujours bon d’entendre ta voix.»

Au cours du contre-­interrogatoire, lundi, la femme a eu parfois du mal à se rappeler certains détails et à un moment donné, elle a demandé une pause.

«Tu m’en dois encore une!»

La plaignante, qu’on n’identifie pas parce qu’elle n’a pas dit clairement qu’elle acceptait que son nom soit divulgué dans les médias, avait déclaré aux jurés la semaine dernière qu’en mars 2013, dans une chambre d’hôtel à New York, Weinstein lui avait crié de se déshabiller alors qu’il se penchait sur elle, et il l’avait violée.

Un deuxième viol serait survenu huit mois plus tard, dans un hôtel de Los Angeles où elle travaillait comme coiffeuse, après avoir prévenu Weinstein qu’elle sortait avec un acteur, a-t-elle déclaré aux jurés. «Tu m’en dois encore une!» lui aurait-il crié. Elle soutient qu’elle l’a alors supplié de ne pas lui enlever ses vêtements, mais il a dit : «Je n’ai pas le temps pour les jeux» et il a arraché son pantalon avant de lui écarter les jambes et de la violer.

Le témoignage intervient à un moment charnière du procès de Harvey Weinstein, dont la chute a donné naissance au mouvement #MoiAussi. Il est accusé d’avoir violé cette femme en 2013 à New York, mais aussi d’avoir agressé sexuellement Mimi Haleyi, une ancienne assistante de production, en 2006.

«Compassion absolue»

Le producteur déchu, âgé de 67 ans, plaide que les relations sexuelles étaient pleinement consenties; il risque la prison à vie s’il est reconnu coupable. Ses avocats tentent de soulever des doutes sur la crédibilité de l’accusatrice de viol en soulignant sa relation complexe avec Weinstein.

Vendredi dernier, la présumée victime de viol a créé un émoi lorsqu’un procureur lui a demandé de décrire le corps de l’accusé. Lorsqu’elle l’a vu nu pour la première fois, elle a remarqué des «cicatrices extrêmes» et a pensé qu’il présentait des caractéristiques d’organes génitaux masculins et féminins. «Quand je l’ai vu pour la première fois, j’étais remplie de compassion, de compassion absolue», a-t-elle déclaré. «Il semblait que sa colère provenait d’un endroit douloureux.»