Le réalisateur mexicain Alfonso Cuaron a vécu jusqu’à l’adolescence dans ces rues calmes du sud de Roma, un quartier de Mexico.

Pour les fans de Cuaron, tous les chemins mènent à «Roma»

MEXICO — Le succès retentissant de «Roma», œuvre la plus personnelle et la plus acclamée du cinéaste mexicain Alfonso Cuaron, a suscité un pèlerinage de cinéphiles sur les lieux du tournage dans ce quartier de Mexico.

Cuaron a vécu jusqu’à l’adolescence dans ces rues calmes du sud de Roma, qui abritent des familles de la classe moyenne.

Un peu plus d’un mois après sa première mondiale et ses 10 nominations aux Oscars - un record pour un film mexicain - les habitants du quartier constatent une affluence inédite dans les rues.

Des dizaines de visiteurs, ainsi que des journalistes, s’y croisent et prennent des photos devant le numéro 22 de la rue Tepeji, décor principal de ce film en noir et blanc.

Une plaque de métal a été placée en novembre sur la façade de cette maison où l’on peut lire : «Ici a été filmé Roma».

«Nous avons beaucoup aimé (le film) (...) et nous avons décidé de venir voir la maison», raconte à l’AFP Esteban Alvarez, musicien costaricain de 27 ans qui se rend pour la deuxième fois dans la capitale mexicaine.

Avec sa compagne, ils tentent de reconnaître des lieux apparaissant dans ce portrait intime du réalisateur de Gravité. «On l’a vu cet endroit, non? Ou c’est un autre?» interroge-t-il.

La maison située au 22 de la rue Tepeji n’est pas celle où a vécu Cuaron, mais il a vécu juste en face, au numéro 21, une construction identique édifiée dans les années 30.

Mais les modifications architecturales apportées par les propriétaires au domicile de son enfance ont convaincu le réalisateur d’opter pour une maison voisine.

Un quartier en «fête»

Paulina Cruz, 37 ans, travaille comme domestique dans l’ancienne résidence de Cuaron.

«Je suis la nounou», dit-elle alors qu’elle sort promener le chien de la famille.

Si ses lunettes de soleil et son jean la distinguent du personnage très simple de Cleo, la domestique de Roma, Cruz confesse que l’histoire «l’a émue».

«J’étais heureuse qu’ils accordent de l’importance aux employées de maison» commente cette femme née à Mexico. «Comme on le voit dans le film, on s’attache vraiment à la famille, surtout aux enfants, et être chaque jour avec eux, c’est aussi faire partie de la famille», commente cette domestique.

La curiosité suscitée par cette rue depuis la sortie du film n’est pas pour lui déplaire. «Vivre dans la maison où a vécu une personne très célèbre et très importante, c’est fantastique», dit-elle.

La propriétaire de la maison où s’est déroulé le tournage a cédé son domicile à la production pour plusieurs mois entre 2016 et 2017.

Le tournage fut «une fête», se souvient, joviale, Gloria Monreal, qui par coquetterie refuse de donner son âge.

Elle se dit «très heureuse» de répondre aux gens qui frappent à sa porte et prennent des photos souvenirs. Elle a même décidé d’ouvrir un livre d’or pour les visiteurs qu’elle offrira à Cuaron.

Elle a connu le réalisateur lorsqu’il était enfant. Tous deux ont commencé à apprendre à lire et écrire dans l’école maternelle du quartier.

«Je me souviens de cette maternelle avec tant d’amour que je voulais qu’elle fasse partie de mon film», a raconté Cuaron à Victoria Pantoja, enseignante et petite-fille de la fondatrice de cette école, durant le tournage.

La production a passé plus d’un mois à recréer la couleur rouge de la façade d’antan, et le toboggan d’époque. Mais l’enseignante espère que le réalisateur oscarisé reviendra afin de poser à ses côtés le temps d’une photo.

«Personne ne lui a demandé une photo, un autographe, rien! Il est reparti et maintenant tout le monde me demande où est la photo», dit-elle dans un sourire mêlé de frustration.