Niels Schneider interprète le regretté correspondant de guerre Paul Marchand dans «Sympathie pour le diable».

Niels Schneider: dans la peau d’un écorché vif

Plaçons les choses en perspective : Niels Schneider a six ans quand Paul Marchand séjourne à Sarajevo, en 1992-1993. L’acteur franco-québécois ignore tout du flamboyant correspondant de guerre lorsqu’on lui propose de l’incarner dans «Sympathie pour le diable», percutante adaptation au cinéma du récit de son passage dans la ville assiégée. Mais celui qui fut révélé dans «Les amours imaginaires» (2010) s’est complètement laissé ensorceler par le rôle de cet «écorché vif».

Le film de Xavier Dolan a lancé sa carrière, puis le César de l’espoir masculin en 2017 pour le Diamant noir l’a propulsé dans la stratosphère. Depuis, l’homme de 32 ans enchaîne les longs métrages à une vitesse folle en France, films qu’il a maintenant le loisir de choisir.

«J’ai une vie professionnelle assez dense, reconnaît celui qui se dit privilégié, au téléphone avec Le Soleil lors d’un court séjour à Montréal. J’ai des projets qui vont s’enchaîner pendant longtemps.»

À peine le verra-t-on dans La femme de mon frère de sa «meilleure amie» Monia Chokri, qu’il aurait accompagné au bout de monde s’il avait fallu.

C’est plutôt à Sarajevo, à l’hiver 2018, que Niels Schneider s’est retrouvé. Le réalisateur Guillaume de Fontenay voulait revenir sur les lieux mêmes où les Serbes ont assiégé la population pendant presque quatre ans. «Un tournage très dur et, en même temps, qui m’a énormément apporté humainement.»

Boba, la traductrice puis amoureuse du journaliste, s’est effondrée en larmes lorsqu’elle a vu la silhouette de Schneider en Marchand sur le plateau, raconte l’acteur. «C’est comme si le fantôme de Paul ressurgissait.»

Pas seulement elle : «Dès qu’on évoque son nom, on voit dans les yeux des gens que c’est une légende, qu’il y a un mythe autour de lui.»

Paul Marchand arrive en Bosnie-Herzégovine après avoir couvert la guerre civile au Liban. Flamboyant et provocateur — il peinture «Ne gaspillez pas vos balles. Je suis immortel» sur son auto —, le Français est révolté par le sort des civils, qui souffrent du manque d’eau, de nourriture, et qui sont parfois victimes d’atrocités.

Plusieurs figurants de Sympathie pour le diable ont connu la guerre. «Ça nous force à faire notre travail de la façon la plus honnête possible. On peut très vite se sentir comme un imposteur, un clown. Mais tout le monde a travaillé [sur le film] le plus honnêtement possible. Et avec humilité surtout.»

À l’époque, le journaliste pigiste n’aura de cesse de dénoncer la situation et le silence complice de l’Occident, ce qui fait grincer bien des dents. Ses reportages sont tout de même diffusés dans nombre de pays, dont au Québec. Il viendra d’ailleurs s’installer à Montréal pendant quelques années.

«J’ai trouvé le personnage absolument fascinant, révèle Niels Schneider. C’était un être humain exceptionnel. Il avait une vision du journalisme très personnelle et peu commune. Il n’était pas pleinement sympathique, mais il cachait une faille énorme. On ne savait jamais sur quel pied danser avec lui. Il voulait gratter là où ça fait mal pour éveiller les consciences.»

Cette faille d’écorché vif, Marchand la dissimule en revêtant son costume. «Sa manière de fumer son cigare, sa façon de s’habiller était une façon de mettre la guerre à distance, comme un rempart, acquiesce Niels Schneider. Mais la guerre va finir par lui rentrer totalement dans le corps, au sens propre comme au figuré.»

Le journaliste sera grièvement blessé au bras par un tireur d’élite et évacué d’urgence par avion.

L’acteur a pleinement saisi le personnage plus grand que nature en discutant avec Boba, qui l’a beaucoup aidé à incarner Marchand, jusque dans sa gestuelle. Mais aussi avec les correspondants qui l’ont côtoyé à l’époque. Ce qui lui a permis d’éviter de tomber dans la démesure.

«Oui, ça traverse l’esprit. Mais ce n’est pas une figure connue tant que ça et ce n’est pas un drame biographique comme sur De Gaulle, où tout le monde a une idée sur lui. […] Il ne fallait tout de même pas le lisser et conserver son arrogance même si, au cinéma, on veut toujours des personnages sympathiques. Or, Paul était autant aimé que détesté. Son aspect antipathique, c’était en fait de la fragilité, avec une sensibilité plus grande que le commun des mortels.»

Retour en France

Bien qu’il soit retourné vivre dans son pays d’origine, ne comptez pas sur Niels Schneider pour snober le Québec. Il tournera ici autant de fois que l’occasion se présentera. Peut-être plus tôt que tard si Christian Duguay (Un sac de billes) réussit à boucler le financement de l’adaptation de la BD Magasin général.

En attendant, il joue dans Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait d’Emmanuel Mouret, une comédie. Ce qui, après Sympathie pour le diable, lui fait le plus grand bien, dit-il.

On le croit sur parole!

Sympathie pour le diable prend l’affiche le 29 novembre.