«The Dirt», au fond, ressemble bien plus à une (longue) infopub destinée à mousser la trame sonore qui accompagne sa sortie, une compilation des succès de Mötley Crüe qui comprend une version de «Like a Virgin».

Mötley Crüe/«The Dirt»: beaucoup de bruit pour rien

Depuis le temps qu’on entend parler (presque 15 ans) du drame biographique sur Mötley Crüe, «The Dirt» est enfin disponible sur Netflix. Ce téléfilm complaisant et mal foutu, basé sur le livre du même nom écrit par le quatuor, relate la première décennie de décadence et d’excès du groupe glam metal, plus reconnu pour ses frasques hors scène que sa musique formatée.

«Les années 80, la pire décennie de l’humanité. Preppies, claviers, coupes de cheveux stupides…» dit la voix hors champ au début du long métrage. Et «qu’est-ce qu’on fait quand on est né à la mauvaise époque? On se l’approprie.» Bon, les ambitions des gars de Los Angeles n’étaient pas très élevées : sexe, drogues et rock’n’roll. Il est beaucoup question des deux premiers, d’ailleurs, pas vraiment de la musique dans The Dirt. 

Une longue mise en place permet à chacun des membres du groupe de se présenter : le bassiste et compositeur Nikki Sixx, le batteur Tommy Lee, le guitariste Mick Mars et le chanteur Vince Neil.

Avec leur look excessif et théâtral, Mötley Crüe arrive à un bon moment : les débuts de MTV. Les scandales à répétitions font les gros titres et placent le quatuor sur une pente ascendante. De la tournée en première partie d’Ozzy (réduit à une grotesque caricature) aux arénas combles, le succès leur monte à la tête.

Leur consommation est hors de contrôle, ce qu’illustre largement The Dirt, des chambres d’hôtel détruites jusqu’à la surdose de Sixx en 1987 (le bassiste a été déclaré mort pendant deux minutes avant d’être réanimé par deux doses d’adrénaline). 

Ce parti-pris superficiel se traduit aussi dans le ton du film, qui ressemble parfois à Spinal Tap (1984), le documentaire parodique de Rob Reiner. Mais bravo pour la reconstitution d’époque, tout à fait au point, jusque dans les extraits de spectacles. Il manque des moments importants, mais on ne peut pas tout mettre.

Mal joué et mal dirigé, le film glorifie la débauche — la marque de commerce de Mötley Crüe. C’est conséquent, mais très répétitif. Surtout que les enjeux dramatiques, des prétextes, sont traités de façon superficielle, des problèmes de Sixx avec sa mère au décès de la fille de Neil, du cancer.

Même chose pour les (nombreuses) groupies du groupe, qui sont soit prêtes à toutes les formes d’asservissement, soit hystériques — on peut comprendre le contexte, mais c’est réducteur et misogyne.

The Dirt, au fond, ressemble bien plus à une (longue) infopub destinée à mousser la trame sonore qui accompagne sa sortie, une compilation des succès de Mötley Crüe qui comprend une version de Like a Virgin… Sans commentaire.

Il ne faut guère s’attendre à plus d’un long métrage produit par le groupe qui, de toute évidence, est plus occupé à mythifier ses débuts qu’à réfléchir sur les conséquences. Car il y en a eu, dont l’accident qui a coûté la vie à Nicholas «Razzle» Dingley d’Hanoi Rocks, tué en 1984 alors Vince Neil conduisait en état d’ébriété. En entrevue pour la sortie du film, le blond chanteur disait ne rien regretter de l’époque. Édifiant.

Aucune réflexion, donc, sur cette spirale d’autodestruction qui aspirait les membres de Mötley Crüe vers le bas. Le film est à l’image du groupe, me faisait remarquer mon amie Sophie, une fervente des débuts : plein de défauts, mais vraiment très l’fun pour les fans. 

Pour les autres, une curiosité, sans plus.