Ellen Page et Kate Mara incarnent deux femmes aux antipodes qui seront réunies par la peine de mort et un amour naissant...
Ellen Page et Kate Mara incarnent deux femmes aux antipodes qui seront réunies par la peine de mort et un amour naissant...

My Days of Mercy: Mise à nue et peine de mort *** 1/2

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Il aura fallu trois ans après une première au Festival de Toronto (TIFF) avant que My Days of Mercy, poignant drame avec Ellen Page et Kate Mara, se fraie un chemin jusqu’à nous. Probablement parce qu’il aborde deux thèmes sensibles chez nos voisins du Sud : la peine de mort et l’amour naissant de deux femmes aux antipodes. Ou peut-être parce qu’il s’agit d’un film destiné à un public «adulte» à propos de gens ordinaires happés par une tragédie inimaginable : le meurtre d’un proche…

Bien sûr, les longs métrages sur la peine de mort sont légion. Mais celui-ci a une particularité : il s’attache non pas au meurtrier ou à sa victime, mais bien aux répercussions sur la famille.

Dans le cas de Lucy Moro (Page), l’impact est décuplé, jusqu’à l’insoutenable : ado, elle a découvert sa mère assassinée par son père (Elias Koteas). Simon attend depuis une dizaine d’années dans le couloir de la mort.

Or la jeune femme et sa sœur Martha (Amy Seimetz) croient en son innocence puisque les preuves sont circonstancielles. Régulièrement, le duo de l’Ohio se retrouve aux portes d’une prison afin de manifester contre la peine de mort. Avec, face à eux, un autre groupe pro-exécution.

Quatre mois avant l’issue fatale pour son père, Lucy remarque parmi eux Mercy (Mara). Elles sympathisent rapidement même si tout les oppose — et pas seulement sur le plan philosophique. Lucy, au chômage, la langue bien-pendue, look androgyne, et Mercy, avocate débutante BCBG, plutôt introvertie, vont pourtant se découvrir d’autres affinités.

Cet amour naissant, bien rendu dans ses balbutiements, est contrarié par leur difficulté respective à s’assumer. On s’en doute, les rapprochements sont inévitables et explicites — un peu à La vie d’Adèle, mais de façon moins insistante et plus respectueuse. De toute beauté, en fait, ce qui provient certainement du fait que les deux actrices sont filmées par une femme.

Parlant de Tali Shalom Ezer, sa réalisation ne passera pas à l’histoire malgré quelques bonnes idées, comme ce plan fixe en plongée du dernier repas du condamné chaque fois que Lucy et Mercy se retrouvent à manifester de leur côté de la clôture.

C’est d’ailleurs là tout l’intérêt de My Days of Mercy, dans cette relation non conventionnelle magnifiquement jouée par les deux actrices à la chimie évidente. La Canadienne Page, nommés aux Oscars pour Juno, y trouve un personnage taillé sur mesure alors que Mara, révélée en Zoe Barnes dans House of Cards et vue depuis dans Seul sur Mars, tire son épingle du jeu dans un rôle moins démonstratif.

Il est dommage toutefois que ce film intimiste, parfois bouleversant, aux thèmes porteurs, glisse, dans sa dernière partie, sur la pente du mélodrame.

N’empêche : bien que la peine de mort ait été abolie en 1998 au Canada (même si la dernière exécution remontait à 1962), My Days of Mercy suscite des réflexions tout en ne négligeant pas les émotions.

My Days of Mercy est disponible en version originale anglaise en vidéo sur demande.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : My Days of Mercy

Genre : Drame

Réalisatrice : Tali Shalom Ezer

Acteurs : Ellen Page, Kate Mara, Amy Seimetz

Durée : 1h43