Le film s'attarde à la relation de Marianne Ihlen avec notre Leonard Cohen national.

Marianne & Leonard : mots d’amour: portrait intime *** 1/2

CRITIQUE / Nick Broomfield est un documentariste expérimenté, bardé de prix, qui a signé des biographies de vedettes populaires, de Whitney Houston à Kurt Cobain, en plus de longs métrages à portée sociale. Mais sa relation avec son nouveau film est plus intime. Le cinéaste britannique fut ami avec Marianne Ihlen, muse de notre Leonard Cohen national. Il en résulte une œuvre extrêmement touchante sur une incroyable histoire d’amour, jusqu’à la toute fin.

Marianne & Leonard : mots d’amour (Words of Love) se concentre en très grande partie sur les années 1960, à l’époque où les deux protagonistes aboutissent à Hydra en voulant fuir leur destinée toute tracée auprès de leur famille respective.

Ils sont beaux, jeunes et vont tomber en amour sur cette île grecque paradisiaque. En apparence. La période sexe, drogue et révolte est trouble. Et fera beaucoup de victimes, à commencer par Marianne et son fils Axel, issu d’une première union. Non seulement Cohen est volage, mais il consomme. Beaucoup. Surtout de l’acide et des speeds.

C’est indéniablement la principale force de ce documentaire plutôt classique. Broomfield n’a pas cherché à déboulonner la statue du mythique poète et chanteur, mais à tracer un portrait honnête.

Le réalisateur a donc choisi un récit parallèle de leurs années conjointes, ensemble et séparés. Parce qu’après quelques années «absolument fabuleuses», où Marianne l’entretient au détriment de ses aspirations, leurs trajectoires vont peu à peu s’écarter.

Après l’échec critique de son roman Beautiful Losers (1966), écrit sur Hydra grâce au soutien de Marianne, Leonard sombre dans la dépression. Il entreprend ensuite sa formidable carrière de chanteur, passant six mois par année à Montréal ou en tournée.

Dans cette vie parallèle, Cohen le séducteur couche avec tout ce qui bouge (dont Janis Joplin). «Les poètes ne font pas de bons maris», comme le souligne une proche. «Ça m’a détruite», confie Marianne. Elle ira même jusqu’à se faire avorter de leur enfant par crainte de le perdre. Mais Cohen mène une quête d’un but inatteignable et inconnu...

C’est à cette époque qu’il compose une de ses œuvres phares, So Long, Marianne, qu’il délaisse pour faire plus de place à Suzanne (qui n’est pas celle de la célèbre chanson…).

L’amitié de Broomfield avec Marianne lui a fourni du matériel inédit de premier plan, des entrevues avec la Norvégienne, mais aussi ses propres images d’archives. Le réalisateur s’est également entretenu avec son guitariste et son directeur de tournées, des amis, etc.

Comme le titre l’indique, il ne s’agit pas d’un documentaire sur Cohen — Broomfield passe d’ailleurs très rapidement sur l’après-Marianne : la retraite dans un monastère, la fraude commise par sa gérante qui le laisse ruiné, son retour triomphal sur scène… Son film porte bel et bien sur cette incroyable histoire d’amour.

Qui n’a jamais cessé, au fond, même s’ils ont refait leur vie avec d’autres. En juillet 2016, alors que sa muse est mourante, il lui écrit une lettre bouleversante. «Sache que je suis si près derrière toi, que si tu tends la main, tu peux atteindre la mienne. […] Au revoir ma vieille amie. Mon amour éternel. Rendez-vous au bout du chemin.»

On peut chipoter sur certains détails, mais qu’on soit familier ou pas avec l’œuvre de Cohen, ce film peint aussi le portrait d’une époque et, surtout, ébauche une réflexion sur l’amour...

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Marianne & Leonard : mots d’amour v.o.a.s.-t.f.

Genre : Documentaire

Réalisateur : Nick Broomfield

Classement : Général

Durée : 1h40

On aime : l’angle du film. Les images inédites. Le portrait honnête.

On n’aime pas : la facture trop classique.