Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Nicholas (Kai Luke Brummer), un jeune gai, doit dissimuler son orientation sexuelles durant son service militaire s'il veut y survivre.
Nicholas (Kai Luke Brummer), un jeune gai, doit dissimuler son orientation sexuelles durant son service militaire s'il veut y survivre.

Moffie: racisme et homophobie à la pointe du fusil *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
CRITIQUE / Moffie retient l’attention pas tellement pour l’originalité de son sujet que l’angle qu’il adopte, avec bravoure : comment un gai peut-il survivre à son service militaire obligatoire ? Surtout s’il se retrouve dans un milieu non seulement hautement homophobe et brutal, mais au racisme affiché — l’action se déroule pendant l’apartheid.

Afrique du Sud, 1981. Au moment où Nicholas (Kai Luke Brummer) s’apprête à partir pour l’armée, son père lui remet une revue érotique. Son seul malaise (que le paternel ne décode pas) suffit à nous faire comprendre son orientation sexuelle (dissimulée).

Le conscrit doit subir un entraînement en vue de son affectation à la frontière avec l’Angola, pays sous la coupe de révolutionnaires communistes. Il se lie d’amitié avec Michael (Matthew Vey), un jeune homme qui partage son dédain pour le service militaire.

Ce qui les aide à survivre à un sergent aussi imbécile que tyrannique. Non content de dénigrer constamment ses recrues, Brand (Hilton Pelser) vocifère des épithètes racistes (sur le «danger noir») et homophobes dès qu’il le peut. Souvent en gros plan pour un maximum d’impact sur le spectateur, qui se sent traîné de force au camp (et qui adopte ainsi le point de vue du jeune homme).

Pour survivre, Nicholas doit demeurer invisible. Il le comprend de façon brusque lorsqu’un moffie (efféminé en afrikaners) se suicide devant le bataillon… Seul problème, le soldat commence à éprouver des sentiments pour Dylan (Ryan de Villiers), au corps sculptural et à la sympathie évidente. À son retour de permission, ce dernier s’est volatilisé et le sergent ne veut rien dire !

Kai Luke Brummer (Nicholas) et Ryan de Villiers (Dylan) dans <em>Moffie</em>.

Pour son quatrième long métrage, Oliver Hermanus ne met pas de gants blancs. Son film, cru et intense, ne laisse aucun répit au spectateur, soumis à la même propagande que ses protagonistes (dont certains y adhèrent avec entrain).

Son déroulement en deux parties (entraînement et patrouille), ainsi que le personnage du sergent Brand, dont l’instruction se base sur les injures et l’humiliation, ressemble à s’y méprendre à Full Metal Jacket (1987).

Mais comme le classique de Kubrick, il s’agit d’une adaptation. Or, ce qui s’avère plus terrifiant dans ce cas-ci, c’est qu’il s’agit un récit autobiographique… André Carl van der Merwe s’est inspiré de son journal tenu pendant son service pour rédiger Moffie.

Le film est évidemment ancré dans son époque, mais il avance une vérité intemporelle : personne n’en revient indemne.

La principale habileté d’Hermanus, connu aussi pour Beauty (Cannes, 2011) et La rivière sans fin (Venise, 2015), réside dans le fait qu’il évite de donner toutes les réponses au spectateur. Le non-dit y occupe une place importante, à l’image de la fin ouverte qui clôt de façon fort habile le récit.

Moffie, projeté en première mondiale à Venise en 2019, offre aussi un rare point de vue de l’intérieur sur l’apartheid, celui, en plus, de jeunes gens qui se retrouvent happés par la machine à haine...

Moffie est présenté en vidéo sur demande sur Apple TV et sera disponible sur le site d’IFC Films Unlimited cet été.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Moffie

Genre : Drame

Réalisateur : Oliver Hermanus

Acteurs : Kai Luke Brummer, Matthew Vey, Ryan de Villiers

Durée : 1h39