Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
 Nina Hoss et Lars Eidinger jouent les jumeaux de<em> Petite sœur.</em>
 Nina Hoss et Lars Eidinger jouent les jumeaux de<em> Petite sœur.</em>

Petite sœur : chronique d’une mort annoncée *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
CRITIQUE / Comment réagiriez-vous si un proche vous annonçait qu’un cancer lui laisse peu de chances ? C’est le moteur du poignant drame Petite sœur (Schwesterlein), qui entraîne sa principale protagoniste sur une pente glissante, au risque même de détruire sa vie familiale. Ce film remuant, porté par l’interprétation fiévreuse de Nina Hoss, nous confronte sur les choix qu’on fait et leurs incidences sur notre vie.

Il y a quelques années, Lisa (Hoss) a renoncé à sa prometteuse carrière de dramaturge pour suivre en Suisse son mari Martin (Jens Albinus) et élevé ses deux jeunes enfants. Ce sacrifice la hante et la blessure se rouvre lorsque la quarantenaire apprend que son jumeau est atteint d’une leucémie agressive.

Sven (Lars Eidinger) est un célèbre acteur qui devait reprendre son rôle dans Hamlet et Lisa est prête à remuer ciel et terre pour qu’il puisse remonter sur scène — parce que, croit-elle, le désir de jouer le maintiendra en vie. En commençant par faire un don de moelle osseuse, puis en accueillant son frère à la maison.

La quête tourne à l’obsession, d’autant que son jumeau agit comme un miroir, la renvoyant à ses inspirations profondes et son désir de création. Son mariage part à la dérive, surtout après une expédition en parapente où Sven perd conscience. Lisa a beau savoir que le corps de son frère rejette la greffe, elle n’en tient pas moins son mari pour responsable (Martin volait en duo avec Sven).

À partir de ce moment, elle s’enfonce dans le déni et l’aveuglement — ce qui place le spectateur dans une situation délicate. Que ferait-il à sa place ? À quel point peut-on sacrifier ses rêves, sa carrière ? Martin aspire à un certain confort et à un avenir pour ses enfants — tous peuvent s’y identifier…

La quête de Lisa tourne à l’obsession.

C’est toute l’habileté de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond d’éviter les partis pris. Actrices, elles créent de nombreux spectacles mêlant théâtre, chanson et cinéma depuis le début de leur carrière.

Leur mise en scène le reflète à merveille. Les réalisatrices et scénaristes préfèrent laisser les images signifier, mais les dialogues sont ciselés et regorgent de références justifiées. Par surprenant que Petit sœur se soit retrouvé en compétition à la Berlinale 2020 et représente la Suisse aux Oscars.

Cette profonde remise en question, jusqu’à l’extrême (Lisa perd-elle les pédales?), est incarnée avec beaucoup de conviction par Nina Hoss. La muse de Christian Petzold (Barbara, Phoenix) porte le long métrage sur ses épaules — sans diminuer la performance sensible de Lars Eidinger dans la peau de cet écorché vif.

Sven est un écorché vif qui rêve de remonter sur scène.

Sa maladie permet aussi aux réalisatrices d’aborder un sujet délicat, celui des traitements invasifs permettant de gagner quelque mois avant l’inévitable...

Le long métrage se déroulant en grande partie à Leysin, commune reconnue à l’époque pour ses sanatoriums, les paysages magnifiés par la photographie de Filip Zumbrunn offrent un contrepoint au drame des jumeaux. Il n’en est que plus saisissant.

Petite sœur est présenté sur la plateforme du Cinéma Moderne.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Petite sœur

Genre : Drame

Réalisatrices : Stéphanie Chuat, Véronique Reymond

Acteurs : Nina Hoss, Lars Eidinger, Jens Albinus

Durée : 1h40